Le ralentissement économique mondial provoqué par le coronavirus a fait chuter la demande de GNL et entraîné une baisse d'environ 65 % des tarifs d'affrètement des méthaniers.
De 90 000 $/j en début d’année à 31 000 $/j mi-juin. C’est le grand déclassement pour les méthaniers. L’année apparaît tout en contraste avec 2019, année record pour la croissance (+ 12,7 %) des exportations mondiales de GNL, notamment tirées par les États-Unis, la Russie et l'Australie. Alors qu'un rebond de la demande et des importations est nécessaire pour rééquilibrer les tarifs d’affrétement, l’offre a déjà augmenté de 2 % cette année. La flotte avait déjà cru de 8 % l'année dernière. Selon les estimations, elle devrait encore augmenter de 5 % d'ici la fin de l'année et de 11 % l'année prochaine.
Frénésie de la construction navale ces deux dernières années
La montée en puissance de la production de GNL aux États-Unis a notamment alimenté la frénésie de la construction navale au cours des deux dernières années, relève la Lloyds List. Mais le double coup de frein – perturbation de la demande et surinvestissement dans la capacité de liquéfaction ces dernières années – devrait freiner l’appétit pour les nouvelles constructions, voire engendrer des annulations ou reports.
Les constructeurs navals sud-coréens, experts dans la technologie des méthaniers, sont les plus touchés par la situation. Fin mai, Korea Shipbuilding & Offshore Engineering (ex-Hyundai Heavy Industries), Samsung Heavy Industries et DSME n'avaient atteint qu'environ 9 % de leurs objectifs de commandes, fixés à 31 Md$ pour 2020, selon les données des entreprises. Pour le courtier Poten & Partners, la demande de GNL pourrait prendre jusqu'à quatre ans pour revenir aux niveaux prévus au début de l'année.
70 Mt de projets en sommeil
L'épidémie a par ailleurs repoussé les décisions finales d'investissement pour plus de 70 Mt de projets de liquéfaction - principalement aux États-Unis - qui devaient initialement être réalisés cette année. Les exportations des six terminaux de liquéfaction américains aujourd’hui opérationnels - Sabine Pass, Cove Point, Corpus Christi, Freeport, Cameron et l'île d'Elbe - sont actuellement en baisse de 60 % par rapport à leur pic du début de l'année.
Selon l'agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), la situation pourrait s'améliorer à partir du mois d'août. La production contrainte devrait pousser les prix à la hausse pendant les mois d'hiver et jusqu'en janvier 2021. Signe positif, les exportations australiennes de GNL se sont montrées résilientes en mai. Un bémol cependant, les cargaisons subissent actuellement des retards de livraison ou sont en attente de leur destination finale, ce qui peut se lire comme un autre signe de la faiblesse de la demande.
Les données de suivi des navires de la Lloyd's List Intelligence indiquent par exemple que le méthanier British Mentor, qui transporte le GNL de l’usine Chevron à Wheatstone, a passé près de trois semaines au large de Dampier sur la côte ouest de l'Australie avant de se diriger vers Manzanillo au Mexique, où il doit arriver fin juin.
A.D.