Si les trois dernières récoltes ont déçu, le blé français bénéficie toujours d’une image positive sur le marché mondial, en partie grâce à une filière structurée, garantie pour l’acheteur d’un blé en totale conformité avec sa demande. Cependant, la moindre qualité et disponibilité des blés français, ces dernières années, ont conduit certains clients, parmi les plus fidèles, à chercher d’autres sources d’approvisionnement. Et ils ont trouvé, auprès de blés russes et ukrainiens, des céréales conformes à leurs besoins.
Les campagnes françaises médiocres se succédant ont fait le lit de la concurrence, dont les parts de marché se sont consolidés d’année en année. Si bien que la Russie et les satellites de l’ex-CEI contribuent à hauteur de 60 Mt au marché mondial, estimé autour de 180 Mt par an.
Pour stopper l’érosion des parts de marché, la filière nationale a investi dans la R&D. Les semenciers français, parmi les plus en pointe à l’échelle planétaire, travaillent en permanence sur de nouvelles variétés. Il est vrai aussi qu’en mettant leurs compétences au service des concurrents, ils ont contribué à la montée en gamme des concurrents.
Protéine, vecteur de ventes
Parmi les premiers sujets, la teneur en protéine de l’épi, désormais cranté à 12,5 %, considéré comme la qualité standard du contrat à terme lancé par CME Group (Chicago Mercantile Exchange), premier groupe au monde par les volumes traités. L’augmentation du taux de protéine « n’est pas une fin en soi. Un niveau compris entre 11,5 et 12 % est suffisant pour accéder à de nombreux marchés export », modère Simon Aimar, de la Sica Atlantique à La Rochelle.
Abstraction faite des aléas climatiques, la France n’est pas sans atouts. « Les garanties de traçabilité offertes par le blé français sont de nature à rassurer les consommateurs », poursuit-il.
Les acteurs de la filière céréalière estiment qu’une évolution des mentalités des agriculteurs, encore trop centrés sur le marché domestique, est aussi nécessaire. Or, la moitié de ce qui sort de leurs parcelles est bel et bien vendu à l’export. « Pour rester compétitif, l’export ne doit plus être un exutoire mais un vrai marché », défend Jean-François Lépy, directeur général des marchés du groupe Soufflet, plaidant pour « une montée en gamme ». à cet égard, il propose notamment de développer les services auprès des producteurs français: logistique, traçabilité, durabilité, analyse, recommandations d’utilisation, etc. « Les nouvelles technologies et les outils d’aide à la décision sont des leviers de compétitivité au service de la production. L’efficacité logistique peut aussi améliorer notre positionnement concurrentiel ».
Reste le différentiel de prix. « Cet écart sera difficile à résorber », soupire Simon Aimar, « tant les coûts de production et les contextes réglementaires sont différents ».