L'ex-ministère soviétique du gaz a été transformé en 1989 en une société anonyme au capital de 120 Md$, détenu à 50,02 % par l'État. En août, il a rendu publics ses résultats pour le premier trimestre, conformes aux normes de comptabilité internationale et vérifiés par le cabinet d'audit international Pricewaterhouse Coopers. Au 31 mars, ses actifs ont atteint 7 476 milliards de roubles (166,5 Md¤), contre 7 168 milliards de roubles (160 Md¤) trois mois plus tôt, et son bénéfice net consolidé 110, 1 milliards (2,45 Md¤), contre 286 milliards (6,3 Md¤) un an auparavant. Gazprom a emprunté 11 Md$ au premier semestre et annoncé, en juin, que ses ventes à l'export devraient descendre à 40 Md$ en 2009.
L'Europe très dépendante
Gazprom satisfait le quart de la demande européenne de gaz, surtout via l'Ukraine. En janvier, un durcissement des relations entre Moscou et Kiev, au sujet de factures de gaz, avait entraîné une suspension des approvisionnements vers 23 pays de l'Union européenne pendant deux semaines.
Ces derniers ont déjà entrepris de les diversifier par, notamment, le projet de gazoduc Nabucco les reliant à la mer Caspienne et au Moyen-Orient en évitant la Russie. Mais, celle-ci prépare un projet concurrent, South Stream, pour continuer à alimenter directement l'Europe. Gazprom s'est associé au groupe énergétique italien Eni et a, en outre, obtenu l'appui de la Bulgarie, de la Serbie, de la Grèce et de la Hongrie pour la construction d'un pipeline passant sous la mer Noire jusqu'à l'Asie centrale d'ici à 2015. L'Autriche et la Slovénie devraient également participer au projet. Les chiffres de consommation suivants sont extraits de BP Statistical Review 2008.
L'Allemagne est le premier client à l'export de Gazprom avec 35,5 Mdm3 par an, soit 42 % de ses besoins. Le pipeline Yamal-Europe transporte chaque année 30 Mdm3 entre la péninsule de Yamal dans l'Arctique et Francfort-sur-l'Oder à la frontière germano-plonaise, soit plus de 4 000 km. En outre, les groupes allemands BASF et E.ON, le néerlandais Gasunie et Gazprom vont investir 7,4 Md¤ dans la construction du gazoduc Nord Stream, qui devrait acheminer 55 Mdm3 par an sous la Baltique.
La Turquie est devenue le deuxième acheteur de gaz russe en 2007 avec 23,1 Mdm3 par an, soit 75 % de sa consommation. Près de la moitié arrive par le gazoduc Blue Stream (sous la mer Noire), qui a acheminé 7,5 Mdm3 en 2006 et 9,5 Mdm3 l'année suivante. En août, Ankara a donné son accord au projet South Stream avec, en contrepartie, la participation de la Russie à l'oléoduc entre Samsun (mer Noire) et Ceyhan (Méditerranée) et à l'extension du Blue Stream jusqu'en Syrie, au Liban, en Israël et à Chypre.
L'Italie est un client majeur de Gazprom avec 238 Mdm3 en 2007.
La Grande-Bretagne, qui a acheter du gaz russe dès 2001, en est devenue le quatrième importateur avec 15,2 Mdm3 en 2007, soit 16 % de sa consommation. La filiale britannique de Gazprom souhaite accroître ses ventes de plus de 65 % cette année et se placer sur le marché des particuliers après 2011.
L'Irlande est alimentée en gaz russe via un pipeline avec la Grande-Bretagne. Gazprom compte obtenir 15-20 % du marché local fin 2010.
La France a acheté 7,63 Mdm3 de gaz russe en 2007, soit 22 % de ses importations. Gazprom vend surtout à GDF Suez.
La République tchèque a reçu 6,43 Mdm3 de gaz de Gazprom, soit 75 % de ses importations.
L'Espagne a conclu un accord énergétique avec la Russie en mars, selon lequel les compagnies espagnoles ont davantage accès aux gisements russes. Gazprom pourrait acheter des centrales thermiques au gaz en Espagne et va étudier, avec le groupe local Gas Natural, des projets communs dans le Nord-Est de l'Europe. Tous deux devraient bientôt signer un accord sur la fourniture de gaz du gisement offshore de Shtokman (mer de Barents) à l'Espagne. De son côté, la compagnie pétrolière espagnole Repsol pourrait participer au développement du site russe de Yamal et à des projets de liquéfaction de gaz naturel. Enfin, le Premier ministre José Luiz Rodriguez Zapatero a déclaré vouloir établir des liens énergétiques avec la Russie, lorsqu'il prendra la présidence de l'Union européenne en 2010.
La Hongrie achète 7,5 Mdm3 de gaz par an à Gazprom, soit plus de 60 % de ses besoins.
La Pologne s'approvisionne à 50 % en Russie.
La Slovaquie, la Bulgarie et la Finlande dépendent presqu'entièrement du gaz russe.
Coopération en Asie centrale
Gazprom achète du gaz au Turkménistan, au Kazakhstan et à l'Ouzbékistan, en vue de le réexporter vers l'Europe. Le Turkménistan et le Kazakhstan vont construire, avec la Russie, le Caspian Gas Pipeline autour de la mer Caspienne, dont la capacité annuelle devrait atteindre 20 Mdm3 de gaz d'ici à 2010. En juin, l'Azerbaïdjan s'est engagé à vendre du gaz en priorité à la Russie, lors de la deuxième phase d'exploitation de son gisement de Shah Deniz au sud de la Caspienne. Or, pour alimenter Nabucco, l'Europe compte sur ce site exploité à 51 % par BP et Statoil Hydro (Norvège).
