L’année 2014 ne restera pas dans les mémoires pour les pilotes de la Martinique. Avec une baisse du trafic du port, l’activité commerciale de la station de pilotage a perdu 5 % en 2014. « Nous sommes passés de 638 opérations en 2013 à 603 en 2014 », explique Emmanuel Lise, président des pilotes de Martinique. Principale cause de cette baisse, le départ du transbordement assuré par la CMA CGM sur le port de Fort-de-France. Un regret pour Emmanuel Lise. La station de pilotage s’était impliquée dans l’arrivée des navires en transbordement. « Ils ont demandé des tarifs particuliers. Les navires touchaient le port le dimanche et nous appliquions les tarifs d’un jour de semaine. C’est un effort commercial pour nous mais cela n’a pas suffi, ils ont quitté Fort-de-France. » Une stratégie que la station a aussi déclinée sur la croisière. L’offre a été d’afficher une baisse de 10 % du prix du pilotage pour les escales hors saison. « Cela n’a pas porté les fruits espérés. »
Au final, les pilotes assurent les entrées et sorties d’un navire de CMA CGM par semaine, deux escales de Geest Line et une escale de CMA CGM ou de Marfret. « Nous nous maintenons difficilement », constate amèrement Emmanuel Lise. Un constat qui prend des couleurs sur les premiers mois de 2015. L’activité croisières se porte bien, et sur les neuf premiers de l’année, les pilotes constatent une hausse de 13 % du nombre d’opérations de paquebots. Sur la saison d’octobre à fin avril, Emmanuel Lise prévoit une hausse avec 182 escales de navires de croisière. Et sur le premier trimestre de l’année, les opérations commerciales ont malgré tout affiché une croissance. Ce sont les navires pétroliers qui participent à cette hausse. Sur le site de Californie, l’arrêt de la centrale des Pointes des Carrières a nécessité un approvisionnement plus important. À l’inverse, sur le site de Bellefontaine, au droit de la centrale électrique d’EDF, les approvisionnements autrefois réalisés par les navires Tradewind ne se font plus. Ces navires qui assuraient du stockage avaient des rotations régulières. Aujourd’hui, le stockage se fait au Suriname et le fuel est acheminé en plus grosse quantité. Au final, des 45 opérations annuelles que les pilotes réalisaient auparavant, ils n’en font plus que 29. Il reste les ports secondaires de l’île comme Le Robert. L’activité de ce site est principalement réalisée par la Soreidom pour l’approvisionnement en produits agroalimentaires et en coils. La minoterie a quitté la Martinique pour Haïti, mettant un terme au trafic de blé. Il reste les coils mais avec moins d’activité.
Créer un nouvel appel d’air
Pas question de voir le port à moitié vide pour les pilotes qui espèrent malgré tout un retour des trafics. Les travaux du port, avec les agrandissements du terminal d’une part et des quais d’autre part, vont créer un nouvel appel d’air. « Avec l’allongement des quais, nous pensons que nous verrons le trafic augmenter. » Cet allongement du quai sera porteur pour les pilotes. Le chenal est opérationnel et techniquement bon.
Autre phénomène à venir, l’ouverture du nouveau jeu d’écluses du canal de Panama leur donne espoir. De nouveaux navires et d’autres lignes pourraient escaler à Fort-de-France.
Dans ce contexte économique difficile pour la station, le cap est maintenu. Les quatre pilotes de la station suffisent pour l’instant. « Nous pouvons même voir le trafic augmenter sans augmenter le nombre de pilotes. » Et la station de Martinique a toujours été innovante. Elle est la première à avoir embauché une femme pilote en outre-mer. Âgée de 37 ans, après avoir navigué à la SNCM et sur les navires scientifiques, elle a rejoint la station en août 2014 après le départ du précédent président. Autre atout de taille, elle est d’origine guadeloupéenne. C’est plutôt sur le matériel que les choix vont devoir se faire. La station possède trois pilotines et une vedette pour le lamanage (activité assurée par les pilotes localement). « Nous avons lancé une opération pour acquérir une nouvelle unité, mais avec la baisse de trafic sur Le Robert, l’heure est plutôt à se séparer d’une pilotine. »