Le 13 avril dernier, un coup de tonnerre secouait les eaux traditionnellement calmes du shipping espagnol. Les groupes Grimaldi et Armas Trasmediterránea annonçaient un accord aux termes duquel ce dernier cédait son activité entre la péninsule et les Baléares au premier. L’opération est de grande ampleur puisqu’elle porte principalement sur cinq ropax, les droits d’exploitation des lignes Barcelone-Mahon (Minorque), Barcelone-Palma, Barcelone-Ibiza, Valence-Mahon, Valence-Palma et Valence-Ibiza, sans oublier deux terminaux passagers et marchandises (Barcelone et Valence). Le communiqué officiel évoque « le premier pas d’une collaboration entre les deux groupes ».
Cet accord, sous la forme d'une traditionnelle lettre d’intention (MoU), est important à plus d’un titre. Le leader espagnol du transport maritime a dû faire face aux conséquences du Covid-19 et de la crise économique qui ont aggravé une situation financière difficile, liée à un endettement de près de 900 M€. À l’automne dernier, des entreprises des Baléares s’étaient plaintes des retards de livraison de certains produits industriels en raison de la réduction des fréquences entre la péninsule et l’archipel. Le « deal » tombe donc à point nommé pour assurer la pérennité du groupe.
Un événement
L’arrivée de Grimaldi est un événement. C’est la première entrée en force d’un opérateur étranger dans l’activité entre la péninsule et les deux archipels (Baléares et Canaries), chasse gardée des compagnies espagnoles. Grimaldi, déjà très actif en Espagne (notamment dans les liaisons vers l’Italie) ajoute un segment de marché non négligeable.
Mais un autre Italien a également les dents longues. La compagnie Grandi Navi Veloci (GNV), filiale du groupe MSC, a annoncé son entrée prochaine dans l’activité péninsule-Baléares depuis Barcelone et Valence. Selon les informations disponibles, le démarrage interviendrait au début de l’été avec des fréquences, non officiellement connues, et deux gros navires : le GNV Bridge et le GNV Sealand. La compagnie exploite depuis 2008 une ligne régulière, de Barcelone vers Gênes et Tanger-Med. Et MSC connait bien les Baléares grâce à son activité de croisiériste actuellement à l’arrêt.
Balearia monte au créneau
L’arrivée de GNV va donc accroître l’offre disponible et accentuer la pression sur les deux acteurs qui se partagent actuellement le marché des ferries (passagers et marchandises) : l’alliance Armas Trasmediterránea-Grimaldi et la compagnie espagnole Balearia. Ces changements ne sont pas pour déplaire aux chargeurs et aux transporteurs qui s’attendent à un ajustement des frets à la baisse. Une bonne nouvelle dans un contexte économique espagnol qui demeure difficile.
Balearia de son côté, n’est pas en reste. La compagnie vient d’annoncer la mise en service, le 1er mai 2021, de l’Eleanor Roosevelt sur la ligne Denia-Ibiza-Palma. Ce nouveau fast-ferry, utilisant le GNL comme moyen de propulsion, s’inscrit dans la stratégie de développement durable mise en œuvre par Balearia et présentée comme un atout de différenciation par rapport à la concurrence. Le marché traditionnellement tranquille des liaisons péninsule-Baléares pourrait bien gagner en effervescence.
Daniel Solano