Après une semaine de grève, la situation restait totalement bloquée le 5 mars. La quasi-totalité des 160 officiers, y compris une bonne part des commandants, suivaient le mouvement. La veille au soir lors d’un journal télévisé de FR3, le président du directoire de SeaFrance, Eudes Riblier, avait affirmé qu’il était « illusoire de penser qu’il est possible d’accorder 20 % d’augmentation à une catégorie du personnel sans devoir l’accorder aux autres ». Or c’est justement le cœur du problème. Les officiers de SeaFrance veulent désormais peser dans la balance, être écoutés, bénéficier de négociations séparées. L’intersyndicale CGC-CGT a déposé un préavis de grève de 24 heures reconductibles mardi 26 février sur deux revendications majeures: une augmentation de salaire de 5 % par an trois années de suite, et une série de mesures portant sur les conditions d’armement, « le respect des conventions », commente Aymeric Dubernet, délégué central CGC, second capitaine. Ce second point comprend notamment la possibilité d’embarquer trois jours de suite sur les navires à cinq voyages, la suppression de la « clause de proximité », qui oblige les officiers à habiter dans un rayon de 200 km autour de Calais, et une prise de repos suffisante entre les embarquements.
Toutes ces revendications sont liées. « Le mouvement vient de la base, en particulier des jeunes lieutenants », assure Jacques Brouyer, délégué central UGICT CGT et représentant du personnel. « Nous avons eu pas mal d’ennuis techniques ces dernières semaines. Les officiers ont été très souvent rappelés, ils ont vécu des plannings désordonnés, ils ne parviennent pas à vivre une vie de famille. » Ces revendications remettent en cause en partie l’accord d’armement à six navires difficilement acquis fin 2007. Il a été prolongé « sans vraies négociations », affirme Aymeric Dubernet. Cet accord de productivité a donné d’excellents résultats commerciaux et économiques. Il est l’œuvre avant tout du directoire de SeaFrance et de la CFDT. Le manque à gagner est estimé, selon la compagnie, entre 300 000 € et 350 000 € par jour, et menace des années d’efforts commerciaux.