Plus d’un milliard de dollars. C’est ce que l’armateur napolitain a revendiqué avoir investi, notamment pour satisfaire les prochaines échéances réglementaires de l’OMI sur la teneur en soufre des carburants marins. Le groupe aux grands rouliers jaunes fait notamment référence à son programme de commandes portant sur 29 nouvelles unités, dont celles de son projet GG5G (Grimaldi Green 5th Generation). Annoncé en 2018, il porte sur un total de 12 con-ros (238 m de long, 34 m de large) à propulsion hybride d’une capacité de 7 800 mètres linéaires de garages sur cinq ponts (soit une capacité de 500 camions). Incarnation d’un nouvelle génération, ils sont dotés d’une coque hydrodynamique, de nouvelles hélices à pas variable (CPP), de batteries lithium-ion (qui leur permettront d’éteindre leurs moteurs pendant les escales et serviront de réservoirs de puissance pendant les « peak shaving »), de panneaux solaires (qui rechargeront les batteries pendant les phases de navigation) et d’un éclairage LED.
Neuf opèreront en Méditerranée tandis que trois de 5 800 ml seront exploités en 2021/22 en Baltique par sa filiale finlandaise, Finnlines, avec la particularité de disposer d’une coque renforcée pour la navigation en eaux glacées (certification 1A Super). Le transporteur doit encore réceptionner du chantier naval chinois Nanjing Jinling Shipyard cinq de ces mega-carriers.
Il dispose en outre de sept transporteurs de voitures (PCTC) d’une capacité de 7 600 CEU (car equivalent units), opérant entre la Méditerranée, les USA, le Canada et Anvers.
Jumboïsation
Parallèlement, l’armateur italien a entrepris un programme de jumboïsation de certains de ses navires de manière à réduire consommation et émissions par tonne transportée. Les plus médiatiques ont concerné les ferries Cruise Roma et Cruise Barcelona, qui figuraient déjà, sans l’intégration de nouvelles sections de coques (+ 29 m), parmi les plus grands opérant en Méditerranée. À l’issue des travaux, ils ont été allongés à 254 m et leur capacité portée 3 500 passagers, 3 000 m2 de garages pour les voitures et 3 700 ml pour le fret. Ils ont également bénéficié des dernières technologies mises en œuvre par l’Italien, tel un parc de batteries développant 5,5 MW/h de puissance.
L’armement est aussi engagé dans un programme qui consiste à équiper de scrubbers 29 de ses 130 navires. Dix ont déjà été réceptionnés, les autres le seront au cours des trois prochaines années. Gianluca et Emanuele Grimaldi, les fils du fondateur de cet armement encore familial, assurent que 70 % de la flotte en seront dotés. Le reste sera donc propulsé au VLSFO (0,5 % de soufre).
D’ici à 2024, l’armement va aligner six nouveaux con-ros (concept G4), dont la capacité conteneurs sera augmentée de 50 % au détriment de la capacité en mètres linéaires. Ces unités, dont l’appel d’offres sera lancé fin 2021, seront construites soit en Corée du Sud soit en Chine.
Membre de la Clean Alliance 2020, de Sails (Sustainable Action for Innovative and low-impact Shipping), ou de projets pilotes portant sur des moteurs à hydrogène et électriques, Emanuele Grimaldi estime que le groupe a transporté 17 % de fret en plus, mais en réduisant la consommation de 2 % par tonne/mile.
Cela a un prix. L’armement en a visiblement les moyens. Malgré une conjoncture difficile, l’entreprise clôturera son exercice 2019 avec un chiffre d’affaires consolidé de 3 Md€. Pour pallier l’assèchement des crédits bancaires depuis 2008, le groupe a réinvesti et recapitalisé à hauteur de 2 Md€ pour réduire l’endettement.
Diversification payante
Pour assurer sa rentabilité, le Napolitain manœuvre en s’appuyant sur sa stratégie de diversification à plusieurs niveaux.
ACL, opérateur sur les routes du Nord-Atlantique spécialisé dans le transport de conteneurs, d’équipements lourds et de véhicules, a suffisamment réduit ses pertes pour atteindre l’équilibre et envisager des bénéfices en 2020.
Finnlines, opérateur ro-ro en mer du Nord et Baltique, évolue toujours positivement en dépit d’une spirale baissière annoncée en Europe du Nord, grâce à des navires d’une plus grande capacité à la consommation optimisée de 30 %. Minoan Line, spécialisé sur les trafics entre le port du Pirée et Héraklion (Crète), est désendettée et peut capter des opportunités sur le marché des ferries.
Euromed, actif dans le cabotage intra européen, a été confronté à une soudaine baisse du trafic des voitures neuves, notamment en provenance des États-Unis.
Par marchés, en Sicile, la position de leader est en cours de consolidation et de plus grandes unités seront alignées entre l’île et Malte. En Espagne, l’allongement des deux paquebots confirme la volonté d’implication dans la croisière. Le marché espagnol accueillera aussi les con-ros GG5G.
Dans l’ensemble, les lignes shortsea ont enregistré en 2018 une croissance de 12 % dans le passager et de 4 % dans le fret et de 7 et 8 % respectivement durant le premier semestre. En océanique, le dernier exercice a capitalisé sur l’introduction d’un con-ro supplémentaire et l’augmentation de la fréquence les lignes Amérique-COA et Méditerrané COA. D’Europe vers la COA, le trafic de l’armement reste stable, aidé en cela par la croissance des projets et colis lourds (+ 10 %). Pour ce faire, des mafis de 15 m de long et d’une capacité 200 t sont alignés. La desserte de l’Amérique du Sud s’affiche en revanche à la baisse.