L’Italie se lance dans une vaste opération de construction des auto routes de la mer

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Développer les autoroutes de la mer pour réduire la pollution et favoriser la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre en désengorgeant les grands axes routiers, améliorer les performances économiques du système portuaire et participer ainsi à la relance des moteurs financiers de la péninsule. Ce sont ces thèmes qui ont été débattu à Civitavecchia à l’occasion d’un congrès organisé par l’autorité portuaire des trois ports du Latium (Civitavecchia, Fiumicino et Gaeta) et le groupe RAM Logistique, infrastructure et Transports Spa à la mi-janvier. « Nous avons besoin de normes, d’aides, de remises en ordre des infrastructures mais nous avons aussi un énorme potentiel qui ne demande qu’à être développé », a déclaré Ennio Cascetta, administrateur délégué de RAM en ouvrant les travaux. Une estimation que le ministère des Infrastructures et des Transports a déjà faite après avoir étudié les pistes qui permettraient de favoriser ce mode de transport durable et développer la collaboration avec les pays voisins et ceux de la méditerranée. Un projet de développement a d’ailleurs été préparé par le gouvernement.

L’idée des Italiens est de lancer une vaste opération d’exploitation des autoroutes de la mer à travers un plan de remise en ordre. Ce programme s’appuie sur le déblocage d’une enveloppe de 123 Md€. Baptisé « Connettere l’Italia » (relier l’Italie, ndlr), le nouveau plan stratégique pour la mobilité en Italie cible le développement du transport logistique et des transports durables grâce à l’intégration modale et l’intermodalité. Au chapitre des autoroutes de la mer, le bilan brossé par les opérateurs de secteur et le ministère justifie amplement ces intentions. « Le réseau des autoroutes de la mer représente 772 liaisons hebdomadaires à partir des ports italiens, deux millions de mètres linéaires de soutes soit l’équivalent de 2000 kilomètres, 70 % des navires rouliers sont gérés par des armateurs italiens et les autoroutes de la mer permettent de transporter 84 MEVP de marchandises contre 109 M sur les navires cellulaires », a déclaré Ennio Cascetta. Il a ajouté que le volume d’EVP transporté par des navires rouliers a augmenté de 21 % durant les cinq dernières années et celui des cargos de 8 %. « Le développement du trafic maritime a permis d’éliminer un milliard et demi de véhicules par an, ce qui justifie la nécessité de développer les autoroutes de la mer », a ajouté Ennio Cascetta.

En cinq ans, + 21 % d’EVP

A titre d’exemple, le plan de développement des autoroutes de la mer permettra d’améliorer les liaisons et d’augmenter le volume de trafic entre le port de Civitavecchia et Barcelone. C’est dans cette stratégie que s’est inséré l’armateur Grimaldi qui a développé ses liaisons entre les deux ports et aussi signé récemment un accord de collaboration avec l’autorité portuaire pour planter ultérieurement sa griffe à Civitavecchia. Et c’est également dans cette stratégie, que s’est inscrit le soutient de l’Union européenne avec le cofinancement du projet « BClink: MOS for the future » estimé à 21 M€ qui prévoit la mise en place d’une chaine logistique commune entre les deux ports dans le cadre du développement des autoroutes de la mer. « Cette enveloppe nous permettra de renforcer notre offre commerciale et les liaisons entre l’Espagne et l’Europe de l’Est via les ports de Civitavecchia et de l’Adriatique, de créer un couloir qui à son tour pourrait servir de liaisons avec le couloir scandinavo-méditerranéen », a déclaré pour sa part Francesco Maria di Majo, patron de l’autorité portuaire qui chapote les ports du Latium.

La cure de fer

L’opération sur les autoroutes de la mer comprend aussi un autre volet: la fameuse cure du fer. « A Civitavecchia, nous allons rouvrir la ligne ferroviaire des deux mers qui relie Civitavecchia, c’est-à-dire la partie de la mer Tyrrhénienne et Orte sur la route de Pescara donc de l’Adriatique, encore une liaison essentielle qui s’inscrit dans la stratégie du déblocage des grands axes routiers », a estimé Francesco Maria di Majo. Une politique déjà mise en place par Trieste qui a développé un réseau ferré intérieur important avec le soutient du ministère des Transports et des Infrastructures qui sponsorise la mise en place d’une sorte de pacte entre la compagnie des chemins de fer et le système portuaire pour accélérer la remise en ordre ou la construction d’un réseau de raccord ferroviaire dans les sites. « Les ports, les villes, le fer, tout le système de transport doit contribuer à la construction de nouvelles modalités moins polluantes. C’est d’ailleurs dans cette optique que nous avons financé à hauteur de 150 M€ le programme “routes communicantes intelligentes” avec l’ANAS (société nationale du réseau routier contrôlée à 100 % par le Trésor italien ndlr) », a affirmé Graziano Delrio, ministre des Transports et des Infrastructures. Sur les autoroutes de la mer, il a également brossé un bilan positif. « Nous avons économisé quelques 680 000 t de CO2 par année, ce chiffre couvre une population de un million d’habitants et au niveau du volume de transport de marchandises, nous avons noté une augmentation de 40 Mt entre 2016 et 2017, d’où la volonté d’accélérer le développement de ce type de transports », a continué le ministre.

Alors les autoroutes de la mer, une gigantesque opportunité de développement économique pour l’Italie? « Pas seulement, c’est également un pas de géant pour toute l’Europe et en rebond, le monde entier », affirme le ministre des Transports. Une nouvelle phase de négociation vient d’être lancée au niveau européen d’ailleurs pour obtenir une contribution de la part de Bruxelles envers les pays qui participent à la réduction de la pollution et au désengorgement des grands axes routiers. Sur ce point, l’Italie qui met le pied sur l’accélérateur, souhaite obtenir au moins, une petite enveloppe d’ici la fin 2018. Mais tout dépendra de la bonne volonté ou plutôt de la sensibilité du successeur du ministre Delrio et plus globalement, du gouvernement italien après les élections législatives du 4 mars prochain.

Le chiffre-clé

772

C’est le nombre de liaisons hebdomadaires depuis les ports italiens qui sont intégrées dans le réseau des autoroutes de la mer. Il s’agit de navires reliant par voie maritime des ports européens (France, Espagne, Grèce, Turquie ou encore Malte) mais aussi les ports d’Afrique du nord (Tunisie, Algérie, Maroc voire Lybie). Ce réseau représente une capacité de cale de 2 millions de mètres linéaires, soit une file de 2 000 km de camions et voitures à charger chaque semaine. Les navires appartiennent principalement à des armements italiens, au premier rang desquels s’inscrit Grimaldi.

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