Lors de l’audience du lundi 2 avril, quatre personnes ont été entendues: Martine Rémond-Gouilloud, professeur de droit et expert en droit maritime, le commandant de gendarmerie Florian Ecale et les inspecteurs de vetting de Total: Jean-Alix Grandpierre et Pierre Trajin.
Martine Rémond-Gouilloud a exposé que la mission qui lui avait été confiée et qu’elle a remise le 15 novembre 2001 au juge d’instruction consistait à analyser les contrats afin d’identifier les intervenants, leur fonction précise et comment ils les ont exercées.
Selon ses analyses, les trois principaux acteurs étaient les sociétés Tevere, Selmond et Total.
Giuseppe Savarese était en droit propriétaire du navire à travers la société maltaise Tevere mais il en avait confié la gestion technique à Panship et dans la pratique c’est à Antonio Pollara, son directeur, que le cdt Mathur demandait conseil. Selmond, l’affréteur à temps n’était qu’une coquille vide, servant de volet juridique et fiscal. Alessandro Ducci, directeur financier d’Amarship était le personnage clé.
L’analyse faite par Martine Rémond-Gouilloud a tendu à démontrer que Total sortait de son rôle de gestionnaire de la seule cargaison, qui aurait dû rester le sien, dès lors qu’un incident se produisait à bord de l’Erika. Les questions de la défense ont amené Martine Rémond-Gouilloud à pondérer progressivement son interprétation du rôle tenu par Total.
Le commandant Florian Ecale, chargé de conduire le dossier d’instruction sous le contrôle du juge d’instruction Mme de Talençay a réalisé en deux ans 178 auditions. Sa déposition a consisté à raconter par le menu la journée du 11 décembre qui a précédé le naufrage. Celle-ci, a fait observer le président du tribunal, contredit sur plusieurs points les renseignements obtenus en sept semaines d’audiences. Ainsi, lors de la conversation à 15 h 15 entre le Cross Etel et le COM de Brest, l’OSEM aurait indiqué au Cross de conseiller au capitaine de l’Erika de poursuivre sa route vers l’Espagne. Au total cette déposition a peu apporté d’éléments nouveaux.
L’audition de Jean-Alix Grandpierre, à l’époque chef du service vetting de Total et de Pierre Trajin, l’un des inspecteurs chargé du vetting de l’Erika, a permis d’éclairer l’objectif et les limites des visites de vetting. Selon le premier, le vetting permet de s’informer de la qualité et de la sécurité d’un navire, mais il s’agit "d’une inspection visuelle" portant sur "l’aspect cosmétique des ponts, des machines, de la chambre des pompes… l’organisme responsable de la structure du navire c’est la société de classification. Les inspecteurs du vetting sont des officiers de la marine marchande qui n’ont pas la formation nécessaire pour inspecter les citernes à cargaison ou les ballasts".
Au président qui demande à Pierre Trajin ce que signifie sa notation: "À la limite en spot", il répond que "le navire était léger côté chaudière". Il était donc "affrétable au voyage, mais un peu limite".