Premier port à conteneurs de l’Australie, avec près de 40 % des volumes, Melbourne, porte maritime de l’État du Victoria, a traité en août 178 000 EVP; le meilleur résultat mensuel jamais enregistré par un port australien. Fin 2005, la place portuaire a connu sa 14e année consécutive de hausse sur ce trafic et 2006 promet déjà d’être un nouveau record, puisque qu’avec 1,95 million d’EVP (MEVP) manutentionnés en neuf mois, les terminaux ont déjà fait mieux que l’an passé.
Pourtant, faute d’un tirant d’eau dans le chenal d’accès qui traverse la baie de Port Philipp, un quart des porte-conteneurs en escale à Melbourne ne peut accoster à pleine charge. Un manque à gagner chiffré "à plus de 200 000 € par navire" selon l’Association maritime d’Australie. Et une réelle menace sur l’avenir du port, car la taille des porte-conteneurs ne cesse d’augmenter. "Si nous ne faisons rien, nous prenons le risque de voir les compagnies éviter Melbourne pour utiliser les ports en eau profonde que sont Sydney, Brisbane ou Adélaïde", prévient le directeur du port, Stephen Bradford. Il n’a qu’une crainte: celle de voir Melbourne "devenir un simple port à feeders", avec les conséquences en matière de coût d’acheminement que cela représenterait pour les chargeurs ou les réceptionnaires.
L’enjeu est de taille pour le gouvernement du Victoria, car l’outil portuaire contribue chaque année pour près de 50 Md€ à l’économie de l’État, tout en fournissant plus de 100 000 emplois directs ou indirects.
D’ÉTUDE EN ÉTUDE, LE DEVIS AUGMENTE DE 50 %
Le projet d’approfondissement du chenal à 14 m minimum existe pourtant, mais la décision finale a sans cesse été reportée compte tenu des critiques des associations environnementalistes.
En juillet 2004, la communauté portuaire pensait bien assister à la fin du feuilleton après qu’une nouvelle étude, la 15e, ait estimé l’opération de dragage "sans impact irréversible pour l’équilibre écologique de la baie". Insuffisant aux yeux des lobbies écologistes qui ont forcé le gouvernement à revoir, une nouvelle fois, sa copie. Une nouvelle étude complémentaire a donc été lancée par le ministère du Plan, qui doit rendre ses conclusions avant la fin 2006. Les travaux d’approfondissement qui auraient dû démarrer en 2005, devraient maintenant commencer, au mieux, "début 2008" estime un proche du dossier, pour une livraison du chantier attendue courant 2010. Le calendrier n’est pas le seul à avoir connu des dérapages. Le devis initial était de 235 M€. Il est maintenant de près de 350 M€. Lassée d’attendre, la communauté portuaire qui rechignait jusqu’alors à assumer un tel montant, s’est déjà dite prête à endosser la majeure partie du financement. Le port et ses utilisateurs ne veulent plus perdre de temps. Dans le schéma de développement du port, publié en août dernier, la direction portuaire table sur 4 MEVP traités en 2020 et près de 8 MEVP en 2035. Des chiffres qui ne seront possibles que si le dragage tant attendu peut enfin commencer dans les plus brefs délais.