JMM : Depuis la décision de non-renouvellement de la convention, quelles démarches avez-vous entreprises ?
Henk Jonkman : La demande de prolongation de notre convention n'ayant pas été acceptée, nous avons envoyé le 12 août une lettre de mise en demeure au port de Bordeaux pour demander la prolongation de cette convention. Le port avait deux mois pour nous répondre et ne l'a pas fait. On est donc en pleine programmation du recours judiciaire qui devrait être envoyé ces jours-ci au tribunal de Bordeaux. Il porte sur deux objets : nous redonner un terrain et le respect des engagements pris par le port, faute de quoi nous demanderons des indemnités très conséquentes, d'une part sur les investissements et les frais qu'on a eu depuis le début, soit 9 M¤ mais aussi sur le manque à gagner concernant l'exploitation. Sur ce deuxième point, les sommes demandées seront beaucoup plus importantes. On est en cours de chiffrage. Selon les réactions sur ce premier recours, on envisagera ensuite une procédure ou non devant les cours européenne et française de concurrence.
JMM : Qui devra payer les éventuels dédommagements ?
H. J. : On les demandera au port dans un premier temps et ensuite à l'État car les membres du gouvernement sont à l'origine de cette décision.
JMM : Quels arguments, au niveau judiciaire, plaident, selon vous, en votre faveur ?
H. J. : Les ministres, qui sont intervenus pour stopper l'examen du dossier, ce sont eux justement qui dans le cadre de la réforme avaient confié le plein pouvoir à un directoire dont les trois membres devaient voter. De plus, au sein du conseil de surveillance, un représentant de l'État a la possibilité de mettre un veto sur une décision dans un délai d'un mois. Or, le représentant de l'État n'a pas mis son véto. La lettre que les deux ministres ont faite à la direction pour demander de ne pas signer la demande de prolongation de la convention est une action illégale. Le droit est pour nous. Que les ministres avancent l'argument de l'impact environnemental est totalement farfelu. Ce sont des services de l'État spécifiques qui sont aptes à juger un dossier sur l'aspect environnemental, ce qui n'a pas été fait. En outre, aucun terminal méthanier n'est connu dans le monde pour avoir un impact environnemental.
JMM :Espérez-vous une réaction suite au lancement de ce premier recours ?
H. J. : Je crains que pour l'instant les membres du gouvernement ne cherchent à temporiser jusqu'aux élections régionales et fassent tout pour que cette affaire d'abus de pouvoir ne soit pas trop mise sur la place publique.
JMM :Restez-vous motivé pour faire ce projet ?
H. J. : Oui totalement, on reste persuadé que le choix du sud-ouest est le meilleur comme point d'entrée en France. Cependant, notre société, qui a plusieurs projets de terminaux de par le monde, est très étonnée de voir à quel point les pouvoirs publics français peuvent s'immiscer dans les projets privés pour des raisons surtout politiques. C'est du jamais vu dans aucun autre pays.
JMM : Si l'on vous proposait un autre terrain au Verdon, seriez-vous intéressé ?
H. J. : Oui, cela permettrait de résoudre les problèmes d'impacts visuels et de nous installer plus loin des premières maisons, même si la distance de sécurité est respectée pour l'instant dans le projet actuel. Mais aucune proposition, pour l'instant, ne nous a été faite.