Le canal Seine-Nord Europe (SNE) est intégré dans un schéma beaucoup plus vaste, le projet Seine-Escault. Lors de cette rencontre, la très grande majorité des intervenants (voir encadré) ont souligné tout le bien qu’il fallait penser du projet Seine-Escault. Celui-ci vise, vers 2014/2015, à faire circuler des convois de deux barges totalisant 4 400 t entre Le Havre, à une extrémité, et le réseau à grand gabarit belge, néerlandais et allemand, à l’autre en remontant l’Oise au niveau de Conflans-Ste-Honorine.
Outre « quelques travaux » d’approfondissement et de surélévation des ponts en France, (jusqu’à Compiègne, puis à partir du canal Dunkerque-Escault), et en Belgique, il faut construire entre Compiègne et Aubencheul-au-Bas, à l’Ouest de Cambrai, le chaînon manquant. Ce dernier prend la forme d’un canal de 106 km de long, 54 m de large en surface, 4,5 m de profondeur d’eau. Ce qui doit permettre un chenal de navigation utile de 38 m de large pour 4 m de mouillage (tirant d’eau + pied de pilote) avec 7 m de tirant d’air. Sept écluses d’un dénivelé allant de 6,4 m à 30 m; trois ponts-canaux dont un de 1 300 m au-dessus de la Somme, 59 ouvrages de franchissement, quatre plates-formes multimodales, 2 quais industriels et 5 quais céréaliers, deux bassins de rétention d’eau d’une capacité de 14 millions de m3 constituent les principaux équipements du projet. La mise en service du canal SNE est prévue pour 2014-2015.
Le plus gros PPP de France, voire d’Europe
Le devis réalisé par VNF, qui sera le maître d’ouvrage, est de 4 Md€ valeur 2010, année durant laquelle les travaux devraient commencer. L’État devrait en prendre un à sa charge et les quatre régions concernées, un autre. Outre donc la Haute-Normandie, l’Île-de-France, la Picardie et le Nord-Pas-de-Calais, certains départements pourraient être invités à mettre la main à la poche, a expliqué Yves Cousquer, l’un des deux responsables de la mission de financement du canal SNE. Il ne désespère pas non plus d’amener les chargeurs et les transporteurs à participer directement au financier, indépendamment du paiement d’un péage pour utiliser l’infrastructure. D’ici à la fin de l’été, les clefs de répartition des financements publics devraient être arrêtées définitivement.
Reste donc deux autres milliards à trouver. Au nom de la promotion des réseaux transeuropéens de transport et à la demande conjointe formulée par la Belgique et la France, la Commission européenne a accepté de participer au financement du projet Seine-Escaut à hauteur de 420,19 M€ dont 350 millions pour la partie française. Et 333 M€ sont destinés au canal SNE.
Reste donc 1,7 Md€ à trouver, et selon toute vraisemblance, cela sera le fait d’un partenariat public-privé (PPP) dont la définition du périmètre constituera une « vraie difficulté » craignait Yves Cousquer. D’autant qu’il faut inciter à développer le trafic fluvial. Un délicat équilibre sera à rechercher entre les constructeurs du canal et ses exploitants, membres du même groupement candidat au PPP. « Je ne peux pas croire à la rumeur récurrente selon laquelle il n’y aurait que deux candidats potentiels. Cela est insuffisant », a estimé Noël de Saint-Pulgent, président de la Mission d’appui à la réalisation des contrats de partenariats. Il ajoutait que le candidat retenu devrait tout nécessairement être de dimension européenne, à l’image du projet.
Au sein des groupements candidats potentiels au PPM, l’équilibre entre les PME et les grandes entreprises devra être respecté, soulignait Thierry Duclaux, d.g. de VNF. Il comptait beaucoup sur la période de « dialogue compétitif »
Bref, les 18 prochains mois seront chargés avant que ne soit donné le premier coup de pioche.
Le dialogue compétitif est une procédure permettant au pouvoir adjudicateur de conduire un dialogue avec les candidats admis à y participer en vue de définir ou de développer une ou plusieurs solutions de nature à répondre à ses besoins et sur la base de laquelle ou desquelles les participants au dialogue seront invités à remettre une offre.
Le fluvial c’est bien, mais pas nécessairement au fond du jardin
« Le fluvial, c’est beau en général. C’est moins beau dans la commune dans laquelle s’installe un port (de commerce) », a rappelé Mireille Ferri, 8e vice-présidente du conseil régional d’Île-de-France – membre du groupe Les Verts –, chargé de l’aménagement du territoire. « Nous devons déjà faire face à une forte demande de la population pour transformer les ports (marchands) en bases de loisirs », a-t-elle poursuivi. Si la Région Île-de-France soutient le projet Seine-Nord Europe, a rassuré Mireille Ferri, « il faudrait affiner les précisions sur les reports modaux ou les demandes réelles de transport fluvial ». En outre, « les premiers échos du mode de financement, me laissent comprendre qu’il faut déjà prévoir 100 M€ supplémentaires sur les estimations ».
M.N.