Depuis 2008, le conglomérat, via sa filiale Piraeus Container Terminal (PCT), gère par concession deux terminaux à conteneurs, rappelle l’AFP dans une dépêche du 29 janvier. Cosco était aussi l’un des prétendants au rachat des 67 % des parts que l’État grec possède dans la société du port du Pirée (OLP), acquisition qui lui aurait donné le contrôle sur tout le port et notamment son activité passagers, ses millions de touristes annuels et ses ferries quotidiens vers les îles.
Cette ambition a vécu: le gouvernement Tsipras a très vite annoncé, conformément à son programme, que l’État resterait propriétaire de l’OLP, « stratégique pour rebâtir l’appareil productif du pays ». « Le contrôle public des ports est l’une des conditions de cette reconstruction », avait défendu durant la campagne le député Syriza Theodore Dritsas, devenu le 26 janvier ministre délégué de la Marine marchande.
Au point de menacer Cosco sur le terrain déjà conquis? Le ministre Dritsas est resté évasif, évoquant dans la même journée « une révision des accords avec Cosco » et des « horizons ouverts » de coopération avec Pékin dont l’ambassadeur a été l’un des premiers reçus par le Premier ministre.
Le 29 janvier, la Chine s’est dite « vivement préoccupée » et s’est promis « d’exhorter le gouvernement grec à protéger les droits et intérêts légaux des sociétés chinoises en Grèce, dont Cosco ». « Légalement, je n’imagine pas qu’on puisse revenir sur les contrats passés avec Cosco, et ce n’est pas dans l’intérêt du gouvernement, vu le poids de cet investissement, le plus important des dernières années en Grèce », analyse George Xiradakis, consultant dans le secteur maritime.
Dynamisme retrouvé
Depuis 2008, rappelle-t-il, l’arrivée de Cosco a sorti Le Pirée de sa « léthargie » et l’a « imposé sur la carte maritime de l’Europe comme un passage incontournable entre le Nord et le Sud ».
« Marteler que Le Pirée est la porte d’entrée de la Chine vers l’Europe et les Balkans est aussi une invitation lancée aux investisseurs des autres secteurs. C’est eux que l’annonce du gouvernement Tsipras pourrait dissuader », craint George Xiradakis.
Déjà, des groupes comme Hewlett Packard ou Philip Morris ont ainsi choisi Le Pirée comme base en Europe du Sud. « La Chine va rester un partenaire privilégié de la Grèce », prédit un spécialiste du secteur maritime, sous couvert d’anonymat. Depuis la crise et l’arrivée de Cosco, « l’OLP est beaucoup plus compétitif », assure-t-il, soulignant la difficulté qu’aurait posée, au regard des règles européennes sur la concurrence, un monopole de Cosco sur la propriété et la gestion du port. « Cela aurait été du jamais vu en Europe », affirme, soulagé, Giorgos Georgakopoulos, président du syndicat des dockers qui dénonce également « des conditions de travail à deux vitesses entre les ouvriers de Cosco et ceux de l’OLP », les premiers soumis, selon lui, à des horaires extensibles et à une paye moindre, dans deux terminaux distants seulement « de quelques centaines de mètres ».