Sur un trafic total de 56,65 Mt en 2006, les hydrocarbures ont représenté 13,2 Mt, soit 23,3 % des tonnages. Ils ont représenté jusqu’au tiers du tonnage à la fin des années quatre-vingt-dix. Ce recul relatif ne provient pas que d’une baisse de l’activité pétrolière, mais d’une plus grande diversification des trafics. Si 2005 a été ainsi une année record pour les produits raffinés (7,55 Mt), avec une activité importante de la raffinerie des Flandres de Total (Total RF), 2006 n’est pas la meilleure, aussi bien pour des raisons de marché que pour causes techniques. La capacité théorique du trafic pétrolier et pétrochimique du port de Dunkerque se situe autour de 15 Mt, sans arrêt technique ni incident industriel majeur.
Les importations de Total, SRD et Polimeri Europa – les trois principaux industriels basés à Dunkerque – équivalent à 8 à 9 Mt de brut, de naphta et de résidus atmosphériques (RAT) pour environ 700 navires par an. Le brut vient essentiellement de la mer du Nord; la part de la Russie s’accroît chaque année. Les provenances du naphta et du RAT sont diverses, en fonction du marché. La taille des navires est variable, avec une moyenne à 150 000 t pour le brut, et à 100 000 t pour les autres produits.
En 2006, Total RF a expédié 36 % de ses livraisons par mer, soit 2,43 Mt. La raffinerie nordiste a été désignée par le groupe pour servir la distribution du sud du Royaume-Uni. Plus de 300 caboteurs par an chargent pour la côte du Sussex. Mais en raison de l’excès inévitable de production d’essence, alors que le marché français du gazole est déficitaire, la raffinerie charge aussi des navires importants pour le marché nord-américain. Polimeri Europa, le second client, a reçu 103 navires en 2006 à l’importation, soit 1,125 Mt; il a livré 475 400 t par voie maritime, chargées sur 170 navires.
Les produits pétroliers, avec 1 500 à 2 000 escales par an, restent au total une clientèle fondamentale pour les services portuaires et la consignation de Dunkerque. Si ces usines n’utilisent pas de main d’œuvre docker, elles représentent une valeur ajoutée considérable, emploient 1 100 personnes en direct, au moins autant en emploi induit. Nous n’avons pu disposer d’une évaluation fiable de ce que représentent les droits de port et locations de terrain pour le Port autonome. Il ne fait pas de doute que ces clients représentent une base stratégique et stable pour l’établissement.
Les biocarburants, l’avenir?
Les biocarburants annoncent-ils des tonnages importants pour l’avenir? Il est très difficile de l’évaluer. Diester Industries, avec sa filiale Lesieur, met en place pour la fin de l’année une capacité de production de 200 000 t, en principe liée à la production française d’oléagineux. Total, en partenariat avec le finlandais Neste Oil, veut créer une unité de production de biodiesel de synthèse d’une capacité d’au moins 200 000 t à Dunkerque, mais n’a pas obtenu les volumes de défiscalisation nécessaires. La PME dunkerquoise Daudruy Vancauwenbergue, spécialisée dans le négoce et le raffinage des huiles et corps gras, construit en 2007 une unité d’ester méthylique pour plus de 100 000 t de capacité. Ryssen, filiale de l’allemand Südzucker via Saint-Louis Sucre, monte en puissance en 2007 avec une capacité de production de bioéthanol supérieure à 100 000 t; ce carburant est fabriqué à partir d’alcool brésilien importé par mer. L’ensemble de ces activités générera des mouvements supplémentaires. La très forte hausse des importations d’huiles notée chez Rubis Terminal en 2006 semble en annoncer d’autres.
Les acteurs du trafic d’hydrocarbures à Dunkerque
Total RF (Raffinerie des Flandres), installé au port central, livre tous les grands produits du fioul lourd au carburéacteur en passant par les gazoles et essences aux normes européennes, ainsi que diverses coupes et gaz. Total RF a bénéficié de plus de 80 M€ d’investissements ces deux dernières années pour produire à bas soufre. Sa capacité de charge est de 7 Mt de brut, à laquelle peuvent s’ajouter, selon les conditions de marge, diverses importations de demi-produits (gasoil à retraiter, résidu atmosphérique…). L’usine emploie 350 personnes.
La Société de Raffinage de Dunkerque (SRD), au port Est, est détenue à 50 % par ExxonMobil, à 40 % par Total et à 10 % par BP. Elle reçoit environ 1 Mt de résidus atmosphérique (RAT) d’origines très variées; elle en valorise 30 % sous forme de bases de lubrifiants, 25 % en bitumes, 15 à 20 % en en fuel lourd. SRD peut recevoir du RAT par pipe de Total, mais s’approvisionne – selon le marché – en quasi-totalité par voie maritime. Une partie importante de ses expéditions s’effectue par mer et voie d’eau. SRD emploie 250 personnes environ.
Polimeri Europa, filiale de la branche pétrochimique de l’italien ENI basée sur le port central, exploite un vapocraqueur d’une capacité de plus de 360 000 t d’éthylène et 190 000 t de propylène. Elle reçoit par mer plus de 1 Mt de naphta, et réexpédie une partie de ses produits de même. Une partie polymérisée est livrée par route. Polimeri Europa emploie 460 personnes.
Rubis Terminal exploite à Dunkerque Est une double installation de logistique de vracs liquides équipée de 125 bacs pour 470 000 m3. Sur le môle 5, dotée d’un quai de réception, plus de 340 000 m3 de capacité sont en place. Relié par pipeline sous la chaussée des darses, le dépôt Unican (125 000 m2) alimente une station de livraison de carburants destinés à la grande distribution. Les produits pétroliers représentent environ la moitié d’une activité de plus de 1 Mt, en forte croissance en 2006.