Les hydrocarbures sont des composés organiques constitués de carbone et d’hydrogène. Ils sont les composés organiques les plus simples. Ils présentent une grande importance commerciale: on les utilise comme carburants, comme combustibles, comme huiles lubrifiantes et comme produits de base en synthèse pétrochimique. Dans cette catégorie entre le pétrole et tous ses produits dérivés par raffinage et les gaz.
En 2005, l’ensemble des ports maritimes français a totalisé un trafic de 370 Mt, dont 47 % (178,1 Mt) étaient constitués de vracs liquides. Dans ce chapitre, 94 % représentent les hydrocarbures. Cette tendance s’est maintenue en 2006 avec une hausse de 1,2 % des vracs liquides à 180,9 Mt.
Dans son Livre vert, "Vers une stratégie européenne de sécurité d’approvisionnement énergétique", la Commission présente un constat alarmant: "Force est de constater que l’Union européenne est très dépendante de ses approvisionnements externes. 50 % de ses besoins sont importés aujourd’hui, près de 70 % le seront en 2030 avec une dépendance aggravée pour les hydrocarbures si les tendances actuelles se poursuivent." Ces importations proviennent majoritairement du Moyen-Orient. D’autres sources existent avec l’Afrique de l’Ouest ou encore l’Amérique latine, au rang de laquelle le Venezuela arrive en première position en tant que producteur majeur de pétrole. Source essentielle au fonctionnement de nos économies, le pétrole est considéré comme le moteur de notre développement. De Pékin à Washington, en passant par Paris et Berlin, l’économie hoquette à chaque fièvre pétrolière.
Les hydrocarbures, oxygène de notre économie, passent majoritairement par voie maritime. Une partie emprunte aussi les pipelines, mais plus négligeable. Traversant des territoires parfois sensibles politiquement, ce dernier mode s’avère de plus en plus risqué. L’exemple récent du pipeline géorgien arrêté pendant quelques jours à démontrer les risques. La voie maritime n’est pas toujours plus sûre. Les récentes déclarations des responsables politiques iraniens menaçant d’un blocage du détroit d’Hormuz si l’Europe et les États-Unis ne lui laissaient pas les mains un peu plus libres sur son programme nucléaire ont aussi "affolé" les milieux pétroliers. Si les hydrocarbures sont essentiels à notre économie, leur acheminement et leur distribution sur le territoire sont tout aussi vitaux. Le port, dans son rôle d’interface entre la terre et la mer, détient un poste clé dans ce trafic.
Les ports ont longtemps misé sur un trafic énergétique pour défendre leur position. De Dunkerque à Marseille, chacun a voulu son dépôt pour alimenter la région ou mieux sa raffinerie. La structure du marché n’est plus pareille. Les sociétés de raffinage, aux mains de grands groupes internationaux, décident de l’emplacement de ces installations et des choix logistiques pour les approvisionner. Trafics captifs il y a quelques années, les hydrocarbures deviennent une marchandise comme une autre. Ils comptent toujours. Marseille-Fos a pu franchir la barre des 100 Mt grâce à ce poste. Le Havre et Rouen ont vu leur trafic d’hydrocarbures augmenté. À l’inverse des grands ports énergétiques français comme Nantes/Saint-Nazaire, Dunkerque, Bordeaux, et dans une moindre mesure La Rochelle, constatent une baisse des arrivées d’hydrocarbures. Le port ligérien compense cette baisse par une forte progression des trafics de gaz.
Les biocarburants, source de diversification
Assis sur une manne, les ports français ne se reposent pas sur ce baril. Ils entament une diversification vers les marchandises diverses. L’importance des trafics d’hydrocarbures permet de financer une partie des installations nécessaires au développement des autres courants. "Il faut tordre le cou au reproche qui est fait aux ports français depuis 15 ou 20 ans à travers la question sur ce qu’ils feraient si les trafics d’hydrocarbures disparaissaien", indique François Marendet, directeur général du Port autonome de Nantes/Saint-Nazaire. Les ports sont comme les entreprises, ils disposent d’activité au taux de rentabilité différent. Si les hydrocarbures sont bénéficiaires, ils permettent de positionner l’établissement sur d’autres secteurs moins rentables.
La grande interrogation du moment tient plus à la pérennité des importations de pétrole. Les réserves prouvées dans le monde sont en diminution. Elles suscitent des questions sur leur réalité. Selon certains analystes, les réserves mondiales permettraient de tenir une cinquantaine d’années. D’autres, plus optimistes, estiment que ces réserves alimenteront l’économie mondiale pour un siècle. Du simple au double. Peu importe, de nouvelles sources d’énergie font surface depuis quelques années: les biocarburants. Produits par la trituration de céréales, ces nouveaux carburants pourraient sensiblement modifier le paysage des trafics portuaires. Les céréales triturées seraient issues de la production nationale. La production de biocarburants irait majoritairement à la consommation locale. Même si ces carburants ne se substituaient pas entièrement aux hydrocarbures traditionnels, ils prendraient une place dans la consommation.