Marchés prometteurs en Asie
En octobre 2008, Gazprom a annoncé un projet de coopération avec l'Iran et le Qatar pour développer le site frontalier de South Pars, l'un des plus importants gisements de gaz naturel du monde. Depuis 1994, il s'est associé à Royal Dutch Shell et aux groupes japonais Mitsubishi Corp et Mitsui pour développer le site Sakhalin-2, au large de l'île du même nom. En 2010, exploité alors à pleine capacité, le site assurera 5 % de la demande mondiale de gaz naturel.
Le Japon, quatrième consommateur mondial d'énergie, dépend du gaz pour 14 % de ses besoins. Ses importations de Sakhaline devraient correspondre à 7 % de sa consommation. Il achètera environ 8 Mt des 9 Mt du gaz extrait de Sakhalin-2 par an. En outre, le gouvernement japonais et Gazprom vont examiner comment traiter le gaz russe de Vladivostock pour l'exporter en partie vers la région Asie-Paciffique. La première phase du projet, usine de liquéfaction et pipeline de 1 350 km entre Sakhaline et le port de Vladivostock, devrait être achevée au troisième trimestre 2011. Ce gazoduc devrait coûter environ 6,6 Md$. Le Japon serait prêt, selon le journal russe Kommersant, à y contribuer pour 2 Md$, à condition que les tubes soient fabriqués chez lui.
La Corée du Sud est le deuxième acheteur mondial de gaz naturel. En septembre 2008, elle a conclu avec la Russie un contrat de 90 Md$, portant sur l'importation de gaz sibérien via Vladivostock et la Corée du Nord. Enfin, chaque année, Korea Gas Corp va acheter 1,5 Mt de gaz de Sakhalin-2.
L'Inde a reçu, en mai 2008, son premier chargement de gaz de Sakhaline, vendu à Total Gas Power et livré à un terminal de Shell et Total dans l'État de Gujarat.
La Chine va recevoir 80 Mdm3 par an de gaz de Sakhalin-2, acheminé par deux pipelines. Les négociations sur les prix ont commencé cette année, en vue de livraisons en 2013-2014.
Dans le reste du monde aussi
Gazprom négocie avec le Nigeria et l'Algérie et prospecte le continent américain, inaccessible par gazoducs.
Le Nigeria va profiter d'un investissement d'au moins 2,5 Md$ pour développer son secteur gazier et qui sera fourni par une coentreprise, constituée cette année entre sa compagnie nationale pétrolière NNPC et Gazprom. Ce dernier est aussi intéressé par le projet de Total de 10 Md$ visant à expédier jusqu'à 30 Mdm3 de gaz nigérian vers l'Europe, via le Niger et l'Algérie.
L'Algérie devrait bénéficier d'un investissement de Gazprom de 55 M$ pour l'exploration de son gisement d'El Assel dans le bassin de Berkine.
Les États-Unis, le Canada et le Mexique devraient augmenter leurs achats à Gazprom, qui prévoit d'envoyer des méthaniers sur la côte Atlantique en 2014. En juin, un responsable de haut niveau a indiqué que le groupe russe souhaite fournir, à terme, jusqu'à 10 % des besoins de la région. Une partie de la production de Sakhalin-2 doit arriver par mer à la côte Ouest de l'Amérique du Nord, via un terminal mexicain. En outre, l'Amérique du Nord devrait devenir l'un des principaux débouchés à l'export du gaz du gisement de Shtokman (mer de Barents), qui entrera en exploitation en 2013.
La Bolivie a conclu un accord d'investissements avec Gazprom et Total en septembre 2008. Sa compagnie nationale YPFB souhaite en effet pouvoir produire 26 Mm3 par jour à moyen terme.
Des partenaires français pour Gazprom
EDF et GDF Suez devraient participer aux projets South Stream et Shtokman du groupe gazier russe Gazprom. EDF pourrait prendre une participation de 10 % dans le projet de gazoduc South Stream, qui passera sous la mer Noire. Selon le journal russe Kommersant, un mémorandum d'entente en ce sens devrait être signé à la suite de l'entretien entre le Premier ministre François Fillon et son homologue russe Vladimir Poutine à Moscou, le 14 septembre. Le même jour, Alexandre Medvedev, directeur général adjoint de Gazprom, a déclaré que GDF Suez entrera en septembre octobre dans le projet de gazoduc Nord Stream de 1 198 km reliant la Russie à l'Allemagne sous la Baltique.Le partenariat énergétique entre la France et la Russie a véritablement démarré avec l'autorisation donnée à Total de prendre une participation de 25 % dans le consortium chargé de développer le gisement de gaz Shtokman en mer de Barents. La première phase, qui nécessitera un investissement de 15 Md$, devrait produire 23,7 Mdm3 par an à partir de 2013. Toutefois, elle pourrait être repoussée si la demande européenne n'est pas au rendez-vous, a indiqué Alexandre Medvedev le 11 septembre. Gazprom espère faire passer sa part du marché européen du gaz de 25 % aujourd'hui à 33 % en 2020, a-t-il ajouté