Allard Castelein, port de Rotterdam : « Compte tenu des circonstances très difficiles, la stabilité serait une performance remarquable en 2022 »

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Le port néerlandais a traité à l’issue des neuf premiers mois de l’année peu ou prou le même volume de marchandises, de l’ordre de 350 Mt, qu’il y a un an à la même période. Mais cette apparente stabilité masque un chamboulement dans les affaires portuaires. Le charbon et le GNL y règnent sans conteste. Le conteneur est résolument passé en territoire négatif. 

De la constance en toutes circonstances. Dans un contexte de grand chamboulement des flux, le port néerlandais a traité au cours des neuf premiers mois de l’année quasiment le même volume de marchandises que l'année dernière : 351,03 Mt (+ 0,3 %). Pourtant, la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les flux énergétiques au niveau mondial ont complétement redistribué les flux entrant et sortant. Les changements les plus remarquables dans les trafics concerne bien les marchés liés aux énergies. Le charbon et de GNL ont pris par exemple l’ascendant dans les importations au détriment du gaz naturel russe.

« Le trafic global donne l'impression que les affaires continuent comme d'habitude dans le port (…) mais le paysage énergétique a radicalement changé. Avec les prix élevés de l'énergie, l'industrie chimique à forte consommation d'énergie, en particulier, traverse des moments difficiles. Une transition énergétique plus rapide nous rend moins dépendants des développements géopolitiques à long terme. À court terme, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour préserver ce secteur si important pour notre société », veut en déduire Allard Castelein, CEO de l'autorité portuaire de Rotterdam.

Le conteneur en perte de vitesse

La stabilité (négative) est aussi de mise pour le conteneur, où les neuf mois de l’année ressemblent à s’y méprendre à la tonalité du premier semestre, qui s’était soldé par une baisse de 4,4 % en EVP et de 8,9 % en tonnage.

Entre janvier et septembre, le premier port européen a vu son volume de conteneurs (8 % du trafic global) chuter de 8,6 % en tonnage (106,7 Mt) et de 4,4 % en EVP (10,99 MEVP), l’écart entre poids et unités se justifiant par le fait que plus de conteneurs vides ont transité par le port. Pas plus à Anvers, son grand challenger, qu’à Rotterdam, le conteneur ne se rétablit. Le deuxième port européen doit également déplorer, à l’issue des neuf premiers mois de l’année, un trafic de boîtes en baisse de 8,8 % en tonnage (110 Mt) et de 5 % en unités EVP (10,2 MEVP). 

Rotterdam est celui qui a le plus à souffrir des sanctions à l’égard de la Russie sur plusieurs segments en général (13 % de ses flux en dépendent) et le conteneur en particulier. Au cours des dernières années, environ 8 % du trafic de conteneurs étaient liés à la Russie. 

En revanche, le trafic ro-ro et les autres marchandises diverses ont augmenté de 15 %, confirmant les tendances du premier semestre.

Vracs liquides tirés par l’explosion du GNL

Trafic de rentes pour de nombreux ports européens, censés être portés par la conjoncture, les vracs liquides (158 Mt) ne profitent pas vraiment à Rotterdam, où la croissance se limite à 3,9 %. L’explosion des flux de GNL (+ 73,8 % ; + 45,8 % à l’issue du premier semestre), résultant du transfert du gaz russe acheminé par gazoducs à du gaz naturel liquéfié majoritairement fourni par les États-Unis via  la mer, impressionne. Mais il s’agit de tonnages extrêmement faibles (8,6 Mt), pas de nature à compenser la chute des produits pétroliers (- 13,1 %, 42 Mt). 

Ce repli est à attribuer à la baisse de l'offre de fioul en provenance de Russie, car le pétrole brut, roi de tous les segments à Rotterdam (78 Mt), est en hausse de 5,4 % et les autres vracs liquides de 18,4 %. Toutes les catégories de la section des autres liquides sont en croissance (chimie, biocarburants, huiles végétales/animales …), répondant sans doute pour certains à la nécessité de constituer des stocks en vue de sécuriser les approvisionnements. 

Ralentissement du vrac sec

Les mauvaises récoltes dans diverses parties du monde se lisent également dans la chute de la catégorie « agribulk » (- 14,8 %). « Les prix élevés de l'énergie ont également joué un rôle », ajoute la direction. 

Après une hausse de 4,4 % entre janvier et juin, le vrac sec (près de 60 Mt) a ralenti au troisième trimestre puisque l’ensemble de l’année arrêtée à fin septembre se matérialise par une croissance limitée à 2,9 %.  

Les entrées et sorties de charbon, trafic phare de la catégorie avec plus de 21 Mt, ont augmenté de 24,8 % mais « principalement en raison de l'utilisation accrue de charbon dans les centrales électriques », précise l’autorité portuaire, suggérant ainsi que le boom n’est pas lié au charbon de coke exploitée dans la sidérurgie. Le charbon thermique est de retour, avantagé par son prix compétitif par rapport au gaz naturel.

Le trafic de minerai de fer est en chute libre. Après avoir dévissé de 20,6 % au premier semestre, sanctionné par les coûts énergétiques élevés, il termine les trois trimestres sur un repli de près de 18 % (18,8 Mt).

Les autres vracs en revanche, tels que les matières premières et les matériaux de construction, sont en progression de 22,6 %.

Maintien du trafic

En ces temps troublés, où les chocs se chevauchent, l'autorité portuaire de Rotterdam se contente de peu en abattant la carte étale. « Le climat macro-économique est loin d'être prometteur, compte tenu de la poursuite de la guerre en Ukraine, de l'inflation et de la détérioration du climat économique. Néanmoins, nous prévoyons que le trafic pour 2022 sera du même niveau que celui de l'année dernière. Compte tenu des circonstances très difficiles dans presque tous les secteurs, il s'agirait d'une performance remarquable », tranche Allard Castelein.

Adeline Descamps

 

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