Les liaisons maritimes Est/Ouest ont longtemps été dominées par la route transatlantique, entre l’Amérique du Nord et l’Europe. L’arrivée massive de produits asiatiques, et surtout l’entrée de la Chine dans l’OMC (Organisation mondiale du commerce), a bouleversé les cartes. Les pays asiatiques, notamment les pays émergents, se taillent aujourd’hui la part du lion dans leurs échanges avec le "vieux continent". Tous modes de transport confondus, l’Asie est le premier partenaire commercial de l’Europe avec un portefeuille de 700 Md€ échangés en 2004. L’Amérique arrive en seconde position avec quelque 500 Md€ échangés la même année. En 2005, les relations commerciales avec l’Amérique du Nord (Canada et États-Unis) représentent 455,56 Md€, soit 16,2 % des échanges de l’Europe avec le reste du monde. Une part qui ne cesse de perdre du terrain puisqu’elle est passée de 18,4 % en 2003 à 17,3 % l’année suivante pour finir à 16,2 % en 2005. Cette courbe descendante s’explique par la faible croissance des échanges de l’Europe avec cette région. À l’échelle mondiale les échanges depuis le "vieux continent" progressent en 2004 et 2005 de, respectivement, 9,7 % et 14 %, ceux avec les États-Unis stagnent à 0,6 % en 2004 et 3 % l’année suivante. Le même scénario se répète avec le Canada dans des proportions quasiment identiques.
Si les deux pays d’Amérique du Nord voient leur part dans les échanges avec l’Europe régresser, il en est de même dans le sens inverse. Le "vieux continent" a perdu de sa superbe au cours des années dans les échanges commerciaux avec cette région. En 2003, le Canada et les États-Unis consacraient 18,3 % de leur commerce, en valeur, avec l’Europe. Ce chiffre descend à 17,8 % l’année suivante pour se situer à 17,3 % en 2005.
Une part de marché en baisse…
À ne prendre que le transport maritime, l’Europe consacre la majeure partie de ses échanges commerciaux avec les États-Unis dans le classement en valeur, avec 156,86 Md€, en 2004 (dernières données disponibles par Eurostat). Les importations perdent 1 % entre 2000 et 2004 à 44,8 Md€. Les exportations pour leur part gagnent 5 % à 111,9 Md€ sur la même période. Ces données paraissent contradictoires avec la croissance des pays asiatiques. La Chine reprend du terrain au pays de l’Oncle Sam avec des taux de croissance à deux chiffres sur cette période.
En terme de tonnage, les relations transatlantiques quittent la tête du classement. Les relations américano-européennes ne se situent qu’en troisième position, derrière la Fédération de Russie et la Norvège. Ces deux pays représentent une importante source d’approvisionnement en hydrocarbures pour l’Europe.
Plus en détail, les trafics conteneurisés entre les deux rives de l’Atlantique Nord démontrent le renversement du centre du commerce mondial vers l’Asie. Au global, en 2006, les États-Unis ont accueilli 27,99 MEVP, selon les chiffres du consultant néerlandais Dynaliners, en hausse de 9,9 %. Les lignes avec l’Asie représentent 67,8 % du trafic conteneurisé des États-Unis avec 18,97 MEVP, contre 4,2 MEVP pour les relations avec l’Europe (Méditerranée inclue). Entre 2003 et 2006, ces dernières enregistrent une progression globale de 13,33 % pour atteindre environ 4,26 MEVP dans les deux sens. Pendant cette période, le taux de croissance de ces trafics a tendance à se tasser. En effet, en 2004, le volume conteneurisé entre les États-Unis et l’Europe augmentait de 5,7 %. En 2006, ce taux ne s’établit qu’à 3,2 %; une progression similaire en eastbound et en westbound. Au final, le déséquilibre des trafics demeure. En 2006, quelque 2,6 MEVP sont partis d’Europe vers les États-Unis pour n’en voir revenir que 1,6 MEVP. Un peu moins de 1 MEVP repartent d’Amérique du Nord vers l’Europe à vide.
mais une route "rentable"
Cette instabilité des trafics a des effets sur les taux de fret. Bien entendu, les boîtes partant d’Europe sont à meilleur prix. Selon l’indice du mensuel Containerisation International, un conteneur entre l’Europe et l’Amérique du Nord se commercialise aux environs de 1 850 $ par EVP. En sens retour, cette même boîte rejoindra le "vieux continent" à un taux légèrement supérieur à 1 000 $ par EVP. À l’inverse des autres routes maritimes Est-Ouest, les taux de fret sur le transatlantique n’ont pas suivi les mêmes effets. Depuis le début de 2003, si la hausse des taux de fret est constante sur cette route, sa progression y est moins importante que sur les autres rotations. Les taux au départ d’Asie vers l’Europe et l’Amérique accusent un repli depuis le troisième trimestre 2005 et semblent difficilement se redresser au cours des derniers mois. Les trafics en Atlantique sont plus constants. Avec un taux de 1 850 $/EVP entre l’Europe et l’Amérique du Nord, cette route s’impose ainsi comme la plus profitable de l’Est-Ouest.