Difficile de faire une croix sur un projet qui devait apporter au port près de 2 Mt de trafic par an, soit 25 % de ses volumes actuels, plus de 700 M¤ d'investissements et près de 2 M¤ de recettes financières supplémentaires. Pour rappel, en 2006, 4Gas, société détenue par les actionnaires principaux Carlyle et Rivestone, avait signé une convention de réservation de terrain de 3 ans sur 20 ha pour y installer une unité de regazéification et des cuves de stockage. La mise en service était programmée à l'horizon 2012. Est intervenue cependant dans le calendrier la tenue d'un débat public à l'automne 2007, le tout sur fond de polémiques politiques - le secrétaire d'État au transport s'étant déclaré opposé au projet - et de violentes discussions. La population locale représentée par l'association « Une pointe pour tous » (5000 adhérents aujourd'hui) avait, en effet, exprimé une ferme hostilité à ce projet et pointé les faiblesses du dossier de 4Gas, recalé par ailleurs par la préfecture à la fin 2008. La communauté de commune de la Pointe du Médoc avait, elle aussi fini, par prendre position contre ce projet.
C'est dans ce climat, alors que 4Gas devait représenter un dossier plus complet, que le port a pris connaissance du courrier datant du 8 juillet de Dominique Bussereau et Jean-Louis Borloo lui demandant de ne pas renouveler la location foncière de 4Gas. Intervenue alors que le Directoire, le Conseil de surveillance et le Conseil développement du port s'étaient prononcés en faveur du terminal méthanier à travers l'approbation du projet stratégique, cet ordre gouvernemental a fait l'effet d'une bombe. 12 représentants de la communauté portuaire et du monde socio-économique claquaient la porte du conseil de développement, sans compter la démission du représentant de la CCI au sein du conseil de surveillance et de celle de Julien Bas, directeur d'exploitation, membre du conseil du directoire. « Ce qui a choqué, c'est que l'on n'a pas donné les moyens à ce dossier d'être instruit jusqu'au bout. Le port de Bordeaux ne pourra se développer que s'il y a des implantations industrielles nouvelles. Le projet de terminal méthanier aurait permis de renforcer l'activité des services portuaires, l'achat d'outils plus performants et de réaliser des investissements de modernisation », s'indigne Patrick Thomas, président de Balguerie et démissionnaire de la présidence du conseil de développement. « On va désormais faire fuir n'importe quel industriel », ajoute Franck Humbert, responsable de Sea Invest Bordeaux, qui a également rendu son tablier. « Le terminal méthanier, sur le plan environnemental, ne produit que de faibles rejets de chlore. L'argument environnemental n'est qu'un prétexte. La communauté portuaire bordelaise s'interroge vraiment sur la volonté du secrétaire d'État de développer le port de Bordeaux », s'emporte Henri-Vincent Amouroux, directeur de l'UMPB. Le syndicat indépendant des cadres comme le syndicat CGT du port partagent de même cette indignation. « Il faut se rappeler tout de même que la convention de réservation de terrain délivrée à 4Gas, il y a 3 ans, a été accordée avec le soutien de l'État, cela faisait partie de ses prérogatives avant la réforme de la nouvelle gouvernance », note Jean-Yves Sanguinet, représentant CGT au port de Bordeaux pour qui cette décision est un coup fatal pour le port touché par la désindustrialisation de son hinterland. « Il n'y a pas de projets de remplacement. Le projet stratégique du port, évidé du terminal méthanier, n'amène rien en termes de trafic et tout était déjà prévu comme investissements. En contrecarrant le potentiel de développement des ports voisins, Dominique Bussereau veut surtout favoriser le port de la Rochelle. Cette guerre des régions est lamentable ».
Entre ses membres démissionnaires et la volonté de 4Gas de le traduire devant un tribunal de justice, le port, traumatisé, est pour l'heure dans l'attentisme. Selon le président du Conseil de surveillance du GPMB, Jean-Paul Sandraz, « si un autre terrain est disponible, il n'y a pas d'objection du côté du port pour reprendre l'étude, mais il faut que les conditions soient réunies auprès de la tutelle. Cette assurance ne peut venir que du plus haut de l'État ».
« Un danger inacceptable »
Dangerosité d'un projet Seveso 2 à 400 m des premières habitations, risques pour la flore et la faune dus aux rejets chlorés, mépris des données géologiques, paysage saccagé, impact négatif sur l'économie touristique, dévaluation immobilière, projet peu créateur d'emplois...Depuis 2007, le collectif « Une pointe pour tous », s'appuyant sur ces arguments, s'oppose farouchement au projet de terminal méthanier. En début d'année, il dénonçait également « l'indigence » du dossier déposé par 4Gas auprès de la préfecture pointant le manque d'informations sur l'impact environnemental, les risques pour la population, le raccordement du terminal au gazoduc, l'enfouissement des cuves et le montage financier du projet, « véritable nébuleuse qui fait se demander qui serait garant en cas d'incident ».