C’est loin d’être la première étude sur la relance des bassins Est. Et certainement, pas la dernière. Pourtant, le rapport effectué par une commission de travail du conseil d’administration du PAM possède l’authenticité du langage des acteurs de terrain. Il pointe, sans concession, les dysfonctionnements qui affectent l’activité des marchandises diverses de cette partie du port de Marseille. "Ces obstacles participent plus à la baisse des trafics que les évolutions mondiales des échanges maritimes", assure Hervé Balladur qui l’a conduit.
De quoi s’agit-il? Avec le nouveau millénaire et après les résultats exceptionnels de la fin des années quatre-vingt-dix, les bassins Est perdent de leur substance en "diverses". Au regard des chiffres absolus, on devrait plutôt parler d’effritement (− 4 % en tonnage entre 2004 et 2005), mais rapportée aux progressions à deux chiffres enregistrées par la plupart des ports mondiaux, la tendance prend des allures de pente fatale. En fait, la balise d’alarme a été déclenchée par les manutentionnaires. D’une année sur l’autre, les bassins Est ont perdu 13 000 journées de travail dockers sur un total de 109 000; un chiffre à rapprocher des 298 000 journées comptabilisées il y a 20 ans. Le choc est donc rude. À l’analyse, l’onde provient du Maghreb. Normal, à lui seul, il représente 70 % de l’activité "diverses" (hors Corse) de ces bassins.
Pour les conteneurs, la concurrence de la Chine sur cette zone joue incontestablement, reconnaît en passant l’administrateur du PAM, par ailleurs p.-d.g. de l’entreprise commissionnaire de transports HBI. Le rapport préfère se concentrer sur les infirmités internes, celles que l’on peut réduire. Le diagnostic issu des entrevues avec les principaux acteurs des bassins Est (y compris ceux qui ont abandonné Marseille) et d’une mission d’étude sur le port de Gênes peut apparaître sévère: organisation du travail et tarification inadaptées, services et fiabilité limités, rigidités administratives, chantiers éparpillés, manque de sens commercial… Mais la thérapie prescrite relève encore de la médecine douce ou plus simplement, du bon sens.
De l’importance du client
Les auteurs du rapport préconisent de "remettre le client au centre des préoccupations de chaque intervenan". Cela passe par une série de mesures pour une réduction globale du coût de passage et la mise en place de procédures commerciales visant à accroître la compétitivité, la fiabilité et la qualité des prestations. Ils proposent par exemple de substituer à la règle du shift (6 h 30 sur les bassins Est), celle d’une tarification à la boîte calquée sur le modèle génois. Le traitement d’un navire sur le terminal de Mourepiane dépasse, en effet, rarement 100 mouvements. Sur le principe, les manutentionnaires se sont déjà prononcés favorablement et devraient prochainement passer à l’essai.
L’établissement d’un véritable "service sur mesure" à la trentaine d’armements, souvent de petite taille, qui desservent régulièrement les bassins Est, est posé comme une urgence. Tout comme l’ouverture du port 24 heures sur 24 et non 18 heures dans la pratique, l’amélioration de la chaîne du traitement qui va du pilotage à l’harmonisation du travail des équipes dockers et grutiers. On retiendra dans la série des préconisations la création d’un terminal multipurpose spécifique à l’Algérie, pays qui offre le plus important potentiel de parts de marché.
Le rapport a été favorablement reçu par le conseil d’administration du PAM, représentants du personnel et dockers compris. Le propos a pu déranger certains plus habitués à l’autocomplaisance qu’à l’autocritique constructive.
Il contraint les professionnels à retrousser les manches. Des groupes de travail sont d’ailleurs en train de se mettre en place. "On perd trop souvent le sens du commerce, du client à Marseille, regrette Hervé Balladur. Il est urgent d’inverser la tendance. Il y a de sérieux atouts et un réel avenir pour les bassins Est. Cela passe par une prise de conscience claire des enjeux."
Les bassins Est en chiffres
– 6,8 Mt de diverses, plus de 300 000 EVP, de 60 000 remorques, 250 Kt de fruits et primeurs, 50 Kt de conventionnel, près de 2 millions de passagers
– 5e port français en volume
– 16 000 emplois
– 4 000 escales (46 % de Marseille-Fos et 44 % des “diverses”)