« L’avenir est plutôt morose, toutes les réservations pour 2020 sont annulées. Avec la péniche-hôtel de croisière Espérance, nous proposons des prestations de luxe à destination d’une clientèle américaine qui vient pour ce produit-là. Ils viennent pour une croisière à bord d’une péniche-hôtel très haut de gamme, qui est un savoir-faire français désormais menacé de disparition si des aides spécifiques ne sont pas mises en place », explique Mathias Gilles. Celui-ci évoque la nécessité d’« aides financières » tout en précisant : « C’est à l’État d’imaginer, d’être inventif. Mais notre activité est méconnue tout comme son importance économique et sa renommée internationale. »
À bord de l’Espérance, la croisière dure une semaine avec quatre à six passagers, cinq membres d’équipage employés 10 mois par an. Avant et après ce temps de navigation, les clients passent également deux nuitées dans des hôtels de luxe, qui constituent autant de retombées économiques en moins pour ces établissements à terre. « Et personne ne parle de ce manque à gagner pour ces hôtels-là aussi. »
Compte tenu du niveau de prestations très élevé et adapté à la clientèle particulièrement exigeante, les frais de fonctionnement et les coûts fixes du bateau sont très importants. Pour y faire face, le propriétaire a obtenu dans le cadre des prêts garantis par l’État « un emprunt conséquent, sinon, c’était la faillite ». Mathias Gilles ajoute : « Cet emprunt, et après ? Cela n’empêchera peut-être pas de plonger tôt ou tard. »
Prochaine saison : 2022
Les Américains représentent 95% de la clientèle de l’Espérance. Si les perspectives sont très noires pour 2020, c’est aussi mal engagé pour la saison 2021. « À cette époque de l’année 2020 (avril, NDLR), mon planning de réservations devrait déjà être à moitié rempli pour 2021 mais je n’ai encore rien engrangé. Les agences américaines n’ont pris aucune réservation alors que normalement, tout se prépare au moins un an à l’avance. Cela signifie que le début d’un rétablissement ne peut être envisagé qu’à partir de 2022. »
Ce n’est pas une reprise de l’activité en juin, juillet ou août qui pourra sauver la saison 2020 : « Pour nous, avec notre clientèle, des réservations dites de dernière minute s’entendent au moins trois mois à l’avance. »
Mathias Gilles conclut : « Cela fait 23 ans que je fais cette activité, d’abord en Bourgogne puis aujourd’hui sur le canal du Midi. Une solution possible serait d’évoluer vers des prestations différentes, à destination d’une clientèle européenne, à des prix moins élevés. Mais cela peut remettre en cause mon positionnement haut de gamme/luxe vis-à-vis des clients et des agences américains. Descendre en gamme, est-ce pertinent et/ou judicieux pour mon activité ? Cela peut-être un choix dommageable d’un point de vue économique et en termes d’image. »