Au Havre, devant le ministre des Transports et de la Mer, Dominique Perben, le président de l’Upaccim (Union des ports autonomes et des chambres de commerce et d’industrie maritimes), Michel Quimbert, a plaidé pour que les conclusions du rapport de la Cour des comptes sur la politique portuaire soient suivies d’effets. Notamment en matière de manutention. "La même autorité pour les dockers et les grutiers est indispensable pour les grands ports, souligne Michel Quimbert. C’est la seule organisation pour atteindre des standards de qualité et de productivité. Il y a une volonté de progresser dans ce sens-là avec l’Unim. Ces questions sont certes complexes, ajoute le président de l’Upaccim, mais j’ai la conviction qu’elles ne sont pas insurmontables et qu’elles pourront être appréhendées par tous."
Pour Dominique Perben, la manutention est "effectivement un sujet essentiel". Selon lui, l’accord intervenu pour l’exploitation de Port 2000 est la preuve que "les évolutions sont possibles. C’est un enjeu majeur. La concertation et la volonté partagée de réussir la bataille de l’emploi et d’assurer la performance des services rendus doivent nous guider au quotidien".
La manutention n’est pas le seul point à avoir été abordée au Havre par le ministre. Il a plaidé pour un développement fort du trafic de conteneurs. Dominique Perben a souligné que les investissements doivent permettre de passer de "3,5 à 10 millions de conteneurs par an d’ici dix ans". Pour atteindre cet objectif, "il faut rattraper le temps perdu", souligne le ministre des Transports. En 2006, l’État aura engagé 60 M€ dans les ports français par les contrats de plan signés avec les régions. Selon les estimations de Michel Quimbert, "les besoins en infrastructures seront de 300 M€ par an entre 2007 et 2013".
Point de développement à long terme sans la "multimodalité. Les dessertes fluviales, ferroviaires et routières sont un point essentiel", souligne Dominique Perben. Dans le domaine fluvial, le ministre a indiqué que le projet Seine-Nord entrera en phase d’enquête publique "dans les prochaines semaines. Et je souhaite que nous entrions maintenant dans une phase active des discussions des financements". Pour le fer, Dominique Perben souhaite achever "rapidement" la réforme du statut des voies ferrées portuaires. Dominique Perben a par ailleurs annoncé qu’avant fin 2006, les bateaux fluvio-côtiers pourront accéder à Port 2000. "C’est un sujet novateur", estime le ministre. Jusqu’à présent, sauf dérogation exceptionnelle comme courant septembre lors de la panne de l’écluse de Tancarville, cette manœuvre était fermement interdite.
À Rouen, la réunion délocalisée de l’Upaccim/ADPF (Association de développement des ports français) a permis d’aborder les questions portuaires sous leur angle européen. Jacques barrot, vice-président de la Commission et commissaire européen aux Transports a donné les grandes lignes de sa politique après avoir écouté les milieux portuaires français. Michel Quimbert, a demandé au commissaire européen de leur "laisser du temps pour s’approprier les règles de droit. L’absence de stabilité du droit est un facteur d’insécurité". Il a aussi plaidé pour une politique qui clarifiera les modalités d’application des législations sur l’environnement, les modalités des services d’intérêt général et le financement des ports. Un point de vue partagé par le délégué général de l’Unim, Xavier Galbrun qui a rappelé que les aides publiques et le financement des ports sont des points fondamentaux de cette future politique."Il faut que cette politique laisse une place à la subsidiarité nationale", a continué le délégué général de l’Unim.
Des revendications que le commissaire européen a su entendre. Il a d’abord rappelé que de l’échec des deux précédents textes pour une politique portuaire, doit sortir une nouvelle approche. Sur la méthode de cette future politique, Jacques Barrot a indiqué qu’il a lancé en juin, une consultation européenne sur le sujet, lors de l’assemblée générale annuelle de l’Espo (organisation européenne regroupant les autorités portuaires). "Nous allons procéder à une radiographie des ports pour y apporter des remèdes." Sur le fond, le commissaire a rappelé ses "grandes convictions." Elle doit aider les ports à investir dans un environnement juridique stable, reprenant en cela les demandes des portuaires français. S’agissant des investissements, Jacques Barrot a souligné que l’Europe avait été présente dans le financement de Port 2000 au Havre,"et nous continuerons", a-t-il assuré. Seconde conviction du commissaire européen, créer un système portuaire européen dans un cadre concurrentiel équitable. Enfin, le commissaire souhaite donner aux ports de "l’efficacité sans tomber dans le travers du monopole."
Le calendrier de cette réflexion d’une politique portuaire européenne prévoit, dans les prochaines semaines des séminaires dans les ports européens (Anvers, Hambourg, Lisbonne, Valence, Naples et Tallin. L’absence de réunions sur le territoire français n’a pas semblé heurter les milieux portuaires français). Après ces réunions, le commissaire donnera ses conclusions préliminaires lors de la prochaine assemblée générale de l’Espo, en juin 2007. Les conclusions définitives feront partie d’une communication de la Commission à l’automne. Jacques Barrot a exclu l’idée d’un nouveau texte fourre-tout regroupant les points abordés. "La politique portuaire ne se joue pas uniquement sur le plan juridique, mais aussi humain", a rappelé le commissaire qui a émis l’idée de lignes directrices (guidelines) sur la concurrence ou la transparence. De plus, le commissaire prévoit de clarifier certains textes. Enfin, "la réalité portuaire est complexe, nous aurons peut être besoin d’un règlement ou d’une directive, mais sur un point précis comme la professionnalisation par exemple. En tout état de cause, nous n’aurons pas un grand texte sur ce sujet", a rassuré le commissaire.