Mercredi 16 mai, lors de cette dernière audience de témoignages, le courtier Joël Boutrolle a témoigné pour le compte de Total; l’amiral Mérer et le commandant Claden, pour Jean-Loup Velut; et l’amiral Gheerbrant, pour le ministère public.
Joël Boutrolle est responsable du département des affrètements de la société de courtage Barry Rogliano Sales. Il a réfuté la "rumeur" selon laquelle les navires affrétés au voyage seraient moins sûrs que les affrètements à temps ou coque nue et la légende noire qui concerne les navires âgés. L’année 1999 était une année particulièrement déprimée pour les pétroliers, a-t-il souligné, il y avait peu de pétroliers neufs sur le marché et l’affrètement de l’un deux par Total "ne lui aurait pas coûté plus cher", a-t-il affirmé.
Il a rappelé les rôles respectifs des sociétés de classification, des courtiers et des affréteurs: "L’affréteur n’a pas à contrôler les tôles, c’est le rôle de la société de classification et le courtier n’a pas à contrôler la validité des certificats." À une question de Me Axel Engelsen, avocat du Rina qui lui demande ce qu’il connaît du dossier Erika, la réponse fuse: "J’ai entendu dire que l’Erika avait eu des problèmes structurels: c’est du ressort de la société de classification. Ca veut dire que la classe n’a pas fait son boulot!"
Préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord de 2000 à 2001 et de l’Atlantique de 2004 à 2006, l’amiral Laurent Mérer a déclaré qu’il avait examiné le cas de l’Erika en prenant ses fonctions, 10 mois après son naufrage, et qu’il aurait pris les mêmes décisions que celles retenues à l’époque par le Centre des opérations maritimes (COM). Au procureur, il a répondu que le choix de Donges lui paraissait préférable à celui de Brest, ce que confirmera par la suite le commandant de l’Abeille-Flandre.
"Je suis le seul qui était en mer au moment du naufrage", a répondu le commandant Claden, à Me Engelsen qui contestait ses données météo.
Responsable de 338 opérations de sauvetage au cours de sa carrière, il a répondu au procureur qui lui demandait s’il n’aurait pas entendu des plaintes qui laisseraient penser que les autorités maritimes n’avaient pas été très diligentes, il a répondu: "J’estime qu’elles ont toujours fait preuve de professionnalisme!"
Lorsque le CROSS Etel a reçu le premier appel de détresse de l’Erika à 14 h 08 le 11 décembre, s’il avait été sollicité par le COM pour porter secours à l’Erika, aurait-il pu assurer son sauvetage? À cette question, il répond que, partant d’Ouessant, il n’aurait rejoint le navire qu’à 8 ou 9 heures du matin. "Nous n’aurions pu que l’escorter, puisqu’il disposait encore de son moteur! Ca n’aurait eu aucun intérêt de le remorquer!"
Successeur de l’amiral Naquet Radiguet, préfet maritime de l’Atlantique lorsque l’Erika a sombré, l’amiral Jacques Gheerbrant a déclaré n’avoir pas changé la procédure trouvée à son arrivée à Brest, car "elle fonctionnait". Il n’aurait pas non plus déclenché un survol de reconnaissance du pétrolier après l’annulation du premier message de détresse. "Un vol nocturne n’avait aucun intérêt pour l’observation des fissures, a-t-il souligné, seules des fuites massives de fuel étaient visibles à l’infrarouge!"