Organisé par le ministère de la Défense et le Groupement industriel des constructions et armements navals (Gican), Euronaval s’est tenu du 23 au 27 octobre sur 12 700 m2 au centre d’expositions de Paris-Le Bourget. Pour la première fois, les stands de la Marine nationale et de l’action de l’État en mer étaient séparés de celui du ministère de la Défense.
Cette année, Euronaval a accueilli 345 exposants de 30 pays et plus de 30 000 visiteurs. Le ministère de la Défense a invité 300 hautes autorités, dont 25 chefs d’état-major de Marines, venues de 26 pays d’Europe, 22 d’Afrique, 10 du Moyen-Orient, 11 du continent américain, 11 d’Asie du Sud-Est, 6 d’Asie centrale et 3 d’organisations multilatérales. De son côté, le ministère des Transports, de l’Équipement et de la Mer a invité des personnalités de la sécurité maritime et de l’action de l’État en mer.
La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie s’est rendue le 25 octobre à Euronaval. En compagnie du président du Gican Jean-Marie Poimbœuf, également président-directeur général de DCN, et du chef d’état-major de la Marine, l’amiral Alain Oudot de Dainville, elle a visité une trentaine de stands français et étrangers, dont DCN, EADS, Thales et CMN pour la France, Fincantieri (Italie), Navantia (Espagne), Asmar (Chili), Brahmos (Inde), Singapore Technologies Marine et Raytheon (États-Unis), sans oublier le stand russe d’exportations de matériels de défense où elle a reçu une maquette d’engin de débarquement amphibie à effet de surface.
COOPÉRATION DANS L’ACTION ET LES MATÉRIELS
Auparavant et devant toutes les délégations françaises et étrangères, Michèle Alliot-Marie avait souligné la mise en valeur, dans l’édition d’Euronaval 2006, de l’action interministérielle de l’État en mer. "Cette initiative permet de démontrer une fois encore la place éminente de la Défense dans la sécurité de nos concitoyens, dit-elle, la prévention et la lutte contre le terrorisme ou le trafic de produits illicites, la sécurité de la navigation ou la lutte contre l’immigration clandestine mobilisent tous les acteurs au-delà même de nos frontières. Une politique solitaire n’est plus permise aujourd’hui".
Elle a aussi débordé du cadre purement militaire de l’innovation industrielle: "Ouvrir la Défense vers la recherche civile, l’impliquer dans les pôles de compétitivité, c’est à mes yeux la replacer au cœur de la politique de croissance de la France." En outre, Michèle Alliot-Marie a présenté les grands contrats navals, dont certains en coopération: six sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) Barracuda pour DCN d’ici à la fin de l’année; missiles de croisière navals dans les prochains mois; le deuxième porte-avions français en coopération avec la Grande-Bretagne, programme qu’elle veut rendre "aussi irréversible que possible." Interrogée au cours d’un point de presse sur le rapprochement entre DCN et l’équipementier électronique de défense et de sécurité Thales, la ministre répond: "Il faut avoir un pôle naval solide et efficace pour établir des liens avec d’autres entreprises européennes. Face à la concurrence asiatique, il faut des groupes de dimensions européennes. Nous en avons besoin pour nous défendre contre les risques dans le monde et, pour des raisons économiques et industrielles, face aux blocs de pays émergents de plus en plus dynamiques avec une conséquence directe sur l’emploi en France et en Europe."
CONCEVOIR LE FUTUR
Le même jour au cours d’une conférence de presse, Jean-Marie Poimbœuf a notamment présenté les deux projets conceptuels ("concept ships") à l’étude chez DCN: le bâtiment de surface Swordship qui intégrera des technologies très avancées, et le sous-marin SMX-23, destiné à évoluer de manière précise, rapide et sûre par petits fonds. DCN entend ainsi apporter des solutions techniques innovantes à des problématiques variées. Des études très en amont visent à provoquer un véritable saut technologique.
La semaine précédant Euronaval, DCN avait ouvert à la presse les portes de ses sites de Lorient, Cherbourg et Ruelle (près d’Angoulême), où sont conçus les bâtiments de demain et leurs équipements.
Aujourd’hui, les missions des Marines s’enchevêtrent: opérations militaires et sauvegarde maritime. Les premières, de plus en plus interarmées et en coalition, prennent la forme d’actions de la mer vers la terre avec emploi des forces spéciales et de drones pour gérer les crises. La seconde consiste à contrer les menaces envers les activités économiques quotidiennes du territoire national: piraterie, trafics d’armes et illicites, immigration clandestine, contrôle des pêches, terrorisme, surveillance côtière et des sites sensibles et enfin pollution. Ces missions utilisent les ""réseaux centrés" ("Network Centric Warfare") connectés par satellites à des avions, bâtiments de surface et unités à terre, pour échanger des informations à tous les niveaux, en vue d’avoir le bon renseignement au bon moment pour prendre la bonne décision. Il s’agit donc de repenser l’utilisation des navires du futur, en tenant compte de l’environnement, des réductions de la consommation de carburant et des budgets, des retours d’expérience des commandants et des gains escomptés en matière opérationnelle. Le constructeur peut alors sentir comment le marché va accueillir le projet et se repositionner pour l’avenir.
