Rien, à vrai dire, ne semble entamer la confiance des acteurs de la croisière. Le 10 octobre, la 9ème édition de Top Cruise a réuni 37 opérateurs et quelque 370 agents de voyages. Les chiffres sont bons, meilleurs que la plupart des autres ports européens aux dires de Jacques Truau, président infatigable du Club de la croisière Marseille Provence. Sur le port phocéen, la croisière devrait connaître une progression de 20 % en fin 2009 avec 680 000 passager. « Ce succès a été construit par les passagers tête de ligne en croissance de près de 40 % ».
Marseille tire le secteur de la croisière française
Le port de Marseille est donc devenu l'incontestable capitale de la croisière française, laissant loin Nice dont l'attrait de la promenade des Anglais ne compense pas l'étroitesse de ses installations portuaires. Mieux, « il est en train de tirer le marché de la croisière en France », assure François Weill, président de l'Association française des compagnies de croisières (AFCC), avant de corriger « la France commence à rattraper son retard sur les autres pays européens ». L'Hexagone qui ne comptait que 310 000 croisiéristes en 2008 sur 4 millions en Europe et 16 millions dans le monde, devrait connaître une croissance de 11 % en 2009. Si Marseille fait désormais jeu égal avec Gênes, il le doit au départ de Costa Croisière pour Savone Vado (plus d'1 M de passagers croisières). Et il n'est pas question de concurrencer Barcelone qui avec plus de 2 M de touristes maritimes est de loin le premier port européen de la croisière et le 5éme mondial. En fait, ce marché poursuit sa course folle en Méditerranée. Sans encore donner de signe de lassitude sur le classique parcours proposé (France-Italie-Tunisie-Espagne) ; 40 % des croisiéristes seraient des habitués, des « repeaters ». Pourtant, en trois ans, de nouvelles étapes se sont révélé comme Malaga (vraisemblablement 450 000 passagers en 2009) ou Valence (plus de 200 000). Sans compter la dizaine de ports italiens qui atteignent ou dépassent le demi-million de passagers.
Millionnaire en 2011 avec une exploitation privée
Marseille devrait devenir millionnaire en 2011. C'est ce que a réaffirmé Jacques Truau. C'est également le seuil que s'est engagé d'atteindre par contrat le groupement qui depuis le 1er avril exploite le terminal croisière du môle Léon Gourret. 2009 a en effet apporté du neuf avec la mise en place du Marseille-Provence Cruise Terminal (MPCT) qui regroupe MSC Croisière, Costa Croisière et Louis Cruise. Sur le terrain, une structure de trois permanents dirigée par Jacques Massoni, un ex-cadre du GPMM qui a franchi la ligne, gère désormais les installations dont une gare maritime ultra-moderne de plus de 6 000 m2 : « Ici nous avons 25 ans devant nous. C'est presque comme la série TV à succès qui se joue à Marseille, Plus belle la vie ». Même s'ils partagent le même enthousiasme, en coulisse, les autres armateurs expliquent qu'ils resteront attentifs face au nouveau management.
La rénovation des installations croisières, on la doit à l'établissement public. Le GPMM a investi ces dernières années plus de 20 M¤ sur ce secteur. Au point d'ailleurs, de se faire taper sur les doigts par la cour des comptes pour une certaine dérive. Le passage de relais au privé devrait clarifier les comptes. Le MPTC s'est engagé par contrat à investir 4 M¤ sur le terminal. Il vient de mettre en service un dispositif de passerelles reliant directement la gare croisière au navire sur le poste 181. Coût de l'opération : 2,5 M¤. L'an prochain, le poste 163 sera également équipé d'un porte-passerelle. Ces nouvelles installations ne vont pas immédiatement amplifier le trafic. Les prévisions pour 2 010 tablent sur 700 000 touristes maritimes, un chiffre à peine supérieur à celui qui va être réalisé en 2009. « Il faut 18 mois à 2 ans pour préparer la programmation d'une saison », explique Jacques Truau qui attribue cette temporisation au changement de régime d'exploitation.
incalculables
À Marseille, la croisière est un thème éminemment politique. À la tête de la municipalité, Jean-Claude Gaudin s'est fait le chantre de l'activité touristique comme relève économique. Un choix que le dynamisme statistique de la croisière vient étayer. Aussi le calcul des retombées financières est devenu un exercice de haute volée où les chiffres se télescopent parfois. Suivant la dernière enquête menée cet été auprès de 600 passagers tête de ligne, 29 % d'entre eux laisseraient entre 156 et 160 ¤ (hôtel et restauration compris) dans la capitale phocéenne. D'après Dominique Vlasto, adjointe au maire, ce serait plus de 5 M¤ de retombées directes et indirectes dont Marseille bénéficierait. L'activité conforterait 758 emplois à plein temps. L'impressionnante colonne de taxis qui s'étire le long des postes du môle Léon Gourret embarquant et débarquant les croisiéristes image la vigueur de ces chiffres. Mais aussi ses limites. La desserte de la ville par le terminal croisière reste le point faible d'un dispositif nautique que peu de ports peuvent offrir en Méditerranée.