Poids prépondérant sur un trafic global de 34,5 Mt, les hydrocarbures, entre import et export, représentent pour le brut et les produits raffinés, un peu plus de 16 Mt et un millier d’escales à la raffinerie Total de Donges. Il faut ajouter 6,67 Mt de GNL (gaz naturel liquéfié) transportées par 120 à 130 méthaniers par an qui alimentent le plus grand terminal méthanier de France, celui de Gaz de France à Montoir-de-Bretagne. Soit un total de 22,7 Mt. Ce qui représente près de 66 % du trafic du Port autonome de Nantes/Saint-Nazaire en 2006.
En 2005, le chiffre d’affaires du port ligérien, entre droits de port, redevances d’outillage, et redevances domaniales, s’est élevé à 59 M€, tout trafic confondu. "Pétrole et gaz ont représenté en gros 27 M€", indique Patrick Eschenbrenner, responsable du service prospective et économie du port.
"L’objectif du port, c’est vraiment la diversification qui est facilitée par le trafic énergétique. En nombre de trafics, on doit être l’un des ports français les plus diversifié. Nous avons toute la palette, des liquides, des vracs, des marchandises diverses. L’objectif, c’est aussi de maintenir ce taux de diversification", explique Patrick Eschenbrenner.
Les biocarburants arrivent
Sinon, il estime que "la tendance actuelle, c’est le renforcement du pôle énergétique à travers les projets dans le gaz, qui est lié à l’ouverture des marchés et une demande forte de gaz liquéfié. La demande maritime de gaz progresse de 6 % par an. Ce qui explique le nombre important de projets de terminaux méthaniers en France et en Europe". À ce propos, Gaz de France, à Montoir, veut porter la production de son terminal de 10 à 16,5 Mdm3 à compter de 2014.
Du côté de la raffinerie Total à Donges, sa capacité maximale est de 11 Mt de brut par an. Elle est pour ainsi dire atteinte chaque année, en dehors des périodes de maintenance des installations. Les investissements sont plus tournés vers l’amélioration de ses capacités de traitement, de qualité, et de réduction des rejets, mais pas dans l’augmentation de sa capacité.
En revanche, dans le domaine des biocarburants, Diester Industrie construit une unité prévue pour produire 240 000 t de biocarburant. Elle sera opérationnelle au printemps, et alimentée en huile de colza par Cargill. Gazoléo, une société brestoise, a un projet de production de biocarburant à base de graisse animale, à Montoir, pour une capacité de production de 50 000 t annuelles. Il y a également un projet de valorisation de biomasse à Donges. En outre, la tranche 3, au fioul, de la centrale de Cordemais, devrait être remise en activité en fin d’année. Et des éoliennes pourraient être implantées au Carnet sur le domaine du port.
"Le port c’est un tout, un ensemble"
Pour François Marendet, le directeur général du port autonome de Nantes/Saint-Nazaire, la question n’est pas de savoir si les trafics des hydrocarbures sauveront les ports français: "Il faut raisonner autrement. Nous sommes dans une entreprise. Et comme dans beaucoup d’entreprises, il y a des secteurs qui sont considérés comme stratégiques, qui rapportent de l’argent, d’autres qui en rapportent un peu moins. Et, les choix stratégiques sont financés par le fait que l’entreprise marche bien globalement. Il n’est donc pas anormal que certaines activités fassent vivre l’entreprise. Le port c’est un tout, un ensemble."
Il rappelle que s’il y a des trafics d’hydrocarbure dans l’estuaire de la Loire, c’est parce qu’à l’origine il y a eu la création de nouveaux appontements à Donges pour réceptionner du charbon et du carburant nécessaires au fonctionnement de la première division américaine ayant débarqué à Saint-Nazaire le 28 juin 1917. Ensuite, progressivement, la raffinerie s’est installée là comme dans d’autres ports. "On ne peut pas reprocher au port le fait qu’il y ait des trafics d’hydrocarbures, explique François Marendet qui veut tordre le cou à ce reproche qui, selon lui, est fait aux ports français depuis 15 ou 20 ans à travers la question sur ce qu’ils feraient si les trafics d’hydrocarbures disparaissaient, dont vous profiter et qui ne vous coûtent pas grand-chose pour financer d’autres activités qui ne sont pas rentables pour vous. Et dans ce cas-là pourquoi les faites-vous?"
Les hydrocarbures profitent à tous
Il insiste en expliquant que le port est d’abord au service de différentes filières économiques régionales qui sont considérées comme importantes et stratégiques; et que l’ensemble de l’activité du port contribue aussi à cette activité économique et régionale, "que cela soit les trafics d’hydrocarbures, de vracs ou d’autres types de trafics".
Il rappelle également que la plupart des grands ports européens ont une activité pétrolière importante, que ce n’est donc pas uniquement une particularité française. "Heureusement qu’il y a le pétrole et le gaz, également pour le pilotage et le remorquage, car cela serait plus difficile de gérer les autres trafics dans des conditions tarifaires correctes. Les coûts ne seraient pas les mêmes. Cela profite à tout le monde", ajoute-t-il.
"Ne nous plaignons pas d’avoir une raffinerie très performante. Ce que rapporte l’activité pétrolière sert au développement de l’ensemble de l’économie régionale. Ce n’est pas le port qui en profite strictement. Ce n’est pas une rente de situation. Cela permet de développer d’autres activités", insiste encore le directeur général. Il donne en exemple le conteneur qui est une activé "jugée indispensable, mais pas pour le port. Jugée indispensable, car, nous sommes un outil d’aménagement du territoire. C’est vraiment la philosophie de toute notre stratégie du projet d’entreprise, du conseil d’administration".
"Il n’y aurait pas d’hydrocarbures, il y aurait quand même des ports qu’il faudrait bien entretenir. Et cela coûterait plus cher à l’État pour entretenir les chenaux, par exemple",
conclut François Marendet.