Une équipe pluridisciplinaire répartie sur plusieurs sites va privilégier les technologies déjà validées à la mer sans chercher des innovations dans tous les systèmes du bâtiment, sauf pour répondre à des problèmes de planification et de coûts. Les missions militaires d’aujourd’hui et les travaux des groupes de réflexion sur les conflits de demain concluent à la nécessité de l’extrême furtivité des bâtiments à la mer, de l’interopérationnalité des drones (véhicules sans pilotes) et des moyens de communications hautes fréquences.
SWORDSHIP: NŒUD DU "RÉSEAU CENTRÉ"
Le bâtiment de surface Swordship pourra accompagner des navires marchands. Il peut en effet rester 45 jours de suite à la mer. Sa forme particulière, composée d’une carène et d’un "topside", renforce ses performances. Ses innovations technologiques, dont certaines seront au point dans cinq ou quinze ans, en feront un nœud puissant d’un "réseau centré" de forces navales.
Le central opérations et la passerelle de conduite seront intégrés et disposeront d’une vision panoramique de 360o avec possibilité de superposer toutes les informations du système de combat. Le Swordship pourra embarquer un hélicoptère de 10 t ainsi que des drones aériens et de surface, qui seront connectés au réseau par liaisons satellitaires. Il tirera missiles, torpilles et munitions intermédiaires de 155 mm à partir de silos verticaux dissimulés dans sa coque, comme les antennes planes de radars et de communications. En cas d’incendie au combat, les capteurs et systèmes experts donneront l’alarme et permettront d’envoyer de moins en moins de personnel dans tous les recoins du bâtiment. En outre, la structure en composite résistera aussi bien que l’acier. La propulsion tout électrique sera effectuée par deux moteurs de 21 MW, alimentés par un alternateur de 45 MW et quatre piles à combustible de 2,5 MW chacune.
Enfin face aux menaces terroristes, l’autodéfense sera assurée par le "bouclier naval", qui détecte des nageurs de combat jusqu’à 300 m et met en œuvre des armes à courte portée.
SOUS-MARIN SMX-23: DÉFENSE DU LITTORAL
Grâce à sa petite taille qui lui donne une grande discrétion, le sous-marin SMX-23 peut participer efficacement à la surveillance et à la défense des côtes. Disposant d’une autonomie de 15 jours et capable de plonger à 200 m, il peut aussi rester 60 heures immergé à 4 nœuds, se poser de temps en temps sur les petits fonds et garantir ainsi la protection des ports. Mais une dissuasion permanente ne devient crédible qu’avec au moins deux submersibles. Le prix du SMX-23, variable selon les besoins en formation du client, équivaut à la moitié de celui du sous-marin conventionnel de type Scorpène proposé par DCN à l’exportation. Une fois le cycle de développement lancé, il peut être construit en moins de quatre ans. Il convient donc aux Marines qui entretiennent difficilement des forces sous-marines ou qui n’ont même pas les moyens de s’en payer. Ses équipements, robustes et faciles à entretenir, sont disponibles "sur étagères" et recourent aux technologies qui ont fait leurs preuves dans le secteur civil. Sa mise en œuvre simplifiée par les automatisations, issues de l’expérience des Scorpènes, permet de réduire l’équipage. La formation peut être poursuivie à bord avec l’embarquement de deux élèves.
Dans le cadre de la défense des côtes, le SMX-23 peut lancer la torpille lourde Blackshark et le missile antinavire SM 39 contre une force navale hostile. Pour les missions d’opérations spéciales, il dispose d’un sas pour les nageurs de combat et de systèmes de renseignement et de guerre électroniques. Enfin, il peut larguer des mines pour interdire l’accès à une zone maritime déterminée.
Le Gican
Créé en 1992, le Groupement industriel des constructions et armements navals (Gican) a pour buts de représenter, informer, promouvoir et défendre l’industrie navale. Il compte 120 adhérents qui ont réalisé un chiffre d’affaires de 5 Md€ en 2005, dont 30 % à l’exportation. En France, le secteur naval emploie 30 000 personnes directement et 20 000 indirectement. Le Gican évalue le marché naval militaire mondial à 25-30 Md€ par an hors entretien et réparti entre l’Amérique du Nord (35 %), l’Europe (30 %), l’Asie/Pacifique (26 %) et les autres pays (9 %).