Un peu d’histoire
Une légende veut que l’origine du 8 mars remonte à une manifestation d’ouvrières américaines du textile en 1857, événement qui n’a en réalité jamais eu lieu. Il s’agit surement d’un clin d’œil de féministes américaines qui, dans les années 1950, veulent à la fois intégrer cette journée dans le contexte états-unien et rendre un hommage à Clara Zetkin, 1857 étant sa date de naissance. L’origine de cette journée s’ancre bel et bien dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes réclamant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité entre les hommes et les femmes, qui agitèrent l’Europe, au début du xxe siècle. La Journée internationale des femmes est reconnue officiellement par les Nations unies en 1977, et en France en 1982.
Femme libre, toujours tu chériras la mer
Reprenant le titre du poème de Victor Hugo, Jean-Luc Garnier, journaliste, et Catherine Chabaud, skipper, ont dédié un livre aux femmes marins. Ils reprennent en images un siècle de navigation conjuguée au féminin. Les auteurs racontent l’histoire de ces pionnières de la mer. Elles ont pris la barre au début du XXe siècle pour devenir des professionnelles de la course au large. Elles furent aventurières pendant les années 1970 en surfant sur la vague hippie. Elles ont conquis leurs galons à l’image d’Ellen Mc Arthur. Aujourd’hui, elles sont présentes dans de nombreux métiers de la mer, depuis le tri des poissons, quand il est débarqué des navires de pêche, jusqu’à la barre des navires les plus gigantesques. Cet ouvrage démontre que la liberté de la mer n’est plus seulement l’apanage des hommes…
Femmes pirates
Traditionnellement, les navires de pirates étaient entassés d’hommes. L’Histoire démontre toutefois, qu’un certain nombre de femmes se joignaient au pillage. Mary Read, une aventurière anglaise, se déguisa en homme pour vivre du métier de soldat et de matelot. Capturée par des pirates alors qu’elle était en route pour les Indes occidentales, elle intégra la bande et se gagna une réputation de combattante habile. Selon le compte rendu de sa vie de pirate, écrit par le capitaine Charles Johnson en 1728: « Aucune autre personne parmi eux n’était plus résolue, ni si prête à monter à bord ou entreprendre tout ce qui était hasardeux. » Anne Bonny, née en Irlande et « de tempérament féroce et courageux », faisait, elle aussi partie de l’équipage. Après avoir vécu aux Bahamas, elle quitta son mari pour l’amour du capitaine pirate Calico Jack Rackham. Bonny s’habilla en homme et intégra la bande de Rackham. Ensemble, ils attaquèrent et pillèrent de nombreux vaisseaux qui faisaient route entre la Jamaïque et l’Angleterre. Après sa capture et son jugement par les autorités britanniques en 1720, Rackham fut pendu haut et court. Aux deux femmes enceintes on épargna ce sort. Mary Read mourut de maladie pendant son emprisonnement. Le sort d’Anne Bonny demeure inconnu.
Fascinée par la valse des conteneurs
Mariée et mère de trois enfants, Marie-Anne Bacot a été nommée en avril 2003 directrice générale du port autonome de Paris. Elle doit à une enfance et une adolescence passées au Chili, puis en Tunisie et à un séjour au Népal, une ouverture d’esprit, une curiosité, un sens de l’adaptation à des contextes différents. Étudiante, elle rencontre les préjugés masculins. Sa promotion de HEC est l’avant-dernière promotion féminine. Un projet de fusion avec l’ESCP échoue devant l’alerte donnée par les anciens de cette école qui craignent qu’une fusion avec une école féminine en fasse une école de second rang! À sa sortie de HEC, elle se heurte à chaque entretien d’embauche à la question: « Avez-vous l’intention d’avoir des enfants? »
Ainsi prévenue des obstacles mis sur la carrière des femmes dans le privé, elle découvre que l’ENA est mixte depuis sa fondation, passe le concours et à la sortie opte pour la fonction publique.
Au ministère de l’Environnement, à la direction de la protection de la nature, au service des espaces naturels, elle y rédige la première note sur la notion d’ingénierie de l’écologie.
Marie-Anne Bacot voit ensuite dans sa nomination à la direction du port des Paris l’occasion de réaliser une synthèse entre l’aménagement du territoire, la protection de la nature territorialisée, la vie économique et ce qu’on appelle désormais le développement durable.
Une part de son action consiste alors à ce qu’un port inséré en dans le tissu urbain comme celui de Paris se fasse accepter des habitants par sa qualité visuelle et sa dimension environnementale, complémentaire de sa dimension économique.
