Fin de la campagne d’ETF pour des transports équitables en Europe… prélude à d’autres mobilisations

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Une manifestation a marqué la fin de la campagne d’ETF pour des transports équitables en Europe à Bruxelles le 27 mars 2019. Retour sur cette journée marquée par des prises de paroles de différents responsables syndicaux affiliés à l’ETF et par des actions pour dénoncer notamment la violence faite aux femmes sur les lieux de travail. L’ETF a aussi préparé l’avenir lors d’une conférence spéciale au cours de laquelle le départ du secrétaire général a été annoncé.

La semaine d’action de la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) « pour des transports équitables en Europe » et contre le dumping social a trouvé son épilogue à Bruxelles le 27 mars 2019 par une manifestation qui a réuni plusieurs milliers de militants. Ces derniers sont des adhérents des plus de 200 organisations syndicales basées dans 41 pays en Europe au sens large, c’est-à-dire pas seulement l’Union européenne mais aussi l’Espace économique européen et des pays d’Europe centrale et de l’Est, et affiliés à l’ETF, organisation syndicale paneuropéenne.

Frank Moreels, président d’ETF, a expliqué à NPI avant le début de la manifestation : « Ce que nous faisons ce 27 mars 2019 à Bruxelles, après Strasbourg hier, c’est la fin d’une campagne que nous menons depuis un an dans différents pays européens avec tous les syndicats affiliés. Nous avons discuté partout avec les militants, les politiques, les citoyens pour échanger sur le dumping social qui concerne de nombreux travailleurs dans tous les secteurs du transport. Il y a du dumping social dans le secteur routier avec des chauffeurs qui travaillent à l’Ouest de l’Europe et qui sont rémunérés aux conditions des pays de l’Est. Il y a du dumping social dans l’aérien avec les compagnies low-cost comme Ryan Air. Il y a du dumping social dans le secteur de la croisière fluviale pour le personnel hôtelier employé à bord. Le dumping social, c’est l’exploitation des travailleurs, un esclavage moderne, une concurrence déloyale entre les entreprises qui respectent les règles du droit du travail et celles qui ne les respectent pas ».

Le choix de Bruxelles pour une manifestation le 27 mars 2019 constitue une volonté d’ETF de faire monter la pression dans le contexte des élections prochaines des députés européens pour alerter sur les conditions de travail dégradées des travailleurs des transports et la nécessité d’aller, enfin, vers une Europe sociale. Frank Moreels, président d’ETF, a précisé : « Il s’agit de faire monter la pression sur les prochains députés au Parlement européen, sur les prochains membres de la Commission européenne. De faire connaître les problématiques autour du dumping social et les solutions que nous proposons pour y remédier. Nous voulons que les politiques s’engagent avant les élections à lutter contre le dumping social. Nous avons des eurodéputés qui nous soutiennent, d’autres non. Nous voulons que les travailleurs dans les transports sachent qu’ils votent pour un candidat engagé à leurs côtés contre le dumping social. Nous appelons nos affiliés à être vigilant lors des élections européennes à venir ».

Lutter contre la violence faite aux femmes

La campagne « pour des transports équitables en Europe » a accordé une large place à la violence contre les femmes qui travaillent dans les transports. Seulement 20,5 % de femmes sont employées dans ce secteur dans les Etats membres de l’Union européenne alors que l’emploi des femmes représente globalement 43,5 % dans ces mêmes Etats membres. Depuis mai 2001, l’ETF compte un comité des femmes qui est l’instance politique de la fédération pour traiter les défis de la féminisation du travail et de l’égalité entre les hommes et les femmes dans le secteur des transports.

L’action du comité des femmes est transversale à toutes les sections et à tous les sujets.

Récemment, une étude a été réalisée sur la violence contre les femmes dans les transports. Les femmes y admettent elles-mêmes que cela fait partie du travail. Elles vivent la violence au quotidien sur le lieu de travail. Plus de 70 % ont subi la violence au cours des derniers mois précédents l’étude qui a obtenu plus de 1 000 réponses.

Frank Moreels, président d’ETF, a indiqué : « L’enquête a montré qu’il existe un grave problème de violence dans le secteur des transports, et bien trop souvent à l’égard des femmes. Il faut trouver des solutions, sinon nos métiers, notre secteur vont rester fermer aux femmes. Les femmes doivent se sentir respectées. Ici, les entreprises et le monde politique doivent eux-aussi agir, favoriser la prévention de la violence, instaurer des solutions pour réagir en cas de violence ».

La commissaire aux Transports a reconnu l’importance de cette étude d’ETF et de ses résultats et lancé une plate-forme en vue d’améliorer la situation. Le progrès passe aussi par une représentation équilibrée entre les hommes et les femmes dans les structures syndicales et les instances de négociation. Il faut intégrer la dimension d’égalité dans toutes les politiques syndicales, les conventions collectives, les conditions de travail, les acquis sociaux.

Discours, banderoles, marche dans Bruxelles

La manifestation le 27 mars 2019 à Bruxelles a conduit les milliers de participants des places Rogier à Robert Schumann jusque sous les fenêtres de l’immeuble de la Commission européenne. Avant le départ de la manifestation, les participants rassemblés place Rogier ont largement applaudi les discours d'un large éventail de responsables de syndicats affiliés à ETF.

