Le bilan 2006 de l’activité des pilotes maritimes en France est mi-figue mi-raisin. Le côté positif de l’année se retrouve dans la croissance du chiffre d’affaires réalisé par les stations avec 99,1 M€ (+ 4,6 %). Autre élément positif, le nombre de mouvements réalisés (entrées et sorties) est en augmentation de 1 % à 84 110 opérations. L’aspect moins réjouissant porte sur les effectifs. Avec 339 personnes réparties dans 32 stations, ces effectifs s’amenuisent régulièrement – notamment en métropole. Jacques Sauban, président de la Fédération française de pilotes nuance ce constat. "La baisse des effectifs s’accompagne d’une augmentation de la productivité de nos équipes." En y regardant de plus près, on constate que la taille des navires a considérablement augmenté. En 2006, le volume moyen d’un navire en France atteignait 36 067 m3, soit 2,7 % de plus que l’année d’avant, elle aussi en hausse de 2,8 % par rapport à 2004. "Au global, en deux ans, le volume moyen des navires a grossi de plus de 5 % tandis que nos effectifs diminuaient. Au final, notre productivité a donc gagné environ 1,7 point."
Les premiers mois de 2007 ne sont pas encourageants. Les mouvements sociaux récents à Fos devraient avoir un effet néfaste sur les chiffres du pilotage. "Ce mouvement touche d’abord la station de Marseille-Fos: des navires ont été détournés vers d’autres ports méditerranéens ou d’Europe du Nord. Mais ce mouvement marque de son empreinte l’ensemble des établissements français; tous les ports en subiront les préjudices", a expliqué Jacques Sauban. Et comme il reconnaît que les deux ports du Havre et de Marseille rassemblent à eux seuls plus de 50 % du trafic des stations de pilotage de la métropole, le préjudice pourrait encore être plus important que prévu.
GARDER SON PARTICULARISME
Parallèlement à ces prévisions, les pilotes se soucient des caps pris en matière de politique portuaire. "L’application de la loi de décentralisation portuaire soulève un certain nombre de questions dans notre profession", a souligné le président de la Fédération qui reconnaît que pour l’instant ce texte a peu d’impact sur la profession. Avec cette décentralisation, les pilotes s’interrogent sur le suivi des investissements prévus. Les premières réunions avec les nouvelles autorités concédantes leur sont apparues plutôt encourageantes. "Nous avons eu des réponses satisfaisantes. Nous sommes confiants et optimistes." L’autre interrogation porte sur les missions régaliennes et commerciales dévolues aux capitaineries. Si les opérations de sûreté et de sécurité demeurent entre les mains de l’État, les opérations de police portuaire pourraient être partiellement déléguées à l’administration du port. "Dans ce contexte, le rôle des Affaires maritimes peut se voir modifier.
N’assisterons-nous pas à un système de pilotage à double vitesse entre les ports autonomes et les ports décentralisés?" Si les premiers éléments de réponse de la part des différentes collectivités territoriales en charge des ports s’avèrent plutôt encourageants, la Fédération française des pilotes insiste sur son particularisme. "Le système d’un opérateur unique par port doit être maintenu." Un sentiment que la profession veut défendre devant les candidats à l’élection présidentielle.
NON À LA LIBÉRALISATION DES SERVICES
Poids de l’actualité en France, mais aussi en Europe. Les pilotes français, avec leurs homologues européens ont fait valoir leur position auprès de Jacques Barrot, commissaire européen en charge du transport, lors de la "radiographie" qu’il réalise en vue de l’établissement de la politique portuaire européenne. "Nos instances européennes, l’Empa (European maritime pilot association), ont rappelé le rôle primordial que nous jouons dans les ports. Nous avons démontré les efforts de productivité et d’investissement réalisés au cours des dernières années pour nous adapter aux exigences des usagers du port. Nous sommes à un tournant", a expliqué Jacques Sauban. Il refuse les demandes avancées par les chargeurs qui, parfois, souhaiteraient que les services de pilotage soient aussi libéralisés. La profession a fait valoir devant le commissaire européen le caractère unique de ce métier. Dans chaque État membre, les pilotes se voient confier une mission d’intérêt général de sécurité de la navigation, et ce, dans un cadre réglementé. "Cette mission, organisée par les États, justifie que ce service soit confié à un opérateur unique et conserve son caractère obligatoire."
Le dossier des simulateurs est bouclé
Le dossier sur l’implantation des simulateurs en France a posé parfois des problèmes. Quel port devait en hériter, qui pouvait y accéder et dans quelles conditions? Autant de questions qui ont trouvé en 2007 des réponses. Après le simulateur havrais, ce sont les Nantais qui accueilleront prochainement celui de la Côte atlantique. La signature entre les différents intervenants s’est faite et il devrait être opérationnel en 2008. Quant à Dunkerque, la réflexion est de nouveau engagée pour que les pilotes disposent de leur propre système de simulation. Pour la façade méditerranéenne, Marseille serait le siège de cet outil de formation. Chaque simulateur coûte environ 1 M€, qui serait financé par chaque place portuaire. Ce coût intègre l’aménagement du local, les logiciels et le matériel informatique. Il comprend aussi la numérisation des sites concernés.