Retour d’expérience de Pollux 2006: vers une lente amélioration

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Conformément à l’engagement public pris en mai dernier par le préfet maritime de Méditerranée, la préfecture maritime a diffusé le 20 septembre le compte rendu de l’exercice antipollution mené au large de Marseille, le 16 et 17 mai dernier (JMM du 26-5-2006, p. 8 et 9).

"Malgré un certain nombre de dysfonctionnements constatés, l’exercice Pollux 2006 a été un succès aussi bien par la motivation des acteurs et leur réactivité, que par l’ampleur des moyens mis en œuvre. En particulier le niveau de participation de nos partenaires étrangers a été très important. La rédaction future du plan « ORSEC maritime » sera l’occasion d’une réévaluation de l’organisation et des procédures. Elle est la priorité de la préfecture maritime pour l’année qui vient. Des exercices organisés selon le même principe, plus fréquents, mais l’ampleur plus limitée, et à vocation plus thématique, devraient non seulement permettre de corriger les défauts relevés, mais surtout d’entretenir la connaissance mutuelle des acteurs, gage essentiel de réussite", conclut le compte rendu

Ce problème, comme d’autres, avait cependant été déjà identifié lors de l’exercice Antipol Med 2003, à en croire le retour d’expérience de la préfecture maritime (JMM du 9-7-2004, p. 9).

LES RATÉS INTERNES

Dans le détail, il fut noté que "la gestion de la crise a montré que la connaissance du cadre de l’action des partenaires de la préfecture maritime était perfectible".

Ainsi, lorsque le PC crise de la prémar décide d’inclure un médecin et un infirmier dans l’équipe d’évaluation et d’intervention (EEI) devant être héliportée sur le navire abordé, il oublie d’en informer le CROSS. Or ce dernier est responsable du sauvetage des blessés et de l’évaluation de la pollution.

Dans un autre ordre d’idées, dans la réalité, il serait judicieux de hiérarchiser clairement les priorités données aux hélicoptères chargés de l’évacuation des blessés.

Aucun des centres opérationnels étrangers (Espagne, Italie, Monaco) qui participaient, une nouvelle fois, à l’exercice antipollution ne fut informé du déclenchement formel des plans. Cela explique qu’ils aient pu "ressentir un certain déficit d’information préalablement au déclenchement des plans. En cas d’accident réel, un contact rapide à haut niveau restera indispensable".

Toujours à la prémar, "malgré une excellente réactivité de la cellule de crise, la constitution et le fonctionnement du PC Polmar de la préfecture maritime ont montré des voies d’amélioration". Ainsi, l’importance de la main courante (qui enregistre la chronologie des faits et des décisions) dans le déroulement de l’exercice "n’a pas été appréciée à sa juste valeur". L’utilisation de l’outil doit être maîtrisée et les rédacteurs désignés ès fonction. Cela peut être très utile en cas d’instruction judiciaire.

"Très vite, le PC crise s’est retrouvé en saturation de communication": fax, téléphone, internet. Outre les besoins de chaque cellule de crise, il faut également prévoir ceux des experts et des officiers de liaison.

"[…] Le PC Polmar est apparu exigu et insuffisamment ventilé. Une salle suffisamment vaste, bien éclairée et ventilée est indispensable". Il est nécessaire de prévoir les hébergements et l’alimentation des experts et des officiers de liaison.

MIEUX PRENDRE EN COMPTE LES ACTIONS DE L’ARMATEUR

"Les actions de l’armateur (Fouquet Sacop, basé à 60 km de la préfecture maritime, NDLR) et de l’affréteur (Total), conformes à leurs responsabilités, n’ont pas été suffisamment prises en compte par le PC crise de la prémar". Ainsi les calculs de résistance de la coque effectués par la société de classification du navire n’ont-ils jamais été exploités, même après l’effondrement de deux cloisons et avant l’accord du PAM (Port autonome de Marseille) pour recevoir le pétrolier.

