L’affrontement tant annoncé et attendu par l’ensemble des professionnels portuaires n’a pas eu lieu, le chef du gouvernement australien refusant de prendre le risque d’une opposition frontale dévastatrice pour son camp à six mois des élections générales d’octobre prochain.
La situation demande pourtant des mesures d’urgence. Depuis quatre ans, l’Australie connaît une explosion du secteur minier, sous l’impulsion de la demande en minerai de fer et en charbon des économies émergentes d’Asie, à commencer par la Chine. Un véritable pactole pour le pays puisque ses compagnies minières ont signé des contrats de fournitures valant plusieurs milliards de dollars. Elles n’ont pourtant jamais été en mesure de les honorer. Pas par manque de minerai, mais bien à cause de la vétusté des principales infrastructures de transports maritimes du pays. En 2005 déjà, le ministre fédéral des Finances, Peter Costello, avait tiré la sonnette d’alarme. "Il est clair que la plupart des ports n’ont pas fait l’objet des investissements nécessaires ces dernières années, pour pouvoir faire face aujourd’hui à leur hausse de trafics", avait-il alors déclaré. Les deux principaux ports industriels du pays, Newcastle (Nouvelles-Galles du Sud) et Dalrymple Bay (Queensland), avaient alors été particulièrement montrés du doigt pour leurs insuffisances, le ministre confirmant même à l’époque le lancement d’une étude fédérale "susceptible de mettre fin au problème d’engorgement constaté sur ces deux ports". Lors de cette annonce, plus de 70 vraquiers attendaient leur chargement. Ils sont plus du double aujourd’hui, représentant un manque à gagner estimé chaque année à plus de 1 Md€ pour le pays. "Les États avaient promis de résoudre le problème, il a empiré", a beau jeu de rappeler aujourd’hui Peter Costello.
ABSENCE D’UNE VISION D’ENSEMBLE
L’enquête annoncée a bien été réalisée et ses conclusions, présentées en 2006, ne sont pas tendres pour les organismes de régulation portuaire mis en place dans chaque état et territoire. Accusés d’omnipotence, ils ont fait l’objet de très sévères critiques, notamment devant leur aptitude à prendre seuls toutes décisions tarifaires ou commerciales, sans prendre l’avis des communautés portuaires et des compagnies maritimes pourtant concernées. Les enquêteurs ont surtout souligné l’absence totale de vision de ces organismes, qui malgré les difficultés constatées, n’ont jamais poussé les ports d’un même état à travailler ensemble, pour rationaliser leurs rares investissements. L’étude se termine en appelant de ses vœux la création d’un "régulateur unique", contrôlé par Canberra. Une musique bien douce aux oreilles de John Howard, qui comptait bien profiter de l’échec aujourd’hui évident de la gestion portuaire des États, pour pousser son avantage.
C’était sans compter avec la levée de boucliers qu’une telle annonce n’a pas manqué de soulever. Pas question pour les États de voir en effet "nationaliser" leurs ports et de tirer une croix sur les importantes rentrées d’argent qu’ils représentent chaque année pour leurs budgets. Le gouvernement fédéral n’a même pas pu s’appuyer sur le secteur privé qui plutôt que de soutenir son projet, en a profité pour demander encore plus d’autonomie, renvoyant États et fédération dos à dos. Pressentant les difficultés à venir, le chef du gouvernement australien a donc préféré ranger son étude pour cette fois.
En attendant, le coup de semonce fédéral semble avoir eu quelques effets. Le gouvernement de Nouvelles-Galles du Sud a en effet annoncé le 16 avril, le déblocage d’une enveloppe de plus de 600 M€ pour la construction d’un nouveau terminal à charbon à Newcastle, d’une capacité de chargement de 30 Mt par an. C’est le plus gros investissement portuaire annoncé par les pouvoirs publics depuis des décennies. Les travaux devraient démarrer à la fin de cette année pour être livrés mi-2009. En attendant, les navires n’ont qu’à rester sagement dans leur file d’attente.