C’est le premier trafic du port du Havre. Depuis longtemps et sans doute pour de longues années encore… À la fin 2006, un peu plus de 60 % du tonnage traité au Havre concernait le pétrole, que ce soit le brut ou les produits raffinés. Un tiers des besoins de la France en pétrole transite par Le Havre. Cette place prépondérante du port haut-normand dans le paysage énergétique ne devrait pas se démentir puisque de nombreux projets sont en cours, que ce soit dans le domaine du gaz, avec le futur terminal méthanier d’Antifer, ou du charbon avec deux nouvelles centrales thermiques à flammes. En attendant, le trafic pétrolier poursuit sa croissance.
Antifer pour répondre à la croissance
L’an dernier, selon les données encore provisoires du Port autonome du Havre, le trafic des produits pétroliers a enregistré une progression globale d’un peu plus de 1,5 %, à 47,5 Mt par rapport à 2005. À elles seules, les importations représentent plus de 85 % du trafic pétrolier. Le seul pétrole brut concentre 84 % des importations, très loin devant les produits pétroliers raffinés, principalement le gazole puisque la France est importatrice de carburant diesel. Du côté exportations (14,5 % du trafic pétrolier), les produits pétroliers arrivent largement en tête avec plus de 87 % des parts, à 6,037 Mt en 2006 (+ 18,6 %). En fait, la France exporte l’essence qu’elle produit en trop par rapport à la demande nationale où le parc automobile est désormais largement dominé par le diesel.
Si le trafic pétrolier progresse légèrement, cela n’a pas toujours été le cas. Et le port du Havre a connu une histoire tumultueuse avec le précieux or noir… À l’image, finalement, de cette relation "je t’aime moi non plus" que le pays a toujours entretenue avec lui. En 1960, un peu plus de 10 Mt de brut étaient importées au Havre. Les années passent, les transports se développent et Le Havre en tire le meilleur profit. Dix ans plus tard, le trafic de pétrole brut s’approche des 45 Mt! Cette expansion rapide fait vite apparaître l’impérieuse nécessité de doter le port de nouvelles installations, capables d’accueillir les navires-citernes de 500 000 t qui naviguent alors. C’est ainsi que naît le port d’Antifer, au nord du Havre. Des mois de travaux pour creuser et construire des digues de plusieurs kilomètres et un appontement gigantesque. Antifer doit permettre d’accompagner le développement… Mais le choc pétrolier de 1973-1974 met un sérieux coup de frein non pas au projet, mais au trafic. De 50 Mt en 1972, les importations de brut étaient passées à plus de 64 Mt l’année suivante, avant de commencer à perdre à compter de 1974: 60 Mt cette année-là, dix de moins l’année suivante, en 1975. Et la baisse sera constante jusqu’en 1988 qui marque le point le plus bas avec 25 Mt de brut importées. Depuis, le trafic progresse régulièrement, mais n’a pas retrouvé son niveau du début des années soixante-dix.
Antifer lancé, le premier navire y fit escale en juin 1976. Et cette année-là, 102 pétroliers y firent escale en seulement six mois d’activités! On en comptait 250 trois ans plus tard, en 1979. Antifer représentait alors plus de 68 % des importations de brut dans l’activité pétrolière globale du port du Havre. Puis, les pétroliers s’y sont faits plus rares… Seulement 39 en 1986. Depuis vingt ans, leur nombre progresse doucement. Jusqu’à 64 en 2006. Soit 41 % des importations de brut dans l’activité pétrolière du Havre.
Au Havre, le trafic de pétrole est dépendant de l’activité des raffineries de l’estuaire de la Seine. Celle de Total notamment, capable de raffiner quelque 16 Mt de brut par an. Fin 2005, la raffinerie de Normandie fut contrainte à l’arrêt pendant plus d’un mois, pour cause de conflit social. Conséquence: une perte de 3 Mt à l’import entre 2004 et 2005, passant de 37 à 34 Mt.
L’avenir du pétrole? le gaz…
Et l’avenir? Selon toutes les études scientifiques, la source pétrole serait tarie dans moins d’un demi-siècle… De quoi susciter de l’inquiétude d’un point de vue portuaire? Pour l’heure, les raffineries de l’estuaire – Total au Havre et ExxonMobil à Port-Jérôme – continuent d’investir à tour de bras. Non pas pour accroître leurs capacités globales, mais pour équilibrer leurs productions. Que ce soit chez Total ou chez ExxonMobil, de très lourds investissements industriels ont été réalisés ces deux dernières années – 750 M€ au total – pour produire plus de gazole que d’essence. En fait, c’est le trafic de produits raffinés (11,4 Mt l’an dernier à l’import et à l’export, 4,6 Mt dix ans auparavant) qui devrait connaître le plus de mouvements. L’objectif des deux raffineurs est en effet de produire davantage de gazole pour répondre à la forte demande intérieure et moins d’essence.
En marge du pétrole, c’est sur le trafic de charbon et du gaz naturel que misent désormais le port autonome et les industriels. Exemple: la CIM (Compagnie industrielle et maritime), exploitant historique des terminaux, vient de s’associer avec le premier opérateur indépendant d’électricité en France, Poweo, dans une co-entreprise baptisée Gaz de Normandie. CIM y est minoritaire, mais il s’agit, pour l’entreprise, de continuer d’être bien positionnée à Antifer, là où doit voir le jour, à l’horizon 2011-2012, un terminal méthanier. Le projet n’est pas encore au stade des enquêtes publiques, mais avec le soutien des pouvoirs publics, il s’agit de diversifier l’approvisionnement énergétique du pays. Sur place, dans le port d’Antifer, un nouvel appontement verra le jour. Il sera dédié aux méthaniers transportant le gaz naturel sous sa forme liquide, à une température de − 163 o. Sur le terre-plein d’Antifer, un stockage et une usine de regazéification devraient permettre de traiter de 8 à 9 Mdm3 de gaz.