La mise en demeure de faire cesser le danger, avec effet immédiat, s’est faite sans contact préalable avec l’armateur et donc sans délai alors que la situation permettait une certaine souplesse et ce d’autant que Fouquet Sacop avait manifesté l’intention de signer un contrat d’assistance.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, "ni le capitaine du navire, ni l’armateur n’ont été informés préalablement de l’envoi à bord de l’EEI". C’est au dernier moment, lorsque le pilote de l’hélicoptère a informé le bord de son intention d’hélitreuiller hommes et matériel, que le commandant a ainsi reçu l’information, explique un témoin direct.

"Les conseils et avis du commandant du FS-Diane, des marins pompiers et ceux du PAM, lors de la phase d’accueil des navires en difficultés, n’ont pas été suffisamment pris en compte. L’insuffisance des relations entre la prémar, le PAM et l’armateur n’a pas permis de jouer pleinement cette phase. […]

Par ailleurs, ni le centre de sécurité des navires de Marseille, ni le Port autonome n’ont été sollicités pour participer à la composition de l’équipe d’évaluation-intervention alors que leur présence aurait sans doute été très utile pour évaluer l’état du navire. La composition de l’EEI, y compris avec les experts extérieurs, doit être adaptée à chaque cas." Sans oublier l’entraînement de chacun à l’hélitreuillage, ainsi que souligna il y a un an, la prémar d’Atlantique, ni d’emporter un téléphone portable Inmarsat antidéflagrant.

Pour terminer sur une note positive, le défaut de guidage sur zone constaté en 2003 de l’avion C-130, chargé de l’épandage de dispersants, a été corrigé.

Compte tenu de la démarche de transparence de la prémar de Méditerranée, il serait mal venu de "tirer sur l’ambulance" d’autant que cette démarche n’est pas généralisée, notamment du côté de la Manche mer du Nord. Mais, une nouvelle fois, il est difficile de s’en remettre totalement à la constatation exprimée lors de l’exercice par un officier supérieur, selon laquelle dans la "vraie vie", "ça décoince" beaucoup plus vite. Sans doute, sauf que même dans la vraie vie, les problèmes de transmission entre préfecture départementale et prémar, déjà signalés lors de l’exercice Totem de septembre 1997, ne disparaîtraient pas. Ces dysfonctionnements, comme d’autres, perdurent de façon préoccupante, sans que l’on perçoive une perspective de solution, par nature, interministérielle. Cela devrait finir par émouvoir au plus haut niveau et, de préférence, avant que le Parlement se sente obligé de mener une nouvelle commission d’enquête (1).

1) "III. Les plans polmar-terre: impréparation et improvisation […] Mise en œuvre très imparfaite des plans Polmar-Terre; trop faible coordination entre plan Polmar-Terre et plan Polmar-mer" lisait-on dans le sommaire du rapport sénatorial intitulé "Erika: indemniser et prévenir" dont le rapporteur était Henri de Richemont (ref.441; 1999-2000)

Toujours des problèmes de communication entre la terre et la mer

Il se confirme que la gestion de l’interface entre les autorités maritimes et les autorités terrestres est fondamentale pour optimiser le processus décisionnel”, souligne le compte rendu. “Ainsi, des difficultés de communication sont apparues entre la zone de défense et la préfecture maritime, notamment le premier jour, au début de l’exercice. En particulier, l’information relative au déclenchement du plan Polmar Mer a été transmise trop tardivement et le PC de zone n’a pu être constitué qu’en début d’après-midi.” Ce déficit doit être relativisé, car un officier de liaison a finalement été envoyé dans les bureaux de la zone de défense avec “cependant quelques difficultés logistiques qu’il conviendra de résoudre dans la révision de nos plans d’intervention (liste d’officiers disponibles, disponibilité des véhicules, etc.)”, écrit la préfecture maritime.

Point positif, elle note que “l’action et les conseils des directions départementales des Affaires maritimes ont été déterminants pour assurer le lien entre la lutte en mer et la lutte à terre (lieu de refuge, recueils des polluants, continuité de la lutte).

Dans la “vraie vie”, “ça décoince” beaucoup plus vite.

Un officier

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