Premier choc culturel pour cette diplomate élevée dans la grandeur d’un État, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, à l’OMI, agence spécialisée de l’ONU, la France ne représente pas grand-chose. Cette « petite organisation » de moins de 300 personnes disposant d’un budget annuel d’à peine 32 M£ est « très complexe ». Le poids des lobbies, autrement désignés par le terme d’ONG, y est « très important ». C’est également la seule agence de l’ONU dont le site internet est uniquement anglophone, alors que pour diffuser le plus largement possible les normes qui y sont conçues, il serait utile d’avoir recours à d’autres langues, estime Élisabeth Barsacq.
C’est à la suite d’une recommandation du Grenelle de la mer, insufflée par Armateurs de France, que le gouvernement français a pris la décision de nommer, pour la première fois, une ambassadrice auprès de l’OMI. Auparavant, un administrateur des Affaires maritimes – par ailleurs conseiller maritime auprès de l’ambassade de France au Royaume-Uni – suffisait, a constaté l’ambassadrice, assistée par deux « Aff.mar ». Tous les cas de figure de représentation à l’OMI sont possibles. Outre la France, l’autre État a y avoir nommé un ambassadeur, est la Corée du Nord, a-t-on appris le 20 mai.
Comme à l’ONU, le principe d’adoption d’une proposition est le consensus. Lorsque le président de séance estime qu’il n’y aura pas une nette majorité, il renvoie prudemment la proposition en commission. C’est ainsi que la proposition franco-espagnole de rendre obligatoire la déclaration de toute perte de conteneur et la présence d’un système d’identification du nombre exact de conteneurs perdus n’a pas été retenue en septembre. Le poids des lobbies, sans doute.
Pour exister, il faut prendre la parole souvent, conseille l’ambassadrice, en ayant lu tous les papiers déposés par les autres délégations. Pour faire avancer ses propres propositions résultant d’une longue concertation entre administrations, il faut se trouver des alliés qui les soutiendront, en échange du soutien de la France, par ailleurs. C’est ainsi que la France a soutenu l’Australie qui souhaite étendre sa zone d’extrême vulnérabilité écologique, qui limite le trafic maritime à proximité de la grande carrière de corail.
Zone de grand calme
Sur le fond, l’OMI est entrée dans une zone de grand calme car il n’y a plus aucun grand texte juridique en préparation dans les tuyaux, estime la représentante française. Cela laissera du temps pour traiter de la probable grande question du futur: la fatigue des navigants. Il n’a pas été possible d’estimer si la nomination d’une ambassadrice française auprès de l’OMI a été de nature à renforcer l’influence du pays à l’OMI. La « soft power » de la France est modeste et est appelée à le rester un temps certain. Il est très peu probable que la France reprenne le versement de sa contribution à l’université maritime mondiale de Malmö, estime Élisabeth Barsacq.
Le 20 mai, l’Association des armateurs sud-coréens a versé 50 000 US$ à l’université de Malmö. Il n’y a pas d’ambassadeur sud-coréen auprès de l’OMI, mais l’actuel directeur de l’autorité portuaire de Busan, Ki-tack Limer, ancien étudiant de Malmö, est l’un des six candidats, au poste de secrétaire général de l’OMI. Fin juin-début juillet, les 40 membres du conseil de l’OMI éliront le prochain secrétaire général.