Après avoir fait leurs armes au Havre dès 2006, les gendarmes maritimes s'apprêtent à débarquer dans les grandes places portuaires françaises.
Le Secrétariat Général de la Défense Nationale, fort de cette expérience concluante, a décidé de débloquer un budget (resté confidentiel) en dupliquant le dispositif à Marseille, Dunkerque et Nantes en créant de véritables unités de dissuasion dotées de moyens humains et matériels. Leur objectif étant d'agir comme un véritable rempart contre tout acte de malveillance à l'encontre des installations portuaires et des navires et ce, jusqu'à 200 milles de nos côtes.
Ainsi, à compter du 5 octobre, les bassins Ouest seront protégés par 45 militaires commandés par le Lieutenant Raphaël Jacquet. Des hommes formés au transport maritime, à la sûreté portuaire et entraînés à la fouille des navires. À cette date, ils prendront possession d'un hangar de 2 800 m2 situé dans l'Anse Saint-Auban à Port-de-Bouc, à quelques encablures de la capitainerie.
Fin 2010, une deuxième équipe de 30 gendarmes (basés au Commandement de la Marine aux Catalans) sera chargée de surveiller 24h24 et 7j/7j les bassins Est de Marseille, de l'Estaque à la Joliette, avec, en ligne de mire, la protection des passagers de lignes de ferries et les croisiéristes. Ces hommes devront également traquer les clandestins.
Quant aux bassins Ouest, l'accent sera mis sur la protection des installations industrielles, des pétroliers et gaziers. « Nous recevons des orientations sur des points particuliers à surveiller en fonction d'une menace connue au niveau central avec Vigipirate. Depuis deux ans, c'est la fin des codes couleurs. Nous avons trois grandes missions : lutter contre le terrorisme en protégeant les navires et les gens qui travaillent sur le port, lutter contre les trafics illicites (armes et stupéfiants) et lutter contre l'immigration irrégulière par voie maritime », résume le Capitaine Christophe Bégard, Commandant de la compagnie de gendarmerie maritime de Marseille.
À l'été 2010, une équipe cynophile rejoindra les quais phocéens afin de détecter la présence d'explosifs sur les navires qui auront été ciblés. « Nous envoyons des équipes sur le navire pour le « blanchir » (c'est-à-dire faire en sorte qu'il ne présente pas de risque) avant son arrivée dans le port », précise le commandant.
Chargé du projet d'implantation de ces unités, il ajoute que ses services ont également une « mission d'expertise » vis-à-vis des exploitants des terminaux portuaires qui doivent produire des plans de sûreté dans le cadre du Code ISPS. « Nous les conseillons dans la réalisation de leurs plans », ajoute le Cdt Bégard. Les gendarmes travaillent également en étroite collaboration avec d'autres administrations : Douanes, Police aux Frontière, services judiciaires mais également le service sûreté du port de Marseille. « Lorsque nous découvrons des produits contrefaits ou de la contrebande de cigarettes, nous alertons aussitôt les douanes », explique Christophe Bégard, en capacité de réquisitionner les scanners lors des enquêtes.
Pour mener à bien ses nouvelles missions, le PSMP vient de lancer un appel d'offres portant sur la construction de 9 pilotines pour l'ensemble des ports français dont 3 pour Marseille (2 à l'Ouest et une à l'Est) et s'apprête à faire l'acquisition de quatre navires semi-rigides livrés en 2010 au GPMM. En attendant, la gendarmerie maritime a affrété la Desirade et la 196, deux pilotines de la station de Marseille. Des embarcations rapides (25 noeuds) qui permettent aux gendarmes de se projeter sur les navires de commerce lorsqu'ils sont au large.
Ce dispositif de surveillance du plan d'eau et des chenaux d'accès, conforme aux recommandations de l'Organisation Maritime Internationale, vient compléter les obligations du Code ISPS entré en vigueur en juillet 2004. « Il y avait une faiblesse dans le dispositif d'approche portuaire qui ne faisait l'objet d'aucune mesure. Dans quelques pays, il y a des unités similaires à la nôtre », ajoute le commandant Bégard. La lacune est désormais comblée...