Voici des extraits de ces prises de paroles. Il a été mis en avant « l’importance d’être rassemblés à Bruxelles », « debout », de « parler d’une seule voix pour un travail digne, un salaire décent, de meilleures conditions de travail, dire stop à l’exploitation et à la concurrence déloyale ». Il faut « se battre ensemble, être solidaire, ne pas se laisser abattre, ne pas se laisser diviser par les attaques ». Il est possible « de faire bouger l’Union européenne, en étant mobilisé tous ensemble ». « Nous nous battons pour améliorer les conditions de travail et de vie de tous et toutes. Nous demandons l’égalité pour les femmes dont les conditions de travail sont particulièrement difficiles, dures. La violence vis à vis des femmes ne doit pas faire partie du monde du travail ». « Les politiques parlent d’Europe sociale, nous ne la voyons pas. C’est le rôle de l’Europe de garantir des conditions de travail équitables, sûres, égales pour tous et toutes ». « Il faut changer la politique en Europe, qui n’est pas sociale, pour tous les citoyens de ce continent ». « Nous les jeunes, nous sommes conscients de nos droits, nous allons continuer à nous battre pour la liberté, la démocratie, l’égalité ». « Il est temps de stopper le dumping social en Europe ».

Pour une convergence des règles sociales en Europe

Au nom de la FGTE-CFDT et d’Edgar Stemer, secrétaire général, Valérie Latron, responsable internationale mixité et navigation intérieure, a pris la parole : « Au nom de cette liberté des biens et des personnes que nous revendiquons tous, l’Europe a érigé la libéralisation des secteurs comme un dogme intangible en créant un dumping social inégalé à ce jour. La fédération des transports-CFDT et tout le mouvement syndical doivent lutter contre cette régression sociale. Face aux dérégulations constantes dans les secteurs des transports, la FGTE-CFDT oppose une logique de régulation et revendique un droit social européen.

Nous, aux côtés d’ETF, revendiquons une convergence des règles sociales en Europe intégrant droits fondamentaux, clauses sociales, sociétales et environnementales. La FGTE-CFDT demande aussi que les services sous-traités soient déclarés à priori. Comme pour le règlement sur l’organisation des services publics de transport, la FGTE-CFDT revendique des règles plus contraignantes en matière de :

- transfert d’activité, par l’obligation de reprise des personnels,

- des contrôles plus stricts et plus fréquents,

Les transports, de par leur internationalisation, sont soumis à de nombreuses réglementations. L’Europe produit aujourd’hui 80 % de notre cadre réglementaire. La FGTE-CFDT demande la mise en place d’un corps de contrôle européen pour faire respecter ces règlementations. Nous revendiquons aussi un corps d’inspecteurs pour la navigation intérieure à l’identique de nos contrôleurs ITF.

Depuis de nombreuses années nous avons à faire face, en Europe, à des directives et des règlements d’inspiration libérale tendant à dérèglementer les secteurs du transport sans jamais introduire des dispositions sociales qui contrecarrent le dumping social. Le mouvement syndical doit s’organiser pour exercer une veille plus attentive des textes en préparation et combattre le moment venu toutes les régressions sociales ! Solidarité ! ».

Après les discours, les manifestants ont entamé leur marche dans les rues de Bruxelles et sont arrivés place Robert Schumann pour faire entendre leurs voix et leurs revendications sous les fenêtres de l’immeuble de la Commission européenne. Tour à tour, le président d’ETF, Frank Moreels, le secrétaire général d’ETF, Eduardo Chagas, et Steve Cotton, le secrétaire général de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), ont pris la parole pour conclure la journée.

Puis, un groupe de jeunes travailleurs sont montés à la tribune avec des boîtes contenant cartes postales signées pour une action contre des « entreprises-boîtes aux lettres ».

Enfin, le comité des femmes de l’ETF a brandi une grande banderole d'empreintes de mains afin de soutenir la campagne « Stronger Together » contre la violence sexiste au travail.

Un secrétaire général qui part et un nouveau plan de travail pour l’avenir

La fin de la campagne d’ETF pour des transports équitables en Europe ne constitue qu’un prélude à d’autres mobilisations. En effet, les représentants d’ETF et des syndicats affiliés se sont réunis en conférence spéciale pendant deux jours à Bruxelles après la manifestation pour planifier les priorités pour l’avenir. ETF a expliqué : « Une idée a été largement partagée : un monde en mutation a besoin d’un ETF en mutation. Les travailleurs des transports en Europe méritent ce qu’une fédération comme ETF peut faire de mieux. Les séances ont été consacrées à la création d'un pouvoir syndical, à la définition d'un agenda politique européen et à la mise en place de campagnes dynamiques supplémentaires. Les conclusions des discussions seront transformées en un plan de travail pour la période allant jusqu'au prochain congrès d’ETF ».

Lors de la conférence, il a été annoncé que le secrétaire général, Eduardo Chagas, quittait ses fonctions. Eduardo Chagas dirigeait l'organisation depuis 2005. « Au sommet de notre campagne pour des transports équitables, il a été convenu qu'il était temps de laisser quelqu'un d'autre prendre les rênes », a précisé ETF.

A l’occasion de son départ, Eduardo Chagas a déclaré : « Notre campagne pour des transports équitables a montré que les syndicats des transports de l'Europe avaient une vision commune du travail décent et que nous pouvions nous unir pour le défendre. Aujourd'hui, lors de la conférence spéciale, je constate un regain d'enthousiasme et de nouvelles idées pour un ETF capable d'affronter l'avenir avec confiance ». Un secrétaire général par intérim va être désigné jusqu’au prochain congrès d’ETF en 2021.

Le président de l'ETF, Frank Moreels, est optimiste quant à l'avenir du mouvement : « ETF a porté un coup décisif au dumping social avec notre campagne pour des transports équitables. Nous envisageons maintenant de devenir une force encore plus grande pour les travailleurs en Europe. Les discussions d’aujourd’hui ont montré que nos affiliés sont prêts à affronter l’avenir et à gagner ! Les travailleurs des transports maintiennent l'Europe en mouvement et je suis convaincu qu’ETF et ses affiliés relèveront le défi de la défense de leurs droits ».

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