Un double objectif dont Seine-Nord Europe
Sous la bannière Norlink, les ports de la région vantaient leur façade maritime commune sur les salons professionnels. Les chargeurs de la région pouvaient aussi intégrer le cargo community system du port de Dunkerque. En élargissant son assise, Norlink poursuit un double objectif : assurer une dynamique collective pour affronter les défis logistiques du Brexit et peser sur les futurs aménagements du canal Seine Nord Europe. « Les grands chantiers peuvent être d’incroyables moteurs de développement économique », soutiennent Philippe Hourdain et Christian Decocq, ancien député du Nord, désormais délégué général du Gerif (Groupement des entreprises régionales d’intérêt fluvial).
A plusieurs, on pèse mieux dans le débat : c’est le sens d’un ensemble de préconisations portées par ces entreprises autour du futur chantier du canal Seine-Nord Europe, à propos des plates-formes multimodales qui seront aménagées le long du tracé. « Le Sraddet (schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires) est très pauvre à ce sujet. Nous n’avons pas l’intention de lâcher », souligne Philippe Hourdain. Parmi ces préconisations : la création d’une plate-forme d’information et d’accès aux réseaux de la région, la création d’un outil de suivi des marchandises commun à l’ensemble des gestionnaires d’infrastructure, la mise en place d’un cadre légal facilitant l’implantation d’activités économiques le long du canal, ainsi qu’une structure spécifique, de type « guichet unique », pour l’aménagement des plates-formes… « Il faut des plates-formes efficaces, avance Franck Grimomprez, président du Gerif. Sinon, le canal ne sera qu’un tuyau ».
Une étape importante vient d’être franchie : la Commission européenne a confirmé le 27 juin 2019 ses engagements dans un « acte d’exécution » qui précise notamment le calendrier et le financement du projet Seine-Escaut et donc de sa partie française Seine-Nord Europe. L’Union européenne va intégrer le conseil de surveillance de la société du canal Seine Nord Europe, une mesure prévue dans le projet de loi d’orientation des mobilités. « On sert d’exemple pour d’autres », glisse Jérôme Dezobry, président du directoire, citant l’aménagement futur de l’axe Rhône-Saône-Méditerranée. « Je n’entends que des bonnes nouvelles et je m’en réjouis, avance le logisticien Franck Grimomprez. Maintenant, on a envie de voir ». Le canal devrait être ouvert à la navigation fin 2028.
Concurrents sur le plan commercial, les ports nordistes s’apprêtent à travailler de concert avec celui d’Anvers dans les domaines de la sûreté et de la transition écologique. Une déclaration d’intention a été signée en ce sens le 25 septembre 2019 à Lille en marge des assises nationales Port du Futur, dont le programme était largement consacré à ces questions.
Français et Belges prévoient de collaborer contre le vol de marchandises et la contrefaçon et envisagent de créer une unité mixte transfrontalière pour « gagner en sécurité et fluidité ». Côté environnement, la déclaration soutient les initiatives de transition énergétique (GNL, hydrogène, branchements à quai…). Cette liste, non exhaustive, pourra être étoffée. Le calendrier des groupes de travail n’est pas encore établi. Outre Norlink et le port d’Anvers, la démarche associe la délégation générale au développement de l’axe Nord, la préfecture de la zone de défense Nord et, côté belge, la province et le gouverneur d’Anvers.