En 1985, la communauté portuaire marseillaise portait sur les fonts baptismaux Marseille Gyptis International (MGI). La fondation de Phocée à partir de la rencontre amoureuse de l’autochtone Gyptis et du grec Protis n’a pas dû être plus mouvementé. En informatique, le couple fut longtemps explosif. Les cris du transitaire de base qui tempêtait contre l’ancestral PC d’IBM venant de le lâcher en plein connaissement délivré par le logiciel Protis, hantent encore les mémoires.
Vingt et quelques années plus tard, AP+ règne sur la paix des ménages portuaires. À Marseille, les 230 établissements abonnés, privés comme publics, au système sont des utilisateurs satisfaits et impliqués. Se souviennent-ils d’ailleurs qu’il existait une vie avant l’ordinateur? Les six serveurs qui font tourner la plate-forme locale enregistrent une moyenne quotidienne de 900 connexions simultanées, de 900 000 messages par mois échangés et de 85 appels par jour traités par le service assistance.
Une stratégie euroméditerranéenne
En même temps, l’ambition s’est élargie chez MGI. On n’entend pas s’installer dans le succès, vivre de la rente de situation, c’est-à-dire la gestion des redevances de licences que le Marseillais partage avec le Havrais Soget. Certes, la commercialisation d’AP+ est entrain de s’étendre. Certes, séduites, les douanes collaborent de près au développement du système. Mais du côté des Docks où siège MGI, on voit déjà plus loin. L’Europe bien sûr. La société marseillaise est déjà expert fonctionnel à Anvers à travers Seagha. Comme elle l’est pour Ax-way et Orange dans le développement d’« e-commex ». Sans compter les allers-retours réguliers sur Bruxelles. Mais c’est surtout la Méditerranée avec le projet de plate-forme de communication portuaire « Mare Nostrum » dans lequel la société est embarquée.
Les contours de ce bassin d’échanges informatisés ont commencé à se dessiner depuis l’année dernière à travers des partenariats. En Tunisie avec la société TradeNet, en Algérie avec Marine Soft et AMS et au Maroc avec le Conseil de commerce extérieur. Le projet est de normaliser les échanges de l’espace portuaire méditerranéen, tant du point de vue commercial que sécuritaire.
Pratiquement coulée, la brique « Mare Nostrum » a évidemment attiré l’attention des bâtisseurs du projet présidentiel d’Union méditerranéenne. «Le système a séduit les services de Christine Lagarde », confie François Mahé des Portes, le président de MGI, après plusieurs rendez-vous à Bercy. Et pour cause, la gestion informatique de la logistique est présentée comme un levier du commerce extérieur: « Pour développer AP+, il a fallu réaliser l’analyse conceptuelle de la chaîne logistique portuaire. Or, la logistique en France est deux fois moins rapide que dans d’autres pays européens. » C’est à partir de ce constat que MGI pense être en mesure de relever le défi. « Ce qui arrive dans les ports, c’est le résultat. Il faut qu’en amont tout soit bien étudié pour parvenir à un processus global optimisé. Autrement dit, nous visons la supply chain globale. »
Vers une prise de conscience de la communauté logistique
L’objectif n’est pas simplement de développer une version universelle ou multimodale. « Nous avons appris avec AP+ et précédemment avec Protis, que notre principal travail était de créer le client, de susciter la prise de conscience d’une communauté et l’intérêt de chacun de ses membres, qu’il soit privé ou public. Ceux qui pensent AP+ comme un système fermé font un contresens. C’est au contraire, une extraordinaire plate-forme de gestion mutualisée. Un langage à partir duquel on peut échanger, mais aussi un espace de facilitation et de maîtrise des règles et des processus à partir duquel se crée de la valeur ajoutée. » Cette communauté enrichit par ses individualités, François Mahé des Portes en voit l’exemple dans les incessantes améliorations, tous les deux mois, apportées par la demande des utilisateurs. « Le système s’enrichit, car AP+ peut faire gagner plus », affirme celui qui se définit désormais comme un « infologisticien ».
Logistique, logisticien. Le terme revient de plus en plus dans la présentation de MGI. Dans sa dernière campagne de communication, dans ses vœux pour la nouvelle année qui célébraient « le mariage entre l’informatique et la logistique ». C’est ainsi que l’ex-SSII (société de services en ingénierie informatique) prétend aujourd’hui au titre de logisticien à part entière. « Il vaut mieux faire partie de la solution, la logistique, que du problème, l’informatique », s’amuse son président. Première petite conséquence, MGI à la faveur d’une réactualisation vient de changer de code APE. D’éditeur de logiciels, son activité est maintenant répertoriée en « conseil en logistique et systèmes d’information ». Plus qu’un code, une ambition déclarée.