Une grève générale a paralysé la Guinée pendant 18 jours, du 10 au 27 janvier, et bloqué les exportations de bauxite par mer.
Les violents affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre ont fait plus de 60 morts et 150 blessés dans tout le pays. Un accord a été conclu le 27 janvier entre les syndicats, un représentant du patronat et les présidents de la Cour suprême et de l’Assemblée nationale. Les syndicats voulaient mettre fin à ce qu’ils appellent "le règne de plus en plus erratique" du président de la République Lansana Conté au pouvoir depuis 1984 et atteint de diabète et de leucémie. Finalement, ils ont obtenu la nomination prochaine d’un nouveau Premier ministre consensuel pour diriger le gouvernement. Enfin, ils ont exigé de négocier avec ce dernier la domiciliation obligatoire en Guinée des actifs des des entreprises minières étrangères y travaillant. Toutefois, les syndicats se déclarent prêts à reprendre le mouvement si les engagements ne sont pas tenus.
La grève générale a provoqué une hausse des prix de l’alumine à Londres. La Guinée est en effet le principal exportateur mondial de bauxite et dispose de 30 % des réserves connues. L’Australie en produit plus, mais en traite la plus grande partie chez elle.
La grève a coûté 1 M$ (775 M€) par jour à la Compagnie générale de Guinée (CBG), premier exportateur de bauxite du pays. Entre le 19 et le 27 janvier, celle-ci n’a pu procéder ni à l’extraction, ni au séchage de la bauxite, ni à son acheminement de la mine de Sangaredi au port de Kamsar, au nord-ouest de Conakry. CBG produit 14 Mt de bauxite "humide" par an et exporte 13 Mt de bauxite "sèche". Elle appartient à 49 % à l’État guinéen et à 51 % à Halco, co-entreprise de la société privée guinéenne Dadco et des producteurs d’aluminium américain Alcoa Inc et canadien Alcan.
Dès le 20 janvier, l’unique usine d’alumine du pays située à Fria a été affectée par la grève. Les trains la desservant n’ont pu partir vers le port de Conakry. L’usine produit environ 700 000 t d’alumine par an. Elle est exploitée par la Société des bauxites de Kindia, elle-même gérée par le groupe russe Rusal. Ce dernier a récemment proposé d’investir environ 150 M$ (116,18 M€) pour faire passer sa capacité annuelle à 1,3 Mt.