Sans grande surprise, Eudes Riblier, président du directoire de Seafrance, était élu le 3 avril à la présidence d’Armateurs de France, rompant ainsi avec le passé. En effet, c’est la première fois qu’un représentant d’une compagnie de ferries, qui plus est, de capitaux publics accède à la tête du syndicat patronal.
Autre rupture avec un passé plus récent, l’arrivée de la nouvelle déléguée générale, Anne-Sophie Avé, qui comme ses illustres prédécesseurs, vient de la fonction publique.
LE GIE FISCAL: UN "BEAU SUCCES"
Lors de la conférence de presse qui suivit l’élection, Alain Wils, président sortant, fit le bilan de l’année 2006; un bilan "novateur". Après deux ans d’incertitude et un dispositif déclaré finalement non conforme au droit communautaire, le GIE fiscal fut qualifié de "beau succès". Il faut comprendre par là que dans sa sagesse, la Commission n’exigea pas le remboursement des aides fiscales accordées avant l’ouverture de la procédure d’enquête. Là, les armateurs se seraient sentis mal, car les banques "partenaires" avaient pris soin de leur faire signer un document selon lequel en cas de problème, c’est ces derniers qui remboursaient l’aide. Maintenant, on connaît la réelle valeur d’un agrément fiscal pris au plus haut niveau d’une administration.
Le fait que le RIF soit toujours classé par l’ITF comme étant de complaisance agace Alain Wils qui considère que les syndicats français "se tirent une balle dans le pied". "Négocier pour quoi faire?" s’interrogeait-il, contrairement aux engagements pris il y a un an, jour pour jour. "Les conditions sociales du RIF sont bien supérieures aux normes internationales" rappelait Alain Wils. Pour bénéficier de la haute bienveillance de l’ITF, les différents versements aux "bonnes œuvres" syndicales s’apparentent plus à un "racket"qu’à autre chose, poursuivait l’ex-président.
Cela dit, ce registre de haute tenue est toujours non conforme au droit communautaire, confirmaient les présidents. Au toujours discret Conseil supérieur de la marine marchande (CSMM), les armateurs ont demandé que ce registre soit enfin mis dans les clous communautaires: "il n’y a pas eu de protestations des syndicats".
REVOIR LES ACCORDS D’ENTREPRISE
Pour Alain Wils, il est devenu urgent que chaque compagnie ouvre les négociations avec ses navigants, car bon nombre d’accords d’entreprise sont "d’un autre âge": le fait d’avoir 2 à 2,2 navigants par poste de travail pose un problème, tout comme le refus de la plupart des officiers de naviguer hors-ENIM.
Après le rapport Poséidon dont une partie traitait de la formation des officiers et les conclusions des groupes de travail sur le même sujet du CSMM et du cluster maritime, il ne se passe toujours rien concernant les Écoles (nationales) de la Marine marchande. "Il est temps d’avancer" d’autant que CMA CGM comme d’autres manquent de navigants: "les armateurs doivent s’impliquer dans la formation de leurs navigants, en France comme à l’étranger" expliquait Alain Wils. "Comme les compagnies norvégiennes ou japonaises l’ont fait il y a une vingtaine d’années aux Philippines et ailleurs? "Oui" répondait-il.
Mais comment concilier ces apparentes contradictions? Les conditions de travail des navigants français doivent être revues à la baisse; ce qui semble peu favorable au renforcement de l’attractivité de la profession. Mais il faut plus de navigants pour armer les navires CMA CGM ou Bourbon. Solution? Sortir du registre RIF d’autant plus facilement que les nouvelles dispositifs du GIE fiscal n’imposent plus d’être sous pavillon national. Grâce à l’impôt forfaitaire au tonnage, les armements restent en France, mais leurs navires, comme dans le système de tax-lease britannique, sont immatriculés ailleurs.
Il faut savoir distinguer entre le soutien aux compagnies et celui accordé au pavillon.
SANS FERRIES, LE CHAOS
Pour Eudes Riblier, le principal moyen et le plus rapide de rééquilibrer les coûts des marins embarqués sur les ferries "européens" est de passer au salaire net. Faute de quoi, les ferries armés avec des navigants français devraient disparaître plus ou moins rapidement.
Et avec eux, les compétences maritimes présentes à terre et dans l’administration. C.Q.F.D.
Eudes Riblier en bref
Âgé de 55 ans, Eudes Riblier est président du directoire de Seafrance depuis 2000.
Ingénieur civil du génie maritime (ENSTA, 1974), il entre dans la carrière en 1976 en devenant sous-directeur technique responsable de la flotte CGM. Au gré des réorganisations de la compagnie publique, il devient directeur du contrôle de gestion, puis des systèmes d’information avant d’être nommé d.g. adjoint chargé plus particulièrement des opérations, des ressources humaines et des systèmes d’information. En 1998, il rejoint les Ateliers et Chantiers du Havre durant une période délicate. Chevalier de l’Ordre national du Mérite maritime et chevalier de l’Ordre national du Mérite, Eudes Riblier est également passé par le bien nommé Centre de perfectionnement aux affaires, groupe HEC.
Anne-Sophie Avé en quelques mots
Diplômée de Sup de co Toulouse en 1991, Anne-Sophie Avé commence sa vie professionnelle à l’IFPA (formation professionnelle) en tant que consultant formation en gestion des entreprises, management et communication. En 1997 elle rejoint ADDEO multimédia en qualité de “directeur commercial” jusqu’en 2001. De 2003 à 2005, elle passe par l’ENA, promotion Romain Gary avant de rallier la direction des transports maritimes, routiers et fluviaux. Elle était chef de la mission Europe et international.