La réflexion de Gilbert Fournier pourrait bien révolutionner la construction navale à l’heure où le Costa-Concordia vient d’être renfloué. « C’est trois mois après l’accident qu’une idée m’est venue. Deux de mes confrères de l’académie de marine, Bernard Parizot et Jean-Louis Guibert, ancien directeur technique du bureau Veritas, m’ont accompagné dans cette réflexion », se souvient-il. L’objectif est d’améliorer la sécurité, notamment la stabilité d’un paquebot victime d’une importante voie d’eau comme cela a été le cas pour le Concordia. Gilbert Fournier veut notamment s’inspirer des navires de guerre de fort tonnage de type porte-avions. « Il est possible de créer un pont étanche horizontal situé au-dessus du premier pont, au-dessus de la ligne de flottaison, placé de telle sorte que la flottabilité du navire soit encore assurée malgré des voies d’eau. » Pour valider son idée, Gilbert Fournier a demandé à un cabinet d’expertise et de certification de tester son idée par simulation informatique. Et les résultats sont probants. « Nous avons fait une simulation avec un navire de 296 m de long avec un envahissement maximal de l’eau qui va bien au-delà de deux ou trois compartiments. Nous avons constaté que le navire dans un premier temps prenait du gîte puis se redressait et pouvait rester ainsi à flot avec une certaine stabilité. »
Mais un tel dispositif n’est réalisable que si l’on apporte des modifications importantes sur la structure même du paquebot. « Vous allez me dire qu’il est impossible d’installer un pont étanche sur un paquebot car il faut assurer la libre circulation de plus d’un millier de personnes du haut en bas du navire. C’est non seulement possible mais c’est aussi facile. Il suffit de laisser des ouvertures dans ce pont pour le passage des escaliers et des ascenseurs. On pourrait me dire, l’eau va envahir le navire par ces ouvertures. Et bien non. Il suffit de les munir de gaines étanches dont la hauteur dépasse la nouvelle flottaison après avarie, c’est-à-dire la hauteur de deux à trois étages au-dessus de la flottaison du navire intact. L’accès à ces étages, généralement des cabines, étant prévue par le haut. » Gilbert Fournier espère désormais que son idée fera son chemin chez les armateurs et les concepteurs des paquebots du futur.