Depuis la fin septembre, certains opérateurs portuaires réunionnais ne décolèrent pas à la suite de la décision de CMA CGM de desservir Port Réunion par feeder via Djibouti. Pour la première fois depuis des décennies, l’armement « national » met ainsi un terme à la desserte directe de ce DOM. Officiellement non confirmée à la date du 15 octobre à 14 h, cette information est parvenue aux oreilles des Réunionnais via un courriel envoyé aux importateurs de Mayotte pour les avertir de la bonne nouvelle. Officieusement, à partir de fin novembre, le service joint EPIC formé par CMA CGM et la Deutsche Afrika Linien et exploitant quatre porte-conteneurs de 1 700 à 1 800 EVP fera une escale supplémentaire à Djibouti. De ce port riche de potentiels militaires, les boîtes repartiraient sur les Seychelles, la Réunion, l’Île Maurice, Mayotte et Madagascar. De source armatoriale, le délai de mer depuis l’Europe sera similaire, voire meilleur, à l’import de la Réunion et surtout bien meilleur à l’export et en particulier depuis Maurice. En outre, en temps de crise, des économies dans les dessertes s’imposent.
« Je suis outré par l’attitude de la compagnie même si je peux comprendre les motivations », soulignait Hervé Marodon, président du Syndicat des transitaires de la Réunion. « Il n’y a pas assez de concurrence maritime sur la ligne Europe-Réunion. Trois compagnies, ce n’est pas assez ». Et de rappeler qu’il y a quinze ou vingt ans, il n’y avait pas d’escale de « car carriers » à la Réunion. Ils ont fini par venir. À bon entendeur…
112 000 EVP à l’import et 23 000 à l’export
« Il y a des réalités qui s’imposent à nous », estimait pour sa part Éric Magamootoo, président de la CCI de la Réunion concessionnaire de Port Réunion. Il ajoutait que « la Réunion n’est pas le centre du monde ». Il est vrai qu’avec 112 000 EVP pleins déchargés en 2007 et 23 000 EVP pleins exportés, le trafic est modeste, mais sa croissance est constante depuis dix ans.
Autre point de vue: il devrait être difficile aux membres de l’Association pour le développement de l’industrie réunionnaise de « dénoncer » la dégradation du service CMA CGM car depuis des années, l’ADIR négocie un certain volume de fret avec Mærsk qui transborde au moins une fois à Salalah.
Cela écrit, CMA CGM envoie un message qui devrait susciter des inquiétudes en outre-mer et notamment en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie: deux TOM qui importent « beaucoup » des pleins et exportent une grande majorité de vides. Si Nouméa est assez facilement « feederisable » via l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, MSC l’a prouvé, Papeete ne l’est pas.
Une problématique qui devrait « interpeller » la mission interministérielle chargée d’étudier les possibles évolutions des ports des DOM-TOM.