Étudiante à HEC, Marie-Anne Bacot était déjà fascinée par les ports: n’avait-elle pas réalisé une étude sur l’avenir du conteneur lors d’un stage à la Compagnie des chargeurs réunis? Visitant plusieurs ports français, elle avait été fascinée par le suivi des conteneurs, ce réseau déployé sur l’ensemble de la planète. Et si Marie-Anne Bacot estime que l’évolution dans un milieu professionnel d’hommes « continue de ne pas être totalement fluide », pour une femme, cela ne l’empêche pas de dormir! Il n’est pas inutile, cependant, estime-t-elle « de maintenir une certaine attention à ce sujet! »
Patrick de Sagazan
Une rencontre avec la mer
En juillet 2005, Caroline Lallement, 29 ans, a effectué son premier remplacement de commandant sur un ferry de SeaFrance. Fin 2006, elle était titulaire. Cette diplômée de l’École nationale de la marine marchande (ENMM) du Havre a réalisé tout son parcours chez Sea-France, depuis son temps d’élève en seconde année et son embauche en 2001 comme troisième mécanicien.
Elle n’est pas la première à prendre un commandement très jeune dans la compagnie. Mais il y a là de la singularité. Dans la vocation d’abord, une enfance loin de la mer pour cette mosellane. C’est l’occasion d’une colonie de vacances maritime en Corse qui a éveillé son intérêt pour la navigation. Derechef l’année suivante en Cornouaille anglaise, par un temps pourtant dissuasif, la mer la prend. À l’âge des choix, elle veut naviguer, mais aussi réaliser ses ambitions intellectuelles. Elle regarde la Marine nationale, mais choisit l’ENMM à Sainte-Adresse. Mais pourquoi pas un tour du monde? « J’avais postulé pour des stages au long cours. De nombreux courriers et autant de coups de fil, pour m’entendre dire, à l’époque, qu’il n’y avait pas de poste disponible, ou parfois qu’on préférait ne pas recruter de femme. Je suis convaincue que j’aurais aimé le long cours, mais pas trop longtemps ». « Le rythme des embarquements, déjà un peu perturbant au ferry, l’est encore bien davantage au long cours », ajoute-t-elle.
Elle se dit professionnellement « satisfaite ». « C’était l’inconnu. J’ai eu beaucoup de chance que cela me plaise. » Mais le stress des manœuvres incessantes, de la responsabilité des passagers, du commandement dans le coup de vent? « Les hommes du bord ne m’ont jamais discutée en tant que femme, à de rares exceptions près. Cela a été dur au début. J’ai avancé progressivement. Il y a des moments tendus. Mais réussir à mener les choses comme je le souhaite, c’est une joie particulière. » Marraine – déjà! – de la promotion Vauban de l’école qui l’a formée, elle conseille aux jeunes filles de 17 à 18 ans de ne « surtout pas faire ce métier sans vocation. Mais les débouchés en mer ou à terre sont convaincants ».
Alain Simoneau
« Diriger un port, un métier passionnant »
Depuis bientôt quatre ans, le port autonome de Rouen est dirigé par une femme, Martine Bonny, la première en France à diriger un grand port autonome maritime. Avant de prendre ses fonctions, Martine Bonny a suivi un cursus extrêmement riche au sein des administrations centrales du ministère de l’Équipement et des Transports, avec un détour de quatre ans au ministère de l’Économie, des Finances et du Budget. Au nombre des multiples tâches auxquelles elle a participé, figurent parmi d’autres, la coordination du dossier de réalisation du port de La Possession (Réunion), la gestion des services logistiques du ministère de l’Équipement (500 personnes), la préparation et l’exécution du budget du ministère de l’Équipement et des Transports, etc. Nommée directrice adjointe à la Direction des ports et de la navigation maritimes, Martine Bonny a collaboré notamment à l’instruction des grands projets d’infrastructures portuaires, en particulier celui de Port 2000.
Sa nomination à la direction générale du port de Rouen lui ouvre de nouveaux horizons. « Diriger un port est un métier passionnant », explique-t-elle. Il présente de multiples facettes (dragages, entretien, réparation, outillage, sûreté, investissement, relations humaines, etc.) et de nombreux partenaires ou interlocuteurs (entreprises, professions portuaires, collectivités). Martine Bonny veut avant tout un port ouvert: « Je veux faire en sorte que le port renforce le dialogue avec les collectivités locales et les acteurs économiques et qu’à l’intérieur, nous ayons des objectifs partagés. Il faut que tous les partenaires se retrouvent sur ces objectifs. Le port autonome a un rôle d’animateur et doit faire progresser l’ensemble. » Très attentive au dialogue social dans l’entreprise, elle s’implique fortement dans le développement économique de l’ensemble portuaire rouennais avec le souci du respect de l’environnement.
