La Chine en passe de lever l'interdiction sur les importations de charbon australien

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Après deux ans de brouille, la Chine s'apprête à reprendre ses importations de charbon en provenance d'Australie au nom de sa sécurité énergétique. La détente dans les relations sino-australiennes intervient dans un marché particulièrement tendu par l’embargo sur le charbon russe. Les impacts favorables pour le vrac sec ne sont pas certains.

Après plus de deux ans de bannissement de l’Australie en raison d’un différend diplomatique, la Chine est sur le point de lever l'interdiction frappant les importations de charbon en provenance de ce qui fut son plus grand fournisseur jusqu’en 2018. Les liens entre les deux pays se sont dégradés lorsque Canberra, alors sous le gouvernement de Scott Morrison, a exclu le chinois Huawei de son réseau 5G puis se sont envenimés jusqu’au point de non-retour lorsque le premier Ministre australien a sollicité une enquête internationale sur les origines du coronavirus en 2020.

La liste des produits australiens écartés s’est ensuite étendue comme un traînée de poudre, affectant les échanges de viandes (bœuf), de céréales (orge), de coton et de vins*. Mais à la différence du charbon, le gaz naturel et le minerai de fer, dont l’Australie est le premier producteur mondial, n'ont pas été concernés, trop précieux à la Chine, qui achète environ 70 % du minerai de fer maritime mondial.

Au nom de la sécurité énergétique

Dans un contexte de tensions géopolitiques depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, privant les marchés internationaux du sourcing russe, la Chine cherche à désormais à élargir ses sources d'approvisionnement pour éviter le black-out cet hiver.

Les conditions météorologiques glaciales dans le nord, qui pourraient paralyser temporairement la production nationale de charbon, font peser une menace sur sa sécurité énergétique. D’où ce revers à l’égard de Canberra qui, avec un nouveau gouvernement travailliste au pouvoir, a manifesté à plusieurs occasions sa volonté d’ouverture à l’égard de Pékin.

Un rallye mondial pour trouver du charbon

Le monde a changé depuis

Trois opérateurs de centrales publiques – China Datang, China Huaneng et China Energy Investment –, ainsi que le producteur d'acier China Baowu Steel Group Corp. ont été fermement invités par le gouvernement à importer du charbon australien.

Les observateurs et analystes de ces marchés restent circonspects quant à cette volte-face, d’une part car les douanes chinoises n’ont pas confirmé et d’autre part car le prix du charbon thermique est tel (des niveaux records et ce bien avant la guerre en Ukraine) qu’il pourrait être dissuasif, surtout pour un pays sensible au prix comme la Chine. « Le charbon thermique australien est de meilleure qualité et il est cher. Les services publics chinois pourraient donc être moins enclins à acheter » font-ils valoir.

Aussi, Pékin n’en est pas à sa première attitude qui déroute. En avril 2022, après avoir incité fermement à « produire plus localement » pour se soustraire aux prix élevés des marchés mondiaux, les autorités chinoises avaient demandé d’« importer autant que possible », supprimant dans la foulée les droits d'importation sur diverses qualités de charbon pendant un an jusqu'au 31 mars 2023. Des injonctions contradictoires qui pouvaient soit trahir des préoccupations quant à un choc d’approvisionnement soit l’intention d’augmenter les importations d’un charbon russe décoté.

Redistribution du sourcing

L’Australie représente environ 30 % des exportations mondiales de charbon. Pour pallier ce manque à gagner, la Chine a réorganisé ses imports depuis la Mongolie, tout proche, mais aussi de la Russie, des États-Unis, du Canada ou encore de l’Indonésie. Ce grand chambardement dans le vrac sec, corollaire au contexte épidémique, a contribué à mettre les prix des matières premières sous tension. 

L’Indonésie a néanmoins fait défaut de façon passagère en janvier 2022 lorsque le gouvernement a interdit les exportations de charbon thermique en janvier pour sécuriser sa propre demande d’électricité. Cette décision politique avait alors sérieusement menacé l'approvisionnement de la Chine et de l’Inde, grands consommateurs du fossile.

