« Notre défi : allier développement industriel et projet environnemental »

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Journal de la Marine Marchande : Les trafics réalisés en 2009 au port de Bordeaux ont-ils subi les conséquences de la crise économique ?

Marie-Luce Bousseton : On devrait atteindre les 8,9 Mt d'ici à la fin de l'année, soit 100 000 t de moins que prévu. On a eu la chance que les hydrocarbures se soient maintenus et d'enregistrer un trafic conteneur record dû aux bois de tempête. Cela a permis de compenser les difficultés rencontrées sur les trafics de vracs solides, par ailleurs moins touchés que dans d'autres ports, ces vracs étant très diversifiés. Ca reste donc une bonne année pour le port. Le trafic 2010 devrait être dans la même lignée avec une projection à 8,9 Mt en tablant sur la bonne tenue du trafic pétrolier et une légère reprise économique dans le secteur des matériaux de construction.

JMM : Dans son plan stratégique, le port s'est fixé comme objectif d'ici 2013 d'atteindre la barre des 10 Mt. Où capterez-vous ce million de tonnes supplémentaire ?

M.-L. B. : On table sur le dynamisme démographique de la région, un des plus forts en France et sur les effets à moyen terme du report modal. Les imports de matériaux de construction peuvent être une niche de développement. On n'est pas au bout de ce que l'on pourrait faire. De grands chantiers d'autoroutes, la LGV, sont prévus en Aquitaine qui est une région déficitaire en matériaux de construction. On table aussi sur d'éventuelles concentrations de dépôts pétroliers. On a déjà récupéré les volumes de la raffinerie de Bayonne. Il pourrait y avoir des dépôts d'autres sites. Cela fait partie des évolutions possibles, sans compter le développement de trafics comme les biocarburants ou le méthanol. Cependant, je ne m'attends pas à une croissance spectaculaire. Il nous faudra capter une multitude de trafics dans différents domaines. On n'a malheureusement pas d'implantation industrielle nouvelle.

JMM : L'arrêt du projet de terminal méthanier au Verdon est-il un coup dur pour le port ?

M.-L. B. : Oui, car ce projet représentait 25 % de notre tonnage actuel. C'était le volet majeur de notre plan stratégique. Penser qu'on peut retrouver une activité de cette envergure est illusoire. Cependant, une décision du gouvernement m'a été notifiée que j'ai appliquée. Dominique Busserreau a indiqué, en parallèle, qu'il s'engageait à soutenir la recherche de projets alternatifs prenant mieux en compte les enjeux écologiques. C'est un vrai défi pour le port d'arriver à allier développement industriel et projet environnemental. Il va désormais nous falloir, très en amont de projets industriels, dialoguer avec la population et les collectivités locales pour savoir ce qu'elles acceptent ou non comme développement. Le terminal du Verdon est un site qui offre des capacités très importantes et sous-utilisées. On poursuivra notre recherche d'implantation nouvelle.

JMM : Bien que vidé de son projet phare, le plan stratégique est-il ambitieux ?

M.-L. B. : Près de 98 M¤ sont annoncés. Un des points importants réside dans l'amélioration des sites de Bassens et d'Ambés, qui regroupent 90 % du trafic du port. Bassens, au niveau foncier, arrive à saturation. Il faut donc optimiser l'utilisation du terminal, en renforçant les aires d'évolution des grues et en augmentant la capacité d'accueil des navires. C'est stratégique pour les manutentionnaires. On prévoit également des travaux sur la passe ouest à l'entrée de l'estuaire, après avoir monté préalablement un dossier environnemental. Nous allons de plus lancer un appel d'offres auprès d'opérateurs privés pour la création d'un terminal granulat à Grattequina. Enfin, on a un projet important à mener sur les bassins à flot situés en plein coeur de Bordeaux. Le port est fortement associé à la réflexion en cours pour le réaménagement urbain de ce site. Dans ce cadre, notamment, nous continuerons à assumer la gestion du port de plaisance pour lequel nous prévoyons de le moderniser et de doubler sa capacité d'accueil. On envisage de même, dans les deux formes de radoub, d'accueillir des navires de plaisance pour une activité de réparation navale.

À quoi seront réemployés les 15 M¤ prévus initialement pour l'appontement du terminal méthanier ?

M.-L. B. : Il se peut que cette somme soit réutilisée pour la viabilisation de plateformes au Verdon, ce qui nous permettrait d'accueillir des entreprises dans de meilleures conditions. Cette réorientation doit cependant s'inscrire dans une réflexion avec les collectivités locales. Cela ne sert à rien d'investir si elles ne sont pas prêtes à accepter un développement industriel.

JMM : Par quoi se traduira le plan de relance pour le port de Bordeaux ?

M.-L. B. : Dès février 2009, l'État a débloqué 5 M¤ pour le port, ce qui nous a permis d'engager des réparations sur les portiques du Verdon qui ont connu des avaries cet été. Dans le cadre du plan stratégique, une aide substantielle de l'État, environ 7 M¤ - les discussions sont en cours- devrait arriver. Cette relance passe aussi par l'aide au dragage, qui coûte au port, chaque année, près de 13 M¤. Jusqu'alors l'État prenait en charge 9 M¤. Il s'est désormais engagé à couvrir à 100 % les frais de dragage, ce qui se traduira dès 2010 par un million supplémentaire. C'est un accompagnement fort pour le port de Bordeaux dont le chiffre d'affaires est de 45 à 50 M¤. Il va nous permettre d'augmenter nos capacités d'autofinancement et de faire de nouveaux investissements pour le développement du port.

JMM : Comment s'est passé la mise en place de la réforme de la manutention ?

M.-L. B. : Les négociations ont été rudes. Le contexte bordelais ne prévoit pas d'augmentation du trafic manutentionné, d'autre part l'activité manutention en soi n'est guère bénéficiaire. L'exercice était à caler de manière extrêmement fine. Pour répondre à une logique économique et au fonctionnement du port au quotidien, une SAS a donc été envisagée avec un projet de terminal unique sur les deux sites de Bassens et du Verdon. Cela peut surprendre, mais c'est pourtant logique. À Bordeaux, on a deux manutentionnaires qui travaillent sur ses deux sites. S'il y avait eu une multitude d'opérateurs, la question ne serait pas posée. De plus, Bassens arrive un peu à saturation et le Verdon, lui, offre de vastes possibilités. Regrouper l'ensemble avait du sens.

JMM : Pourquoi le port de Bordeaux est-il actionnaire à hauteur de 20 % de cette SAS ?

M.-L. B. : Cela répondait à une demande sociale de la part de salariés. Je crois que c'était rassurant pour eux mais aussi pour les partenaires privés. Dans cette réforme, le port comme les partenaires sont gagnants. En maîtrisant toute la chaîne, les manutentionnaires pourront être plus compétitifs. Plus la manutention se développera, plus le port y gagnera. Le protocole ayant été accepté par la commission dévaluation de l'outillage, on a désormais six mois pour signer l'acte de vente, établir une convention de terminal limitée au bord à quai, Sea Invest et Balgerie gardant leur AOT, et dresser le contrat de maintenance.

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