Jean-Claude Cornier
Première… et seule grutière de France
Les différents métiers de la manutention portuaire n’ont jamais eu la réputation d’être très paritaires entre hommes et femmes. Le port de Rouen a innové en la matière puisqu’il compte dans ses effectifs la première… et toujours seule grutière de France.
Marie-Laure Moulin (30 ans) a en effet poussé la porte du port il y a un peu plus d’un an. Après cinq années dans l’Armée de Terre où elle embarque régulièrement dans les hélicoptères de haute montagne, elle devient ambulancière, poste qu’elle occupe pendant un peu plus de quatre ans. « Après quelques mois de recherche d’emploi, j’ai postulé au port autonome qui recherchait des mécaniciens conducteurs d’engins et ma candidature a été retenue », explique-t-elle. Marie-Laure dispose d’entrée de jeu de nombreux atouts pour ce métier: elle est titulaire d’un bac pro, d’un permis poids lourd, de la pratique des tramsissions… et n’est pas sujette au vertige! Embauchée en octobre 2006, elle se familiarise pendant quelques mois avec tous les engins de manutention présents au port de Rouen, les grues « traditionnelles » d’abord, les grues mobiles et pour finir, les portiques. « On apprend le métier en compagnonnage. Mes collègues m’ont beaucoup aidé par leur gentillesse et leur disponibilité. » Après avoir appris à piloter les portiques Liebherr, elle s’est formée aux portiques Kalmar et Ansaldo. Aujourd’hui, Marie-Laure Moulin conduit indifféremment tous les engins. Depuis sa cabine à 34 m de hauteur, elle déplace des conteneurs chargés jusqu’à 30 t. « Il faut avoir les yeux partout. La vigilance est de tous les instants. Le plus difficile est de travailler avec de la lumière artificielle: on n’a pas du tout la même vision que celle de jour. » Un an après son arrivée, elle affiche plus de sérénité, d’aisance dans son travail de tous les jours. « Je n’ai que du positif depuis que je suis entrée… », conclut-elle.
Jean-Claude Cornier
Une aventure qui va la mener loin
Entrée à la BAI en 1973 comme comptable, Martine Jourdren fait aujourd’hui partie des trois membres du directoire de la compagnie où, en tant que directrice générale, elle est plus particulièrement en charge de la direction administration et financière. « J’avais 21 ans. J’étais prof’ d’économie et de comptabilité à Nancy et je voulais renter au pays, rappelle-t-elle, apprenant qu’une société était en cours de création, j’ai postulé contre l’avis de mes parents et suis partie en cachette au siège de l’armement où j’ai été embauchée comme chef comptable. » Le tout début d’une aventure qui va la mener très loin.
De chef comptable, Martine Jourdren a pris du galon, elle devient directrice financière avant d’être nommée directrice générale-adjointe. « À mes débuts, j’ai ressenti un certain machisme, avoue-t-elle. Plutôt retranchée sur les dossiers ardus, il m’a fallu attendre les dix dernières années pour ne plus ressentir ce problème de différence. Aujourd’hui, quand je prends position, je suis écoutée. Les navigants apprécient ma rigueur et mon professionnalisme les rassure. » Il arrive que sa présence à une réunion ou son aval concernant un projet soit suffisants pour faire passer des mesures. « En tant que femme je me suis épanouie à l’armement et je pense que les femmes ont leurs chances chez nous. Je m’y emploie en tout cas. Elles doivent bien sûr se battre, mais, si elles tiennent bon, elles sont reconnues. Nous avons des femmes chefs de service et une membre du comité de direction. »
Pour l’anecdote, Martine Jourdren aime à raconter la petite histoire suivante: « Une nuit, alors que j’étais le cadre de garde, comme le prévoit le code ISN, le commandant d’un ferry appelle. Entendant une voix de femme, il raccroche aussi sec. Au bout de quelques appels, je réussis à me présenter. M’expliquant ses problèmes techniques rencontrés, et qu’il me fallait noter avec précision, il a finalement préféré appeler un homme de la compagnie. J’en ris encore… »
A.L.D.
Le portuaire dans le sang
Dans les milieux portuaire et maritime, chacun connaît Françoise Martinez. À la tête de la société Le Tréport Shipping Stevedoring (LTS), elle est la seule femme chef d’entreprise du secteur en France.
