Le 1 décembre 2021 dans la péniche La Bougeotte, bassin de la Villette, à Paris, une dizaine de membres de la fédération Agir pour le fluvial (APLF) se sont mobilisés autour du président Jean-Marc Samuel, de la secrétaire Anne Bertrand-Estingoy et du trésorier, Jean-Michel Zorn.
La fédération APLF se définit comme « une émanation du terrain » créée lors de la dissolution de la Chambre nationale de la batellerie artisanale (CNBA). Elle s’est donnée comme objectifs de « créer du lien entre usagers et acteurs du fluvial et agir sur les décisions dans un objectif de développement du fluvial ». Ses 23 membres sont issus du transport, de la plaisance, de l’expertise fluviale, du secteur économique et associatif. Une diversité d’acteurs engagés pour la régénération du réseau et le maintien d’un service de qualité.
Au fil de ses actions, l’association évalue les besoins et les opportunités du transport fluvial en France. En 2019, APLF avait souhaité porter haut la parole de la fédération auprès du cabinet de Jean-Baptiste Djebarri, ministre chargé des transports, afin d’attirer l’attention sur « l’insuffisance des budgets alloués à l’infrastructure fluviale ».
Sur ce sujet, Anne Bertrand-Estingoy (ex-VNF) expose son analyse : « Le plan de relance a permis une amélioration des budgets d’investissement de 2021, 2022 et 2023, mais l’apport est limité : 175 millions d’euros répartis sur trois exercices. Le contrat d’objectifs et de performance est déjà une avancée mais c’est loin d’être suffisant. Il manque, a minima, 100 millions d’euros par an sur les 245 millions d’euros nécessaires pour régénérer le réseau dans son périmètre actuel, de l’ordre de 170 millions d’euros dans le scénario le plus ambitieux de 310 millions défini par le Conseil d’orientation des infrastructures ».
Des constats récurrents
L’assemblée dresse le constat récurrent d’un manque de visibilité du fluvial et d’une déficience de communication malgré quelques parutions dans la presse généraliste cette année. Le manque d’intérêt pour la voie d’eau du secteur économique et des gouvernants relève d’un problème structurel en France.
« Un manque de connaissance et de culture du fluvial au plus haut niveau » est pointé et « un plan Marshall » est évoqué pour rééquilibrer la situation de l’infrastructure fluviale par rapport aux autres modes de transport et rattraper « le manque d’investissement des dernières décennies ».
Les membres rappellent un manque d’entretien des voies navigables depuis 30 ou 40 ans, « (lesquelles) ont atteint aujourd’hui un niveau de dégradation élevé ». L’envasement des canaux pose notamment un problème majeur. Les règles juridiques, qui s’imposent actuellement aux opérations de dragage, rendent leur coût exhorbitant. Il est souhaité que l’Etat français s’aligne juridiquement sur les pays européens pour modifier ces règles. L’assemblée estime que « les trafics baissent par manque de compétitivité dû à un manque d’emport qui résulte d’un manque d’enfoncement sur les canaux par manque de dragage ».
« Pourquoi pas une personnalité pour porter la voix du fluvial ? »
En 2021, APLF a réalisé un mémo (présenté à VNF) sur la perte de la compétitivité du transport fluvial lié à l’état de l’infrastructure. La fédération a rédigé une contribution dans le cadre de la concertation sur l'avenir du canal du Rhône à Sète. De nombreuses rencontres ont été organisées, notamment dans les métropoles de Lyon et Bordeaux. APLF siège également dans les différentes commissions des usagers de VNF, au niveau national et local, instances au sein desquelles elle fait remonter les préoccupations des acteurs du fluvial.
En 2021, conjointement avec E2F (Entreprises fluviales de France), APLF a lancé une étude pour identifier les flux potentiels sur les liaisons interbassins. Les deux structures, bien qu’ayant des vocations différentes, se sont rapprochées car elles portent des objectifs communs.
Les membres soulignent comment la pandémie a démontré les capacités d’adaptabilité et de mobilisation du transport fluvial. APLF souhaite mieux communiquer sur ces atouts du secteur fluvial. En perspective, des actions de communications seront menées auprès des collectivités, communes et régions.
Parmi les autres idées lancées : « Et pourquoi pas rechercher une personnalité pour porter la voix du fluvial ? », notamment auprès des citoyens. Une stratégie de communication est engagée pour 2022.