« Le pôle sidérurgique n’existe plus, Indesit a mis la clé sous la porte et la plupart des grands groupes investissent à l’étranger. Pourtant, le port est désormais la seule et unique ressource de développement économique pour Naples, mais il n’est pas suffisamment exploité », s’énerve Pasquale Legore de Feo, directeur général de Co.Na.Te.Co, le premier manutentionnaire napolitain. Le fait est que la liste des maux qui affligent le port situé à l’ombre du Vésuve ressemble à ces chapelets interminables égrenés par les mains des femmes dans les églises. Un réseau ferroviaire quasiment inexistant, un niveau d’emploi – 5 800 salariés stables plus la main-d’œuvre employée par les entreprises de sous-traitance implantées dans la zone portuaire – difficile à maintenir, une gouvernance introuvable. Sans parler des travaux de remise en ordre des infrastructures toujours évoqués mais jamais réalisés. Enfin, des commissaires nommés à échéance comme les denrées périssables et dans l’incapacité, par conséquent, d’adopter ces décisions qui pourraient redorer le blason d’un port considéré jusqu’en 2012 comme l’œillet à la boutonnière du sud de l’Italie. « Je n’ai pas eu le soutien nécessaire », déplore Francesco Karrer, le commissaire nommé l’an dernier par Maurizio Lupi et renvoyé par le nouveau ministre Graziano Delrio. Sa grande faute, selon lui, est d’avoir été nommé par Maurizio Lupi. Pourtant, cet ingénieur fasciné par l’urbanisme français était arrivé plein d’enthousiasme après avoir été choisi par l’ancien ministre des Infrastructures et des Transports qui lui avait même renouvelé son mandat l’an dernier. Mais les tensions, le manque d’aide de la part du ministère, la situation compliquée au niveau juridique – le port étant emmêlé dans un procès touchant une ancienne gouvernance accusée d’avoir trempé les doigts dans la confiture – ont eu raison des intentions de Francesco Karrer.
La relève, mais pour trois mois
Aujourd’hui son successeur, l’amiral Antonio Basile, qui est aussi directeur maritime et commandant de la capitainerie du port de Naples, vient de prendre la relève. Mais seulement pour trois mois, selon les déclarations du ministre des Transports et des Infrastructures qui a promis de nommer un président, un vrai avec des pouvoirs comme le réclament le personnel et les opérateurs du site, d’ici le mois de septembre. Mais à Naples personne n’y croit, le malaise et la colère serpentent de plus en plus dans les couloirs des bureaux et sur les chantiers. Avec un mandat aussi court, ce militaire de carrière n’aura pas le temps de mettre la main à la pâte, même s’il promet de donner un signal et d’entamer les grands changements.
En attendant, les protagonistes du système portuaire napolitain tentent de survivre, mais les chiffres sont impitoyables. Durant les trois dernières années, le principal manutentionnaire Co.Na.Te.Co a perdu quelque 100 000 conteneurs, les navires mettant désormais le cap sur des sites nettement plus accueillants en termes d’équipements. Certaines routes, notamment avec le Moyen et l’Extrême-Orient ont disparu de la carte portuaire napolitaine. Ponctuellement, les opérateurs mais aussi les industriels comme le groupe Barletta, qui gère la plate-forme intermodale entre Naples et Caserte, lancent des appels au secours et parlent de constitution de front commun façon Front populaire, pour sauver le port. Et surtout, obliger les institutions à prendre conscience du problème que pose un port qui part à la dérive. Pour l’heure, tous ces appels sont restés lettre morte.