Tréportaise de naissance, Françoise Martinez est profondément attachée à son outil de travail qu’est le port de commerce de Le Tréport. Elle a mené ses études dans la région qui lui ont permis de décrocher son baccalauréat à 17 ans. Peu après, elle obtient son premier poste… dans une entreprise de manutention et de consignation locale. « Ce milieu, je suis tombée dedans dès 17 ans et demi », explique-t-elle. Alors même qu’elle assure son emploi, elle poursuit parallèlement des études pour obtenir une licence en droit.
« En 2000, j’ai créé ma propre entreprise, Le Tréport Shipping Stevedoring. » Deux ans plus tard, elle attire l’attention de toute la profession de la manutention en étant pionnière de la deuxième réforme portuaire engagée récemment: LTS fait l’acquisition d’une grue de manutention hydraulique performante et polyvalente et engage un grutier. « Aujourd’hui, tout fonctionne parfaitement et on travaille en harmonie entre privé et public. » LTS compte actuellement quatorze employés (dont cinq dockers mensualisés au sein d’une autre entité) et trois dans une filiale commissionnaire de transport et transporteur. De plus, LTS fait appel à trois dockers en CDD à usage constant en cas de surcroît d’activité, soit une vingtaine de personnes à son actif. Françoise Martinez est également depuis peu vice-présidente de l’Unim (Union nationale des industries de la manutention dans les ports français) où elle représente les ports non autonomes. Elle a eu l’honneur d’accueillir au Tréport l’assemblée générale de l’Unim en juin dernier, une réunion qui se tenait le jour même où elle devenait centenaire!
Jean-Claude Cornier
« À bord je ne suis plus une femme, mais un marin »
À peine vingt ans et déjà plusieurs embarquements derrière elle. Claire Cérède a embrassé la carrière de chef mécanicien depuis trois ans. À l’origine, rien ne la disposait à embarquer. C’est pendant les vacances d’été qu’elle découvre les métiers de la mer, lors d’un embarquement à bord du Bélem. « En discutant avec l’équipage, j’ai appris à découvrir la palette des métiers de la marine marchande. Ils m’ont expliqué les conditions de travail, le rythme et la diversité des métiers », se rappelle-t-elle. L’élément qui l’a fait chavirer pour ce secteur fut le mode de vie. « Embarquer deux mois pour avoir deux mois de congés ensuite correspondait à mon rythme. La décision était prise. » Ensuite Claire Cérède suit le cursus normal. Après son bac, une année de préparation au concours, elle entre à l’hydro de Saint-Malo. La jeune femme n’est pas seule. « Nous étions cinq filles dans l’école dont deux dans la même classe. » Être en minorité ne lui pose pas de problème. « Le métier de marin est toujours exercé majoritairement par les hommes. Ce n’est pas parce qu’il y a peu de femmes que nous devons rester en dehors. » Et comme si elle avait voulu aller plus loin, elle fait le choix d’opter pour une formation de chef mécanicien. Au sortir de l’école, elle embarque avec le groupe Bourbon puis depuis juin, avec Louis Dreyfus Armateurs. « À bord, je ne suis plus une femme mais un marin. Je suis troisième mécanicien, je ne me considère pas comme une femme », explique Claire Cérède. À bord, la vie se déroule normalement. Elle a eu à se confronter à des supérieurs bien différents. « Depuis les quelques années que je navigue, être une fille n’a jamais été un problème. » Elle tempère ses propos en reconnaissant qu’une fois elle a été confrontée à un supérieur, plus « macho » que les autres. Globalement, elle reconnaît avoir toujours été bien accueillie par l’équipage. « J’ai peu ressenti d’animosité de la part des autres membres de l’équipage. J’ai même eu des échos positifs sur mon travail, c’est encourageant. » Sur les navires de LDA, l’équipage est composé d’une cinquantaine de marins dont quelque 40 % sont français. Elle est souvent la seule femme. Cette situation ne la dérange pas. Au début, reconnaît-elle, l’équipage a tendance à se retenir un peu face à elle. Rapidement les choses se décantent. « L’équipage s’aperçoit que nous sommes sur la même longueur d’onde. Nous formons une équipe. L’embarquement se déroule sous les meilleurs auspices. » En mer, pas de galanterie, Claire veut être reconnue comme un marin. « C’est un métier dont le nom n’a pas de féminin, mais il n’empêche qu’il peut être réalisé par des femmes. » Le rythme de travail colle bien avec sa vie actuelle mais Claire Cérède pense à l’avenir et notamment à son désir d’être mère. « Je ne conçois pas de naviguer avec un enfant en bas âge ou alors dans d’autres conditions et à un autre rythme. Alors, je regarde ce qui se passe à terre. »
H.D.