En octobre 1988, la « moyenne » CMA fêtait son 10e anniversaire. Les invités extérieurs à la Compagnie maritime d’affrètement étaient rares: Claude Abraham, président du CCAF et Agnès de Fleurieu, déléguée générale. Pour cette circonstance, Jacques Saadé rendait hommage à Jean Rousset, pdg de la Compagnie méridionale de navigation et créateur en 1978 de la Compagnie maritime d’armement. Cette CMA desservait Beyrouth et Lattaquié avec un roulier. Intéressé par cette liaison, le groupe Rodolphe Saadé, dirigé par le fils aîné, Jacques, devenait partenaire de la CMA Le conflit libanais s’intensifiant, Jacques Saadé s’installait avec sa famille à Marseille. Il rachetait les parts détenues par la CMN dans la CMA. Cette dernière devenait d’affrètement plutôt que d’armement, compte tenu du contexte. R. Saadé et Co détenait 87,5 % du capital et Farid Salem, le solde. La compagnie abandonnait le roulier pour les conteneurs, desservant l’Irak via la Syrie. Les relations entre ces deux États étant d’une stabilité perfectible, la CMA décidait de desservir l’Irak également via Aqaba. La course, plus ou moins forcée, vers l’est venait de s’ouvrir.
Durant de longues années, « l’establishment » marseillais et armatorial français regarda de très haut le Levantin et ses méthodes de travail. Seules les KG allemandes virent en Jacques Saadé un bon client, capable toutefois de renégocier à la baisse les tarifs d’affrètement fixés quelques mois plus tôt.
Bref, la première décennie n’a pas été que « dix ans de bonheur » notait Jacques Saadé.
Vingt ans plus tard, le côté sulfureux de la CMA ayant disparu (ou ayant été oublié) et la réussite aidant grandement, les laudateurs devraient se presser en nombre à la table du président: « bon appétit, ô visionnaires intègres ». Et bon anniversaire en dépit d’un environnement économique agité. Business as usual.