Le musée national de la Marine organise, à Paris jusqu’au 20 octobre, une exposition sur la disparition de l’expédition Lapérouse dans le Pacifique Sud en 1788.
Celle-ci est décidée fin 1784 par Louis XVI, qui s’intéresse beaucoup à la Marine et à la géographie, le ministre de la Marine de Castries, et le directeur des Ports et Arsenaux Claret de Fleurieu. En trois ans, elle devra compléter la cartographie du Pacifique (côtes nord-ouest de l’Amérique et asiatique), créer des comptoirs pour le commerce des peaux entre la côte ouest de l’Amérique et la Chine, effectuer des observations scientifiques et se renseigner sur les implantations des autres puissances européennes. Le capitaine de vaisseau Jean-François de Galaup de Lapérouse est choisi pour diriger cette expédition composée des frégates Boussole et Astrolabe avec 220 hommes à bord, dont une douzaine de savants et ingénieurs considérés comme les meilleurs de leur temps. Lapérouse lui-même jouit d’une telle réputation dans la communauté scientifique européenne que la Société royale de géographie de Londres lui fournit les instruments de navigation les plus modernes de l’époque. Les relevés des cartes qu’il envoie par la suite sont rigoureusement exacts! L’expédition, partie de Brest le 1er août 1785, se termine tragiquement par un naufrage sur les récifs de l’île de Vanikoro (archipel des Salomon), au cours d’une tempête probablement en février 1788. Tout n’a pas été perdu, car Lapérouse confiait ses documents et objets d’études récoltés sur place aux navires français, et même anglais, qu’il rencontrait au cours de ses escales. L’engouement populaire pour son voyage est tel que le gouvernement révolutionnaire de 1791 envoie l’amiral Bruni d’Entrecastreaux et l’hydrographe Beautemps-Beaupré à la tête d’une expédition pour le retrouver. Ils aperçoivent au loin une île, qu’ils baptisent « la Recherche », en fait Vanikoro où se trouvaient encore des survivants dont le camp sera découvert… en 1999!
Le musée de la Marine rend hommage à Lapérouse par une exposition sur 1 000 m2, qui se veut une synthèse de son expédition et de celles entreprises pour tenter d’éclaircir le mystère de sa disparition. L’exposition suggère plus qu’elle n’explique.
La première partie traite du voyage de Lapérouse: la décision à Versailles, la préparation, les escales, notamment à Ténériffe où l’astronome Monge débarque pour des raisons de santé, au Brésil, au Chili, à Hawaii où a été massacré l’explorateur anglais Cook que Lapérouse admirait beaucoup, en Alaska, en Californie, à Macao, aux Philippines, en mer du Japon, au Kamtchatka, aux Samoa où est tué le commandant de l’Astrolabe Fleuriot de Langle, en Australie et en Nouvelle-Calédonie. Le naufrage est évoqué de façon particulièrement réaliste par un petit film de 5 minutes. Parmi les objets exposés, figurent notamment les instructions annotées de la main de Louis XVI et des cartes originales de l’expédition prêtées par les Archives nationales, des armes, des instruments de navigation de l’époque, de la vaisselle, des ancres, de l’argenterie et des pièces de monnaie retrouvées sous la mer et à terre ainsi que des dessins et animaux empaillés.
La deuxième partie traite du « mythe » de Lapérouse qui dure jusqu’à aujourd’hui: publication du récit de son voyage en 1797, ouvrages littéraires au XIXe siècle (Jules Verne) et expéditions de d’Entrecastreaux, de l’Irlandais Dillon qui localise le lieu du naufrage (1827), de Dumont d’Urville qui trouve une des épaves (1828), d’Haroun Tazief (1960) et de la Marine nationale (1964) ainsi que les six campagnes de fouilles archéologiques de l’Association privée Salomon (1981-2005). En final, apparaît « l’inconnu de Vanikoro », la tête d’un homme d’une trentaine d’années reconstituée à partir du crâne d’un squelette (en vitrine) retrouvé sur l’île.
Une nouvelle expédition de recherche est entreprise cette année du 28 avril au 9 juin par cette association, créée en Nouvelle-Calédonie précisément pour lever le « mystère Lapérouse ». Cette fois-ci, elle met œuvre un monocoque et deux catamarans à voiles et bénéfice de l’aide de l’État dans le cadre d’une mission interministérielle: Affaires étrangères, Culture et Communications (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), Recherche (Institut de recherche pour le développement) et Défense. Ainsi, la Marine nationale envoie à Vanikoro le patrouilleur La-Glorieuse, le bâtiment de transport léger Jacques-Cartier et une équipe de plongeurs démineurs pour les travaux lourds de fouilles sous-marines. En tout, quelque 120 personnes travailleront sur le site pendant 43 jours.
D’autre part, la France exerce le droit du pavillon sur les épaves et leurs contenus. Déjà, quelque 2 000 pièces ont été rapatriées. Pour les objets trouvés à terre où le droit du sol s’applique, les négociations se poursuivent avec les autorités des Îles Salomon en vue de les récupérer aussi.
Le mystère Lapérouse, enquête dans le Pacifique Sud
Paris, jusqu’au 20 octobre
Musée national de la Marine
Tél: 01 53 65 69 69
Fax: 01 53 65 69 65