Le choix de tenir une table ronde au Pirée n’est pas anodin pour les associations environnementales. En effet, la flotte européenne représente 40 % de la flotte mondiale. En Europe, la Grèce se place au premier rang des flottes maritimes. Il est donc apparu logique pour les organisations environnementales non gouvernementales intéressées par les questions maritimes de venir rencontrer les politiques et les opérateurs économiques grecs. Shipbreaking Platform, Greenpeace, Surfired, Transport & Environnement et Medsos ont été reçus par des responsables européens et grecs.
Face au ministre de l’Environnement grec, Yannis Tsironis, et au directeur du ministère grec de la Marine marchande, Agisilagos Anastasakos, les différentes ONG environnementalistes ont pu s’entretenir sur le sujet.
Le rôle moteur de l’Europe
Il a été convenu entre les participants à cette table ronde que les considérations environnementales doivent être portées au niveau international. Et José Inacio Feria, rapporteur au Parlement européen sur le contrôle des émissions de CO2 par voie maritime, a souligné que « l’Europe a une obligation d’être moteur quand le consensus sur ces mesures n’est pas atteint ou fait défaut ». Une position que Stelios Kouloglou, parlementaire européen, membre du parti Syriza au pouvoir à Athènes, a confirmé. La responsabilité de l’Union européenne est engagée face aux pratiques menées en Europe sur le démantèlement des navires.
Face à ces constats, les différentes ONG présentes lors de cette table ronde ont proposé plusieurs actions à mettre en place pour une véritable politique durable dans le transport maritime. Ces actions se déclinent en cinq points:
L’inclusion des émissions du transport maritime dans les objectifs contre le réchauffement climatique qui prévoit une réduction de 40 % des émissions à l’horizon 2030. Pour Transport & Environnement, les émissions issues du transport maritime ont augmenté de 70 % depuis 1990. Or, si plusieurs filières industrielles ont intégré de nouvelles normes écologiques, la part des émissions de CO2 par le maritime pourrait augmenter entre 50 % et 250 % d’ici à 2050. Transport & Environnement demande que l’Europe intègre le maritime dans ses objectifs de réduction des gaz à effets de serre pour une réduction de 40 % de ses émissions.
En premier lieu, les ONG réclament la reconnaissance du préjudice écologique applicable à tous les niveaux du transport maritime et son intégration dans le cadre juridique européen.
Ensuite, elles souhaitent l’établissement en urgence d’un réseau de réserves marines pour protéger la mer, sa vie et les écosystèmes pour les personnes qui en vivent. Troisième point, elles proposent de créer des mesures incitatives pour les opérateurs qui sont à la pointe de la protection environnementale, l’innovation écologique et la transformation des infrastructures.
Un réseau de chantiers de démolition certifié
Enfin, afin d’appliquer les textes européens, elles réclament la publication rapide du réseau des installations certifiées par l’Europe pour recevoir des navires en fin de vie conformément au règlement européen sur le démantèlement des navires. En outre, les organisations demandent la mise en place de mesures incitatives pour les opérateurs qui respectent ce texte. Shipbreaking Platform rappelle que 70 % des navires en fin de vie ont été démantelés sur des plages du sous-continent indien (Inde, Pakistan et Bangladesh). Plusieurs de ces navires ont navigué sous pavillon européen et notamment grec et allemand. Or nombre de ces navires changent de pavillon quelques semaines avant d’être envoyés vers ces plages. Un phénomène que Shipbreaking Platform dénonce depuis plusieurs années. L’ONG demande des mesures radicales comme l’a déclaré le commissaire en charge de l’environnement Karmenu Vella. « Il faut cesser cette pratique honteuse des navires européens démantelés sur des plages. Nous avons besoin de changements radicaux. »
Enfin, Medsos (Mediterranean SOS) a été encore plus loin en demandant que la Méditerranée soit inscrite en zone ECA (Emission control Area) et la mise en place de mesures incitatives au niveau européen pour tous les navires qui démontreraient un niveau de performance environnemental élevé. Ainsi, ces navires seraient prioritaires lors des opérations de manutention, et verraient leurs droits de port réduits.
Et pour conclure, Patrizia Heidegger, directrice de Shipbreaking Platform, a été claire avec les autorités politiques grecques. « Actuellement, bon nombre d’armateurs grecs démantèlent leurs navires dans des chantiers sous-normes. Nous espérons que le gouvernement grec saura responsabiliser les armateurs grecs pour les inciter à démanteler leurs navires dans des chantiers européens. »