Les places portuaires françaises ont donc considérablement augmenté leur part de marché dans les importations conteneurisées du pays: 50 % aujourd’hui contre 33 % hier, et personne pour le claironner. Bien qu’il soit délicat de douter de la qualité de l’information diffusée à si haut niveau, nous avons cherché à la fiabiliser auprès des professionnels portuaires. Mauvaise idée. Après bien des discussions et des promesses d’anonymat, il nous a été répondu que « l’information la plus fréquemment évoquée, concernant uniquement le range Nord, est qu’un conteneur sur deux destiné à l’Ile-de-France passe par Anvers ou Rotterdam ».
L’Ile-de-France n’est pas la France. Dans le marché unique européen, est-il encore raisonnable de distinguer la nationalité de la place portuaire de transit? Autre question déraisonnable: comment peut-on prétendre concevoir une politique portuaire (transport de marchandises) sans avoir au moins une évaluation correcte du commerce maritime du pays (exprimé en tonnes) et de ses voies de transit? Or depuis des années, dans la plus grande indifférence, des petites mains du Conseil général du Développement durable, souvent d’anciens DG de Ports autonomes, ont clairement alerté sur la perte de connaissances statistiques relatives aux ports de transit du commerce extérieur maritime français. En octobre 2012, un représentant de la DGITM (ministère des Transports) présentait à l’Union des ports français un document sur les « trafics échappant aux ports français »: « Incertitude sur les trafics générés par le marché français et passant par les ports français. » Pour conclure, l’idée était de « tenter de développer un indicateur macro d’attractivité des ports français en partant de l’indicateur actuel des parts de marchés des ports, en retirant les éléments relatifs aux transbordements et en le rendant indépendant des évolutions économiques (PIB, commerce extérieur) et démographiques des territoires ».
Les ports français sont-ils compétitifs?
À la même époque, un stagiaire de l’UPF a conclu que « la complexité des démarches pour estimer le marché français de conteneurs et la part des ports français dans ce marché ne doit pas faire oublier l’enjeu derrière cette information: les ports français sont-ils compétitifs? Nous savons que relativement à leurs concurrents européens, les ports français ne progressent pas aussi vite. La question est alors de savoir si cette croissance atone des ports français est le fruit d’une mauvaise performance intrinsèque aux ports français et/ou si c’est le marché du transport de conteneurs en provenance ou à destination de la France qui est atone. Dans la seconde hypothèse, la dégradation des parts de marché des ports français ne serait plus un problème réservé aux ports mais un symptôme d’une économie française en difficulté ».
On comprend mieux pourquoi le 16 novembre, la communauté portuaire de Zeebrugge a organisé à Lyon une soirée destinée aux chargeurs pour leur présenter le port et la nouvelle liaison ferroviaire Lyon-Zeebrugge.