Le St-Laurent fête son cinquantenaire

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«c'est l'un des plus formidables accomplissements d'ingénierie des temps modernes », a lancé la reine Élisabeth II, lors de l'inauguration de la Voie maritime du St-Laurent, le 26 juin 1959. À l'époque, le président américain Eisenhower avait fait le déplacement avec Sa très gracieuse Majesté. Le yacht Britannia inaugurait l'écluse de Saint-Lambert, près de Montréal. Un demi-siècle plus tard, les fêtes du cinquantenaire de la Voie maritime, bien que célébrées tout au long de l'été sur les bords du St-Laurent, n'ont pas attiré de personnalités majeures. L'idée d'un ouvrage d'art remonte à 1895, lorsque la Commission conjointe Canada-États-unis des voies navigables en eau profonde a étudié la faisabilité d'une voie maritime. Le projet est resté lettre morte, avant de renaître après guerre. Les travaux de la Voie maritime ont débuté en octobre 1954. Ils ont employé 22 000 personnes et ils ont coûté à l'époque la coquette somme de 470 M$. Le résultat fut une voie navigable de 306 km entre Montréal et le Lac Ontario, dotée de sept écluses (cinq au Canada et deux aux États-unis), mais surtout un préalable au développement d'une autoroute maritime de 3 600 km entre Montréal, Toronto, Detroit et Chicago. Depuis ses débuts, la Voie maritime a transporté plus de 2,5 Md t de marchandises, pour un montant évalué à 375 Md$. « Elle soutient directement et indirectement, 75 000 emplois au Canada et 150 000 aux États-unis », note D'Arcy Jenish, auteur du livre La Voie maritime du St-Laurent.

Des défis pour les 50 prochaines années

La Voie maritime a été construite à une époque où le trafic maritime était en plein essor au Canada. « Nous avions quotidiennement plus de 50 navires ancrés à Port Weller et à Port Colborne... Cela finissait par créer un embouteillage », a confié John Kroon, un employé de la Voie maritime dans les années 50 dans le livre de D'Arcy Jenish. Plus de 260 000 navires sont passés par la grande voie navigable depuis 1959. « À son point culminant, dans les années 60 et 70, le réseau manutentionnait entre 50 et 60 Mt annuellement. Dans les meilleures années, c'était 70 Mt », ajoute D'Arcy Jenish. Ces dernières années, ces chiffres ont chuté à 40 Mt. C'est dire l'ampleur des défis pour la Voie maritime. « Le plus grand défi est le renouvellement de la base client. L'architecture physique, commerciale et institutionnelle de la Voie maritime demeure en bonne partie fondée sur ses piliers d'origine : exportation des céréales et alimentation en minerai du Midwest et du Sud de l'Ontario. Ces secteurs ont souffert depuis le début des années 90 », confie le professeur Emmanuel Guy, titulaire de la Chaire de recherche en transport maritime de l'Université du Québec à Rimouski. Si ce dernier juge que le secteur des vracs traditionnellement manutentionnés par la Voie maritime ont du potentiel, le professeur souligne qu'ils ont peu de valeur ajoutée et « qu'il sera de plus en plus difficile pour le Canada et les États-unis de concurrencer les économies émergentes sur ces marchés ».

Développer les conteneurs

Le président de la Corporation de gestion de la Voie maritime du St-Laurent, Richard Corfe, dit : « En ce qui concerne l'avenir, nous estimons pouvoir tirer de nouveaux débouchés grâce à une diversification des marchandises et devenir un intervenant d'importance dans le transport des conteneurs. Les routes et les chemins de fer sont congestionnés. Nous pourrions passer d'un rendement de 60 % à un rendement plein uniquement avec des conteneurs ». L'entretien et la mise à niveau des infrastructures demeurent aussi un défi de taille que le gouvernement n'a pas placé cette année parmi les priorités dans son plan de relance de grands travaux. La Voie maritime est la cible des groupes écologistes. La dernière « Étude des Grands lacs et de la Voie maritime » révèle que 185 espèces envahissantes occupent désormais le St-Laurent, apportées « par les eaux de ballast des navires océaniques, ce qui représente l'un des problèmes environnementaux les plus difficiles ». Conscients du danger, les administrateurs de la Voie maritime l'ont rebaptisé Autoroute H2O. Un maquillage vert qui ne sera pas suffisant si rien n'est fait pour stopper le développement d'espèces non indigènes dans le fleuve.

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