Cosco Shipholding, maison mère de Cosco Shipping et d’OOCL, s'attend à ce que les bénéfices nets pour les neuf premiers mois de l'année s'élèvent à 33,2 milliards RMB (4,4 Md$), soit une baisse de 77 % par rapport aux 143,6 milliards RMB (19 Md$) enregistrés un an plus tôt.
Le numéro trois mondial dans le transport maritime de conteneurs paie chèrement le retournement de conjoncture provoqué par l’atonie de la demande de transport, exacerbé par la problématique, plus structurelle, de la surcapacité inhérente au secteur.
Bien que divisé par plus de quatre, le résultat net du transporteur asiatique reste bien supérieur à celui des neuf premiers mois de l’année 2020, avant que le monde ne bascule dans une autre ère. À cette époque, Cosco avait alors publié un revenu net s’exprimant en millions, à 4,6 milliards de RMB, soit 609 M$.
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Cosco, champion de la marge
Contre toute attente, Cosco avait affiché une marge d’exploitation exceptionnellement élevée au deuxième trimestre, le seul parmi neuf des premiers transporteurs mondiaux à améliorer sensiblement ses finances, récoltant les fruits de son plan drastique à chasser les coûts.
Le numéro quatre mondial a opéré des coupes sombres dans ses dépenses, qui ont été globalement réduites de 37 % au deuxième trimestre (- 55 % dans les dépenses liées aux équipements et - 11 % dans celles associées aux navires alors que sa flotte est restée stable). Avec sa marge d’exploitation proche des 30 % (27 % contre 20,3 % au premier trimestre), il s’est assuré une marge moyenne de 23,5 % pour le premier semestre de l'année. Sans son orthodoxie financière, les résultats opérationnels du groupe auraient été dans les clous du marché.
OOCL, exercice plus difficile
Le dernier trimestre sera plus difficile pour OOCL, promet pour sa part Alphaliner. Les bénéfices de la filiale hongkongaise du groupe Cosco ont chuté de 65 % au troisième trimestre bien qu’elle ait performé sur le marché transpacifique avec 477 425 EVP transportés entre juillet et septembre (+ 14 % par rapport à la même période en 2022) et des volumes en hausse de 6,7 %, tous marchés confondus.
Mais ils ne parviennent pas à compenser la chute des revenus moyens par EVP, passés de 4 568 à 1 317 $ en un an. Son chiffre d’affaires s’en ressent, encore en baisse de 62,6 % par rapport au deuxième trimestre, soit 1,76 M$, et de 65,1 % par rapport à l'année précédente.
Les tarifs transatlantiques ont toutefois mieux résisté, limitant la chute à 32 % sur l'ensemble des neuf mois, mais ils n’ont représenté que 12 % des recettes totales sur cette période.
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Confirmation d'une absence de haute saison
« Ces résultats indiquent que les transporteurs ont finalement peu profité de la traditionnelle haute saison estivale, et que la situation pourrait être pire à l'avenir », indique Alphaliner.
Si les 880 000 EVP en construction (53 porte-conteneurs) devraient permettre à l’armateur chinois de porte-conteneurs de « se refaire », il restera largement distancé de CMA CGM, qui avait repris en 2021 la troisième place du classement mondial à Cosco.
Retour aux 3 MEVP
Toutefois, le groupe vient de repasser au-dessus de la jauge des 3 MEVP, brièvement atteint en 2021, avec la récente livraison du OOCL Zeebrugge (24 188 EVP), a annoncé sur les réseaux sociaux Jan Tiedemann, analyste chez Alphaliner.
« La flotte de Cosco avait atteint la barre des 1 MEVP en 2010 et celle des 2 MEVP a été franchie en 2018, peu avant que le rachat d'OOCL ne fasse passer la capacité totale des navires du groupe à environ 2,90 MEVP. À l'époque, le groupe chinois se classait troisième, devant CMA CGM ».
CoscoSP a notamment cinq mégamax, 14 néo-panamax et trois navires de 7 000 EVP en commande. OOCL, a quant à lui, 15 très grands porte-conteneurs, dix de 15 000 EVP et quatre unités de 6 000 EVP en construction. À eux deux, ils attendent donc 20 gros-porteurs.
Adeline Descamps