L'interdiction a également conduit les acheteurs chinois à se tourner vers le charbon national, hissé à des niveaux records l’an dernier. La plupart d'entre eux ont opté pour des accords à long terme avec les sociétés minières du pays afin de garantir un approvisionnement régulier. Ces derniers ont déclaré dernièrement une nouvelle augmentation de leur production en 2023.

L'UE doit trouver 40 Mt de charbon ailleurs

Denrée rare

La nature ayant horreur du vide, les négociants australiens ont compensé en trouvant de nouveaux clients ou en fournissant davantage ses marchés existants, tels le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, mais aussi les pays d'Asie du Sud-Est (Inde, Vietnam notamment). L'Australie a ainsi fourni 36,5 % des importations de charbon du Japon en 2022, contre 27,6 % en 2019. La part de l'Inde dans le charbon australien est passée de 12,3 à 15,7 % en 2022 et la part de l'Europe, de 4,6 à 8 %, selon les données de Kpler, société d’analyse des matières premières.

Entre 2019 et 2020, les exportations australiennes de charbon thermique et à coke vers la Chine sont passées de 92,1 à 70,6 Mt selon les données de S&P Global. Les volumes expédiés étaient quasiment nuls en 2021 et 2022.

Le dégel intervient alors que la guerre en Ukraine a aussi laissé les producteurs d'électricité européens en quête d’alternative au charbon russe. 

Pas de révolution attendue dans les flux 

Pour bon nombre de spécialistes du marché, cette décision n’est pas de nature à bouleverser les flux et le sourcing qui se sont complètement repositionnés depuis l'interdiction du charbon.

Quant aux clients vers lesquels l’Australie s’est tournée pour compenser le vide du géant chinois, à commencer par les Japonais, ils ne craignent pas le retour de la Chine dans le jeu australien car ils se sont assuré les approvisionnements par des contrats à terme.

La détente dans les relations sino-australiennes est déjà une réalité : une première cargaison de charbon pour China Energy Investment devrait être chargée avant la fin du mois, ont rapporté les médias. Une information que China Energy n’a pas encore confirmé.

Ère du dégel

Dernièrement, le ministre australien du Commerce, Don Farrell, s'est dit par ailleurs prêt à se rendre en Chine pour discuter des interdictions imposées par Pékin sur les importations d'orge et de vin australiens, qui font actuellement l'objet d'une plainte australienne auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Malgré ces mesures, l'Australie a continué d'enregistrer un excédent commercial avec la Chine, grâce à la hausse des prix des matières premières, notamment du minerai de fer. L'impact économique global de l'assouplissement des restrictions devrait être faible, a indiqué Goldman Sachs dans une note du 6 janvier. Les acteurs des filières impactées se sont organisés pour compenser le manque à gagner. Ainsi les producteurs d'orge ont-ils par exemple réduit les superficies ensemencées et planté davantage de canola. La plus grande société vinicole d'Australie, Treasury Wine Estates, a implanté une production en Chine pour contourner les taxes. 

Le pays a réorienté ses exportations vers d'autres pays. Dans le même temps, les viticulteurs de l’Afrique du Sud et les céréaliers de France, du Canada, d'Argentine et d'Ukraine vers la Chine ont en bien profité.

Alors que la Chine est connue pour son goût d’un bœuf de haute qualité nourri au grain, elle aurait trouvé ses fournisseurs auprès des éleveurs américains à en croire les données des douanes.

Adeline Descamps

*Les droits de douane se sont élevés à 218 % pour certaines marques de vin, à 80,5 % pour l’orge et à 40% sur le coton. Les exportations de vin vers la Chine, qui était auparavant le premier marché de l'Australie, ont diminué de 844 M$ au cours de la campagne qui s’est soldée en mars 2022, première année après l'imposition des droits définitifs. Le commerce de l'orge représentait entre 1,5 et 2 milliards de dollars australiens par an et celui de boeuf, 3 milliards de dollars australiens en 2019.

 

Comment les flux de charbon ont-ils évolué depuis 2020, date à laquelle la Chine a imposé une interdiction sur les importations en provenance d'Australie ?

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