Créé en juillet 1991, Voies Navigables de France démarre un virage dans sa vie d’établissement public. Un projet de rénovation des statuts est dans les tuyaux. Actuellement en cours d’examen auprès du Conseil d’État, ce projet consacre « la plus grande maturité technique de l’établissement », souligne le directeur général Thierry Duclaux. De ce projet se dégage une nouvelle gouvernance de VNF. Elle est marquée par la séparation de l’exécutif et du politique. La présidence du conseil d’administration aura un rôle politique alors que la direction générale sera centrée sur l’exécutif. « Auparavant, les deux fonctions relevaient de la même personne, le président de l’établissement. Désormais, il aura à définir la stratégie, l’opérationnel revenant à la direction générale », continue Thierry Duclaux. Un mode de gestion qui se calque aussi sur la volonté du gouvernement de réformer en profondeur les établissements publics du transport et notamment les ports maritimes. Michel Margnes, actuellement président de l’établissement par intérim devrait être le dernier à présider sous « l’ancien régime » de VNF. Dès la fin du mois de novembre, si les textes instituant le nouveau mode de gouvernance sont adoptés, un nouveau président devrait être nommé. Aucun nom ne circule encore, malgré des rumeurs.
Dans ce contexte de rénovation des institutions, VNF conserve ses missions propres de gestion de réseau et de dynamique du secteur fluvial. « Notre intervention face à la profession se concentre actuellement sur les transporteurs », confie Thierry Duclaux.
Attirer les jeunes dans la profession
La profession batelière est confronté à un départ massif, dans les prochaines années, des bateliers à la retraite. Les estimations portent sur le départ de 50 % du nombre de bateliers dans les cinq ou dix ans. Trouver des jeunes semble une tâche ardue. « Une partie des jeunes qui entrent à l’école sont issus du milieu batelier, mais de plus en plus, nous constatons un attrait de ce métier pour des personnes qui n’ont aucun lien avec le milieu. Un point positif », note Thierry Duclaux qui cite l’exemple d’un libraire reconverti dans la batellerie pour « sortir de ses livres ».
Pour offrir à tous les candidats un cursus adapté, le directeur général de VNF réfléchit d’ailleurs à revoir la formation. « Il faut que nous puissions nous adapter à la demande pour que tous les candidats puissent accéder à la profession en prenant en considération leur antériorité. » Et VNF souhaite rester dans son rôle de facilitateur au travers de l’association Entreprendre pour le fluvial. L’établissement public réfléchit à la création d’un fonds pour offrir une avance remboursable aux jeunes bateliers. « Une façon de leur permettre de disposer d’un fonds de roulement pour démarrer leur exploitation. »
Seine Nord Europe: 4,2 Md€
Ce virage institutionnel pris, VNF est toujours aussi actif sur les infrastructures, et notamment Seine Nord Europe. Après la signature de la Déclaration d’utilité publique fin septembre, les procédures sont en ordre de marche. Le projet avance maintenant en se consacrant aux fouilles archéologiques. Financées par VNF, elles se font superficiellement. « Elles sont importantes puisque cette région du Nord a été une zone de passage. Des découvertes intéressantes peuvent être faites », indique le directeur général tout en croisant les doigts que ces opérations ne retarderont pas les travaux.
Parallèlement à ces procédures administratives, VNF avance aussi sur l’aspect financier du projet. « Nous entrons dans les critères du partenariat public privé édictés par la loi. Des 4,2 Md€ du coût de ce canal, ce PPP couvrira 25 %, 1 Md€. » Le lancement d’appel à candidatures est prévu pour la fin de l’année.
Sans trop dévoiler la teneur de cet appel, Thierry Duclaux prévoit d’inclure dans ce texte la conception de l’ouvrage, sa construction, son entretien et la régénération. Des activités connexes seront également prévues comme la gestion partielle des plates-formes, la vente d’eau et les produits touristiques. Il souhaite confier cette tâche à un consortium d’entreprises à compétence européenne qui comprendra des entreprises spécialisées dans le BTP, dans la logistique, le financement des infrastructures, la gestion de réseau. Ce consortium sera ensuite remboursé par des loyers. Le système de péage applicable sur ce réseau comporte une originalité. « Nous tentons de trouver un système entre les trois partenaires que sont VNF, pour la France et les régions de Flandre et de Wallonie pour la Belgique. » Cela signifie que chaque euro perçu au titre des péages sur toute la section allant de Gand à Compiègne sera affecté au bénéfice de ce réseau Seine Nord Europe, avec une nuance de taille puisqu’il sera prévu une péréquation entre les canaux. Ce système sera chapeauté par une commission sous la forme d’un GEIE comprenant les trois partenaires.
Quant aux plates-formes multimodales, elles seront commercialisées par une structure composée non seulement du consortium mais aussi des collectivités locales. « Sur ce point, nous cherchons une formule originale pour que chacun y trouve son intérêt. »
Port 2000: il faut se rapprocher des navires
Toujours avec sa casquette de gestionnaire d’infrastructures, le directeur général de VNF a lancé des études sur la faisabilité d’une écluse fluviale à Port 2000, au Havre. La première partie de cette étude, d’une durée d’environ six mois, porte sur l’intérêt socio-économique de cette écluse. « À la fin de l’année prochaine, selon les résultats de cette analyse, nous aurons une idée pour conforter ou non la construction de cette infrastructure et avec quelle stratégie. » L’idée de rapprocher au plus près des navires les barges fluviales a trouvé une solution avec les unités fluvio-maritimes et le brouettage par la SETH. « Le trafic fluvial conteneurisé a su prouver sa pertinence dans la vallée de la Seine », indique Thierry Duclaux.
Trafics: en croissance sur les premiers mois de l’année
Le trafic fluvial affiche une hausse à fin juillet. Globalement, ce mode est en vogue dans toute l’Europe et la France n’échappe pas à cette tendance. La croissance en France est faible mais doit être comparée au déclin enregistré dans les autres modes de transport terrestre. Les céréales, les produits énergétiques et les matériaux de construction dopent le fluvial. Des progressions absorbées par une perte sur les conteneurs. Un trafic qui baisse, en raison notamment, des mouvements sociaux dans les ports maritimes. Sur le Rhône, le trafic affiche une baisse de 48 % et elle est de 13 % en Seine. Sur le Rhin, les flux sont constants et dans le nord, ils progressent. « Nous constatons une évaporation des trafics vers les ports étrangers sans emprunter notre mode », constate Thierry Duclaux. Les deux ports reliés au réseau fluvial qui ont subi les mouvements les plus durs demeurent Le Havre et Marseille alors que Dunkerque n’a quasiment pas été touché. Quant au Rhin, débouchant sur les ports du Benelux, il a pu assurer sans encombre ses liaisons avec les ports maritimes. Outre ces baisses du conteneur, le fluvial perd des trafics sur la métallurgie.